Bernard HAMON - C'était vendredi soir à La Maison de Verlaine METZ

Publié le par Claire (C.A.-L.)

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  « Les comptines se rouillent dans les cartables abandonnés

          Aux vents et à l'imagination des générations nouvelles »

                    « Le ciel venait mourir sur la grève de ton regard

                           Comme un large sourire d'hiver sans étoiles. » B.H.


                                        Vendredi soir à la Maison de Verlaine METZ

                              Découverte d'un parcours et d'une oeuvre poétique

                                                             Lectures

                                             Causerie semi - dirigée

Une poésie du mouvement qui déploie la vie dans sa continuité et ses ruptures, celles d'où il est possible de dire.  

Bernard HAMON, écrit de la poésie depuis l'âge de 15 ans et a, à ce jour, publié 3 recueils. Ses influences littéraires : la poésie latine et grecque avec un petit faible pour la poétesse Sapho  ainsi que pour le pré-romantisme britannique et le poète et peintre  William Blake.      

 

 Ses trois recueils dont voici les titres, ont été abordés chacun dans au moins une de leurs spécificités.

L'enfant l'épée et le chrysanthème, aux  Ed Saint Germain des Prés, Coll «  La poésie la vie «  1979

Ingérences 80  à  compte d'auteur, chez Bitche impressions en 1994  

et La voiture rouge , paru aux éditions du Goret's au cours du 2ème semestre 2007.

 

                                                                           ***

L'enfant, l'épée et le chrysanthème. Un recueil lyrique et onirique fait de morceaux choisis en vers libres. De la vie à la mort. Des thèmes  entre lesquels les pensées du poète dérivent, chassées par les vents, articulant  dans une langue souple,dans le souffle de la respiration, la  pureté, naïveté, les promesses à la violence, au sang, à la trahison, à la guerre, l' atome et à la mort.

                                    Être un oiseau de feu et ne savoir voler

Être un poisson de diamant et ne savoir nager

Être un rayon de lumière et ne pouvoir briller,

Être une rose des champs et ne pouvoir fleurir...

Être un être humain et ne savoir aimer...

 

Des images cosmiques et mythologiques ( Euridice ). Une attirance particulière pour l'eau la mer, l'océan. On entend des sentiments contradictoires représentés par de nombreux points d'interrogation. Mais pas de fuite désespérée, pas d'hallucination. Des constats. Les yeux ouverts en grand.  Les points de suspension, nombreux également sont de deux sortes, ils appellent d'une part à la réflexion, à la rêverie mais ils sont là aussi  parfois pour signaler que le poème était plus long et qu'il a été tronqué, raboté par l'éditeur, pour des raisons strictement techniques et pratiques.

 

 

                                                          ****

 

                                      Ingérences 80

Le titre signifie un retour vers les années 80, 14/15 ans avant 1994, date de l'édition du recueil, à compte d'auteur.

La maquette du livre a été conçue par Yves GERARD, son frère auquel il dédie le 2ème volet du recueil, intitulé "Mains et mots". Le texte de cette partie  se présente sous la forme de textes courts, devenus autonomes mais qui au départ commentaient les documents illustrés d'une exposition sur la reliure d'art qui s'est tenue à la Médiathèque de Metz.

On peut y pressentir l'attrait qu'a l'auteur pour une utilisation ludique et joyeuse du langage. [Pour l'anecdote, Yves GERARD et son frère Bernard HAMON ont fait partie de l'atelier reliure du Centre Culturel de Metz Queuleu. Ils y participaient à la Revue Cassiopé.]

        Prendre en compte , envelopper du regard et du verbe  les horreurs, les souffrances  de tous les temps,  les circonscrire, en prendre la mesure avec la mer et le ciel pour témoins, et écrire des pages d'amour.

Le premier volet du recueil est dédié à son épouse Irène «  La petite fille au flot blanc ». Il contient de magnifiques poèmes d'amour,  I.R.E.N.E. et " le temps d’un clin d’oeil ".

Dans le 3ème volet "Ambiances", le poète, de formation scientifique ne juge pas. Il raconte ce qu'il voit de la menace contenue dans un progrès marche en avant sans "conscience". Dans la folie humaine, qui peut toujours faire "plus". Trois poèmes ont été écrits pour exorciser en quelque sorte, au-delà de l'événement la cruauté humaine : Sharon Tate I, II, III.

On y entend les douleurs, les souffrances de la nature, des animaux et de l'homme... dans leur aspect implacable

 

"passe la scie...  l'arbre n'est plus

Passe le froid...l'oiseau se meurt ;

Passe Hiroshima...ils ne sont plus"

Ailleurs, il oppose les sensations ... odeurs, couleurs " des  nuits méditerranéennes" à celles "des poudres blanches américaines".  En lien avec le précédent recueil où le dernier vers d'un poème craint le jour où «  le canon irradiera l’hirondelle ».

Le lien est très marqué entre entre  la nature végétale les pierres, les minéraux, et la destinée des peuples depuis l’antiquité, les temps mythologiques. On y retrouve le thème du rêve, de l’utopie de l’instant, du souvenir, à la lumière des radiations et des apparences.

Dans la partie  "ambiances", les poèmes relient encore davantage la nature végétale aux pierres, aux minéraux. et à la destinée des peuples depuis l’antiquité, les temps mythologiques. Par l'eau source de rêve d'espoir et de danger.

