INTERVIEW DE MICHEL DIDYM Propos recueillis par Maud Denarié pour Evene.fr - Février 2009

Publié le par Claire

Grand amoureux et défenseur du théâtre contemporain, Michel Didym explore une fois de plus la douce folie poétique de Serge Valletti. Après 'Poeub', 'Le jour s'est levé, je me suis endormie', Michel Didym présente 'Le jour se lève, Léopold !', entre virtuosité du langage, rire spontané et poignante mélancolie.


 

Guidé par sa passion des gens autant que des mots, maître de la langue et as de la digression, Michel Didym fait rimer professionnalisme avec humanisme. Tour à tour acteur, metteur en scène, et maintenant ambassadeur de la culture théâtrale française en Amérique du Sud, il demeure à présent un membre fédérateur du paysage théâtral. Minyana, Koltès, Vinaver, Llamas, Botho Strauss... Michel Didym délaisse le théâtre classique pour des auteurs de papier qui sont aussi des auteurs vivants. Avec toujours cette farouche volonté de faire rayonner à l'échelle mondiale les écritures contemporaines.


Comment définiriez-vous votre travail de metteur en scène ?




Mon travail consiste avant tout à accompagner les acteurs et à tenter de créer une dialectique entre le spectateur et l'acteur. Je suis celui qui agit, qui induit l'interprétation pour proposer une certaine lecture du texte. Un contrat d'échanges fraternels est établi avec les acteurs qui, en tant qu'artistes responsables, ont un point de vue à défendre ; c'est leur part de création. Dans la collaboration qui nous unit, la confiance est le maître-mot. Et grâce à ce respect mutuel, les acteurs ont pu éclairer le sens du texte de Valletti, lui rendre toute sa lisibilité. En tant que maître d'oeuvre, j'essaie de travailler à ce que le temps de réflexion déterminé avec les acteurs, le scénographe, le costumier, l'éclairagiste... soit dans un moment de communion autour du projet. Il s'agit de créer un outil esthétique qui permette au public d'entrer dans l'écriture et de pénétrer dans la tête de l'auteur.


Comment choisissez-vous vos textes ? Avez-vous des critères particuliers ?

Un texte doit d'abord me toucher. Qu'il soit politique, social, qu'il traite du rapport homme-femme, de la misogynie, du racisme, des problèmes politiques, de l'exploitation, du capitalisme, mais aussi des idées reçues, des rêves, de l'extinction des idéologies, il doit m'interpeller. Mon but est de transmettre à mes contemporains l'enthousiasme que je ressens à la lecture d'un texte. En général, mes choix sont appuyés sur l'expérience de La Mousson d'été.


La Mousson d'été, un festival international d'écriture ?

La manifestation a lieu fin août à l'abbaye des Prémontrés. Depuis treize ans, elle connaît un succès croissant. 97 % des textes issus de ce laboratoire artistique sont joués dans des théâtres, à Paris ou en province. Elle a d'ailleurs donné lieu cette année à la conception de deux spectacles aux Amandiers et à trois autres, l'an passé à la Comédie-Française, à l'Odéon, et dans d'autres salles parisiennes. Dans la mesure où le festival a lieu à la fin de l'été, toutes les grandes saisons théâtrales sont déjà programmées. Or cela permet de laisser du temps aux directeurs d'organiser une production pour la saison suivante, de trouver des acteurs (pour la lecture ou autre). La Mousson d'été regroupe en effet bon nombre de producteurs, nationaux ou internationaux qui, grâce au festival ont la possibilité de découvrir, de mesurer et d'entendre les textes proposés. A l'occasion sont présentées des lectures-spectacles qui, inscrites dans un espace scénique, aident les directeurs à visualiser le spectacle en devenir et à s'engager par la suite dans le long processus de la production.


Quelle a été votre expérience ?

Certaines pièces nécessitent beaucoup de temps pour être montées. C'est le cas par exemple de 'Poeub' de Serge Valetti. Difficile à mettre en place, onéreuse, la production de la pièce a duré trois ans. D'autant plus que les acteurs que j'avais sollicités étaient très demandés : Hervé Pierre, Hélène Alexandridis, Philippe Fretin, Daniel Martin, Marilù Marini, une distribution d'acteurs hors pair qui demande un budget conséquent. Au total, 'Poeub' ne regroupait pas moins de vingt-deux acteurs. Mais le résultat en valait vraiment la peine. Mieux vaut travailler dans la durée que d'avoir une production bancale. Or, quels que soient les effets de mode, lorsqu'une pièce est puissante et forte, elle le restera même trois ans après.    Lire la suite de Chercheur d'art »

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