Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 09:33

http://www.sens-public.org/spip.php?article50
« Ironie, vraie liberté ! C'est toi qui me délivres de l'ambition du pouvoir, du respect de la routine, du pédantisme de la science, de l'admiration des grands personnages, du fanatisme des réformateurs, de la superstition de ce grand univers, et de l'adoration de moi-même. »

Joseph Proudhon, Confessions d'un révolutionnaire

En guise d'introduction, je souhaiterais exposer les mobiles qui m'ont poussé à rédiger cet essai. En fait, le premier est constitué par trois citations, trouvées dans l'excellent ouvrage de Pierre Schoentjes sur l'ironie. L'auteur y reproduit les opinions des personnages intellectuels du XIXe siècle sur les femmes et l'ironie en constatant :

« Il n'y a pas longtemps, certains esprits, par ailleurs tout à fait respectables, refusaient de reconnaître au peuple et aux femmes le sens de l'ironie : « Le peuple ne comprend pas l'ironie ; la femme non plus », disait Georges Palante, un avis sur lequel René Schaerer renchérissait en écrivant que l'ironie est « exécrée de ces êtres impulsifs que sont les femmes et la foule, et fort goûtée, en revanche, des esprits artistes et méditatifs ». Plus catégorique, Joseph Conrad faisait dire à l’un de ses personnages dans Sous les yeux d'Occident (1911) : « Les femmes, les enfants et les révolutionnaires exècrent l'ironie, négation de tous les instincts généreux, de toute foi, de tout dévouement, de toute action ! ».
A ces affirmations de l'incapacité féminine de créer, voire de comprendre l'ironie, s'ajoute l'expérience que j'ai eue lors d' un cours magistral sur la différence entre les régimes de littérarité...
2 textes sont présentés.

*L'un était l'extrait d'un roman des éditions Harlequin (le résultat obtenu quand les dames se mettent à écrire, d'après un de ses collègues) : 

 « Alicia avait fermé les paupières, saisie du vertige de l'espoir. Gilles ne l'avait pas fuie volontairement...   Durant un silence interminable, il ne la quitta pas des yeux.   - Regarde-moi ! ordonna-t-il avec une impatience rageuse qui la fit obéir. Depuis que tu es revenue à Eastdale, ma vie a été purement et simplement un calvaire. Et je ne prétendrai pas que les huit années précédentes étaient plus heureuses. Je t'aime, Alicia, reprit-il presque difficilement après un long silence, et je veux que tu sois ma femme.   - Non ! répondit-elle, éperdue. Je ne peux pas... Tu ne peux pas... Enfin, tu dois comprendre que c'est tout simplement impossible !   - Impossible... que je t'aime ? Mon amour, je ne me souviens qu'il en ait été autrement dans ma vie, fit-il d'une voix si grave qu'Alicia trembla. Je veux que tu m'épouses. Je veux vivre avec toi, et t'aimer.  Lui prenant doucement le visage dans ses mains, il chassa les mèches blondes qui balayaient son front.   - Pour le moment, reprit-il, je veux que tu oublies le passé : ton mari, mon ex-femme, les mensonges, les trahisons qui nous ont fait souffrir. Maintenant, une seule chose m'importe. Je dois savoir la vérité, Alicia. Je t'aime et je suis sûr - presque sûr, que tu m'aimes aussi. Ai-je raison ? »

Inutile de dire que ces lignes, lues avec le talent dramatique exceptionnel de l'enseignant, ont provoqué les éclats du rire et les aplaudissements de toute la classe..

*.Le deuxième texte, illustrant l'attitude moderniste et ironique de l'auteur vis-à-vis du sujet traité, était le premier chapitre du bien connu Candide ou l'optimisme de Voltaire, qui décrit les aventures amoureuses du jeune Candide et de mademoiselle Cunégonde :

 « Elle rencontra Candide en revenant au chateau et rougit ; Candide rougit aussi ; elle lui dit bonjour d'une voix entrecoupée, et Candide lui parla sans savoir ce qu'il disait. Le lendemain après le dîner, comme on sortait de table, Cunégonde et Candide se trouvèrent derrière un paravent ; Cunégonde laissa tomber son mouchoir, Candide le ramassa, elle lui prit innocemment la main, le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacité, une sensualité, une grâce toute particulière ; leurs bouches se rencontrèrent, leurs yeux s'enflammèrent, leurs genoux tremblèrent, leurs mains s'égarèrent. »

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Par Claire - Publié dans : citations. Notes. - Communauté : lectures "critiques"d'ouvrages
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