[Le poète était dans la marine. Il a vécu 5 ans en Polynésie et a assisté à un essai nucléaire. A 80 km...la chaleur soudaine, le bruit...le survol de la zone en hélicoptère quelques temps plus tard...]

* Un poème très percutant, achronique, s'inscrivant ainsi dans l'intemporel et le continu qui interpelle  en rassemblant en quelques mots des époques sombres

                      Vibrant et puissant appel à la réflexion, à la conscience collective 

                                                           " Gens ! "

Dans la logique "mimétique" du réel de la vie dont le déroulement est perçu dans une sorte de neutralité, l 'événement ne prenant corps qu'après, à retenir, l'insertion des titres à la fin des poèmes, seulement;  en bas de page. Déduction; rassemblement; ne nommer l'événement qu'est le texte qu'une fois qu'il s'est produit.

                                                       *****

 

                                                   L’impact monolithe.

Le dernier recueil est illustré par le poète lui-même qui pratique également l'art de la linogravure (* note en infra ).

                                   La voiture rouge

 

                                         recueil Bernard HAMON 001

Paru en  2007, en très petit nombre, aux Editions associatives, du Goret's créées pratiquement pour la circonstance.

Lui aussi est composé de 3 parties : "Vers d'hiver",  "Poèmes à Irène", "Géométrie d’horizon". 

Le travail poétique est différent. Une grande place est laissée au blanc de la page, à l’in- écrit qui comprime  des textes très courts qui ne sont comme le dit la Préface

" Ni  haïkus, ni petits poèmes en prose, ni aphorismes Il s'agit de séries de variations poétiques[...]de furtifs arcs-en-ciel qui heurtent le vent d'écume qui s'échouent sur la grève du coeur[...] d'images reformées à l'angle de la vitre, dans la ride de l'étang, au creux de l'iris[...] gourmandises de l'esprit[...] Le point, la lettre, les mots...C'est déjà l'immensité."

                                                                        ...

Une écriture aux images puissantes; très épurée, mystérieuse dans sa simplicité, tant dans le fond que dans la forme. Une concentration qui donne vigueur à la pensée et aux mots.

 

 D’ailleurs, l’espace est circonscrit dans ces pages où les formes délimitées, géométriques tracent et sculptent pour prévenir le vertige de l’espace. Avec de nombreux adverbes de lieu. "A l’ouest"; "de côté";

Mais la quête est infinie, la répétition du mot-appui, passage de la fleur à l’immensité pour relier nouer ensemble étroitement,  deux sens l’odorat et la vue… au-delà …

 

Au-delà du parfum, la fleur, 

au-delà de la fleur, la prairie 

Au-delà de la prairie, l’horizon, 

au-delà de l’horizon, l’immensité, 

Au-delà de l’immensité, ton regard 

 

 

                                        «  Je suis assis sur l’horizon » , dit-il

Avec toujours et plus que jamais les éléments : La mer; Le ciel. Les saisons et la nature, les saules, les roseaux, les marais vus par au-dessus. De loin puis à nouveau de près; variant les échelles en coupes nettes.

 

Le poème est le lieu  de l’amour 

 

Ton visage, ton regard

Dans chaque œil une lune

   Un frisson me parcourt …

 

Bernard HAMON a également  d'autres cordes à son arc : il édite régulièrement des feuillets manuscrits où il rend compte de l'avancée de  recherches scientifiques pointues en géologie/biologie/archéologie. Ces feuillets sont déposés dans les bibliothèques et envoyés, à ses fidèles lecteurs, passionnés comme lui par les sujets qu'il traite. 

 

Il a collaboré de nombreuses années aux publications de la BT,  ( Bibliothèque de travail ) revues documentaires fondées par Célestin Freinet et ses correspondants, qui après s'être adressées  aux enfants de l'École Primaire, ont  progressivement concerné tous les niveaux jusqu'à l'Université. Il a été à l'origine de dossiers sur le Protestantisme, la poésie antique, sur des événements poétiques dont la cravate à Verlaine, l'Académie Ausone.

Il a bien connu Kleber DROUHIN avec lequel il "devisait poésie" et qui lui a remis le Prix Verlaine deuxième du nom...après celui attribué à Guy GOFFETTE.

 

La rencontre se termine sur la lecture par Bernard HAMON de deux poèmes inédits, - dont l'un donne la parole à Verlaine, revenu des rivages de la mort s'adressant joyeusement à MALLARME,( cf épisode Cazals et le masque mortuaire de Verlaine), - qui prendront peut-être place dans un prochain recueil.

 

                Un grand merci à Bernard HAMON qui nous a permis de connaître son oeuvre poétique. 

                                Merci également à Bérangère, Christian, Marie, Jean-Luc et Paulette.  

                                                                                                                               Claire

 

* Linogravures La linogravure est un type de gravure en taille d'épargne (technique consistant à enlever les blancs ou « réserves » du résultat final, l'encre se posant sur les parties non retirées donc en relief, le papier pressé sur la plaque conservant l'empreinte de l'encre1), proche de la gravure sur bois, et se pratique sur un matériau particulier, le linoleum. principes techniques3 : taille en épargne des blancs, estampe obtenue par pression et transfert de l'encre disposée sur les zones non creusées sur le support.

Publié dans Paul VERLAINE - METZ

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