DIALOGUE -à lire ou à mettre en scène- ( Transposition -par C.A.L-.d'un article de dictionnaire sur le thème du modèle du saint)

Publié le par Claire

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                                      DUO sur le thème de la sainteté pour

                                                 2 hommes ou 2 femmes

                     GUIDO/GUIDA et CHARLES/CHARLINE

 

( Ils continuent une conversation engagée avant que le rideau ne s'ouvre. Ils parlent "presque" comme des livres.  Il faudrait que cet échange apparaisse comme dérisoire ET ( aussi /donc ) émouvant)

 

 GUIDO/DA-... Je suis vraiment réticent, tu comprends. Tous ces saints se présentent comme des modèles, et personne n’a plus envie de les imiter, de suivre leurs traces. Ils sentent le vieux…Pour moi, un disciple c’est un peu un clone. C’est la voix de son maître. Un toutou…Alors tu comprends…Vivre comme eux, se sentir  aspiré par eux, succomber à leur charme... c’est ça, être comme...  envoûté par eux...Non merci!

 

CHARLES/INE - Absolument pas. Le disciple,  tel que je l’entends, n’obéit pas à une force de suggestion qui émanerait d’un modèle, pas plus qu'il ne le singe...Sa conduite va se transformer parce que le modèle exerce sur lui une attraction, qui en se développant, devient « amour ».

Ah ! ça y est. Je m'y attendais, tu souris...

Je sais bien ce que ce mot peut avoir de convenu, mais ce que j'exprime c'est que cet amour  est de  nature spirituelle. Il ne concerne pas un aspect concret du « modèle », qu'il n'y a pas lieu d'imiter.  Mais c' est pour cela précisément  que le disciple peut  se transformer moralement grâce à une fréquentation fidèle, en quelque sorte, et qui n’a pour le coup, rien à voir avec une obéissance ni un respect abstraits. Il n'imite donc pas des faits et gestes, il agit concrètement grâce à ce lien  fécond. Je t'assure, il faut chercher la stimulation efficace du progrès dans l’influence exercée par des personnes réelles au destin exemplaire.
 

GUIDO - "Destin" déjà...un gros mot...et "exemplaire"...je craque. Mon pauvre ami, ne le sais-tu pas, nous sommes nés à une époque «  antihéroïque ».

 

CHARLES - Je ne comprends pas très bien ce que tu veux dire Je n'ai pas parlé de "héros". 

 

GUIDO - Réfléchis un peu et laisse moi continuer afin que nous ne tombions pas dans une vaine polémique.

Les héros naissent et fleurissent à des époques où certaines  valeurs se chargent d’une telle énergie vitale que des gens un peu plus radicaux que les autres veulent vivre et mourir pour elles.

L'héroïsme accompagne  nécessairement un système de valeurs et de pensées...Ne hausse pas les épaules.

Il faudrait, évidemment se mettre d’accord sur ces termes, mais, je t'en prie, s'il te plaît, accepte les tels quels pour les besoins de notre développement-  au début, donc, les héros répondaient au besoin, psychologique de sécurité, d’une dimension politique, sociale, d’un besoin moral de tendre vers la perfection en pensées et en actes.

 

CHARLES - Le beau parleur….J’aurais voulu que tu insistes, insistasses, sur cet « antihéroïsme » de l’époque dans laquelle nous vivons. Mais peut-être y reviendrons-nous... En essayant de resituer cette problématique dans l’avancée de la démocratie. Bref, quel  sort réserves-tu donc à Achille, Enée…et   Parsifal, tiens ?

 

GUIDO - Au panier…A la trappe…Nous n’avons, c’est absolument  certain, plus besoin de ces incarnations du sens de la personne, de l’idée nationale et du zèle religieux, pour en rester à ces trois là..

 

CHARLES - Tu es d’accord avec moi, cependant,  le héros doit garder, avec le système de pensée dans lequel on peut dire qu’il s’insère, une… comment… dirais-je, relation de.complémentarité.

 

GUIDO - Bien sûr ! Évidemment. Ne me fais pas plus bête que je ne le suis ! Le premier peut-être considéré comme l’aspect actif du second. Il est indispensable. Je sais tout ça, justement. Sans le héros, les valeurs, les idées ne sont que des exercices mentaux, que des abstractions. Quant aux héros eux-mêmes, s’ils ne sont pas intégrés dans un système de valeurs et d’idées, ils sont inconsistants. Ils ressemblent à des personnages vides, comme ceux, soit dit en passant,  des BD dont tu es si friand…

 

CHARLES- Merci pour eux, mais bas les pattes ! Michel Vaillant, Lucky Luke, Benoît Brisefer, Achille Talon,Blueberry, Corto Maltese, Adèle Blanc-Sec, Yoko Tsuno, Natacha...et j'en passe, sont aussi de vrais héros. Sans oublier Le Grand Duduche, tu te souviens ? «  Passe ton bac, on verra après… », lui disait son père. Ah ! Tu réfléchis... Je marque un point.

 

GUIDOAdmettons. Je constate que tu n'as pas oublié de citer quelques héroïnes. Tu es parfait mon cher Charles. Il faudrait pousser l’analyse mais nous n’avons pas le temps, aujourd’hui. Reprenons, reprenons

  

CHARLES-Ton monologue, ton soliloque !

 

GUIDOSi c’est comme ça…C’est pourtant ce que tu appelais, il n'y a pas si longtemps « notre petit café philosophique à nous deux »…

 

CHARLES- Non. Ne pars pas. S'il te plaît ! Tu n’as aucune patience. Je plai-san-te…

 

GUIDOOuiouioui …Je te crois…En fait tu es dérouté par les noms de mes héros de BD. Tu es obligé de convenir qu’ils peuvent d’une certaine façon appartenir eux aussi à cette lignée.

 

CHARLES- Nous avons perdu le fil…Le nord… Et je ne tiens pas à dériver avec toi toute la journée…A 10 heures, je dois être à la gare, ne l’oublie pas…Nous parlions des saints, s’il te plaît, reprenons !

 

GUIDOC’est parti…( Il faut que le rythme de diction soit plus scandé encore que précédemment ) Je pense moi, que la littérature « sacrée » est aujourd’hui démystifiée. On ne lit plus les textes anciens, plus de la même façon dans tous les cas. L’aspect romanesque et séduisant, pour le coup, des grands personnages du passé, ceux que les pouvoirs en place font entrer, petit à petit, au gré des circonstances, dans l’immense Panthéon… est supplanté par notre compréhension des obscurs motifs sous-jacents aux comportements humains.

 

CHARLES- En effet, les approches psychanalytiques ont fait jeter le masque aux idéaux officiellement reconnus et aux motivations des grands hommes du passé.

 

GUIDOOn recherche à l’aveuglette un corps à corps avec les vrais raisons cachées, toujours secrètes du comportement humain. Tu frissonnes, n'est-ce-pas ? Mais cette conception permet de jeter  le  soupçon, systématiquement,  sur les personnalités individuelles, il  n’y a plus de place pour l’acte bon ou mauvais, grandiose ou minable.

 

CHARLES- Il y a peut-être un biais…Un interstice par lequel on pourrait s’infiltrer… cet  d’honneur anti héroïque…si l’on considère, par exemple, le  désenchantement croissant à l’égard des leaders de la vie politique.

 

GUIDOAh ! Je vois...Monsieur veut évoquer « l’anti-héros » de type existentialiste. En fait, il importe de  le distinguer  des prototypes de héros négatifs comme Lucifer ou Prométhée qui eux dérivent d’une expérience de confusion et d’échec, éléments constitutifs de la condition humaine des Temps Modernes.

 

CHARLES- Chez Jean-Paul Sartre, par exemple, les intellectuels sont voués à l’échec par leur lucidité même.

 

GUIDODe tels « héros » sont, en effet,  nécessairement, du fait de leur intellectualisme, trop  conscients d’eux-mêmes, pour être capables de se perdre, en se jetant dans l’engagement de l’action. Plus ils se donnent aux autres, avec l’intensité extrême que leur confère  leur volonté, plus ils sont seuls, tragiquement prisonniers de leur ego personnel.

 

CHARLES- Tu me l’as dit toi-même, hier, c’est en grande partie le roman qui a reflété la coupure avec ce que l’on peut appeler "l’ordre ancien". Un nouveau modèle de réalité existe, Le héros traditionnel n’a plus d’avenir. Il n’a plus de possible artistique. A l’Odyssée d’Homère  correspond l’Ulysse de Joyce. Son personnage, Léopold Bloom s’oppose au héros homérique en accomplissant les fonctions physiologiques les plus humbles. Il est auréolé par la vie ordinaire avec sa consistance temporelle. C’est lui, notre compagnon de route.

 

GUIDO-  Si je te suis, en poussant un peu, il est plus que périlleux de proposer en modèle des aventures spirituelles personnelles. Les figures remarquables de notre temps- dès qu’elles sont données à voir dans leur aspect extra-ordinaire, sont disséquées, suspectées et même rejetées, parfois, avant d’être, éventuellement, reconnues.

 

CHARLES-  Ce qui est une bonne chose ! Tu avoueras que ça a toujours été le cas. On n’est jamais devenu un saint ou une figure  sacrée comme ça, en claquant dans les doigts. Les Sœur Emmanuelle, Mère Theresa pour ne citer qu’elles  sont relues à la lumière de nouveaux concepts, de nouvelles méthodes. Cela nous évite d’être dupés par des fabricants d’images qui nous feraient adopter des figures décevantes. Soyons donc prudents et considérons comme inévitable et positif le fait que la version, si je puis dire ecclésiastique du héros, le saint lui-même sorte des clichés. Il  trouvera ainsi plus facilement  grâce, si je puis dire aux yeux sceptiques de gens comme toi....Et le récit de ses actions doit à mon sens être préservé. Le vécu historique. sans atrophier la réalité.

 

GUIDOJe vois je vois...Une communauté qui se raconte...C'est naïf, non ?

 

CHARLES- Bien sûr, la société contemporaine privilégie l'argumentation et la transmission sommaire- de nouvelles...et dédaigne la narration. Mais je ne crois pas qu'il faille réserver le potentiel narratif chrétien aux "naïfs", aux enfants. Ses effets critiques peuvent contribuer à la libération de tous. Quand des opprimés racontent, il n'est pas seulement question de leur oppression, de l'état d'infériorité dans lequel ils se sont trouvés, mais aussi d'histoires dangereuses visant à la liberté.

 

GUIDOTu veux dire que cela pourrait avoir un effet stimulant sur cette société  verrouillée, asphyxiée qu'est la nôtre ?

 

CHARLES-  Le récit de vies singulières est le reflet du vécu historique des gens. Et une Eglise doit pouvoir labourer ce terrain-là pour s'inscrire  dans une société où les modèles de vie apparaissent comme préfabriqués, rouillant les âmes fatiguées de leur identité, desespérées par la répétition en série. Elle peut transformer les choses. Une tradition vivante doit pouvoir  s'exprimer dans  la vie des gens par celle  des saints qui pris comme modèles d'un nouveau style d'existence ouvrent le chemin pour d'autres. Il faut donner du corps, de la couleur aux idées

 

GUIDOIncarner la sainteté, oui, peut-être mais pour notre époque....  Voilà un projet ardu.

 

CHARLES- J'ai l'impression que la voie ne doit pas être celle de  l’ascétisme, mais celle d'un certain abandon fait d’obéissance aux directions "divines" au fur et à mesure que ces données sont transmises à travers la situation occupée.

 

GUIDOTu dis bien  que la vie du saint ne sera donc pas extraordinaire. Je te pose alors la question....

 

CHARLES- Vas-y...Qu'attends-tu ? Je suis tout ouïe...

  

GUIDO- ... Personne ne pourra identifier un saint moderne...On pourrait aussi sans passer par la narration faire comme un grand  théologien, un suisse qui a  rassemblé, juxtaposé des témoignages de  laïcs et de « spirituels »... Dante, Augustin, Péguy, Jean de la Croix...

 

CHARLES- Je comprends. Il les met sur le même plan. un hommage à la  multiplicité des contemplations historiques de Dieu dans sa beauté. Le visage humain de Dieu. Sans spécialisation... Je campe sur mes positions. On ne peut  parler  Dieu qu’à travers des images, des modèles.

 

GUIDOHum. Ces vies incarnées valident une vision des choses

 

CHARLES- Tu sais, la foi, qui est au fond l'objet de notre échange, doit se diversifier à l’infini, pour ainsi  rassembler des hommes que l’espace sépare.  

 

GUIDO On dirait que tu parles d’internet ! Les internautes dispersés forment à toute heure du jour et de la nuit, partout sur la planète, un seul corps, unifié par les ondes. Là aussi la distance est abolie !

 

CHARLES-  Les valeurs qui sous-tendent « la toile » sont certainement à chercher dans une telle conception du monde et de ses relations à l’altérité. Mais c’est un autre débat. ne mélangeons pas tout. Tu as une fâcheuse tendance à amalgamer toutes les questions...

GUIDOOh ! ça va ! Je trouve pour ma part cette idéee réconfortante. Le temps  immobilisé transformé en paysage pour permettre la simultanéité : fin et commencement connus d’avance, comme un panorama embrassé d’un seul coup d’œil ! 

CHARLES- Il y a dans ce que tu dis là un petit côté destin, ou  mythologique auquel je n'adhère pas. Disons plutôt, une éternité fondée sur la coexistence, à chaque instant, du temps de tous ceux que l’espace sépare mais qu’unit la même foi. Tu vois bien que dans la mesure où le lieu intemporel est le Christ, le  temps quotidien devient temps sacré et l'histoire profane Histoire sainte.  

GUIDO- Si on pousse ton raisonnement : toutes les expériences humaines se valent dans le Christ. Il n'y aurait donc qu'un guide, ce dernier...

CHARLES-(regarde sa montre. Des cloches sonnent)...Déjà !  Nous continuerons la semaine prochaine... ( Ils sortent pensifs, très Bouvard et Pécuchet)                                                                                                                          C.A.-L.

Publié dans autour du théâtre

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