AUSONE Traduction E.F. Corpet, 1843 [ extraits traduits]La Moselle (Idylle X)

Publié le par Claire

               Reprise de 2010, la Moselle d'Ausone traduite en 1843 par E.F. CORPET

"J’avais traversé sous un ciel nébuleux la Nava rapide,

et j’avais admiré, les nouveaux remparts ajoutés à cette bourgade antique, où les revers de la Gaule balancèrent un jour les désastres de Cannes, où gisent à l’abandon, dans la plaine, des bataillons que nul n’a pleurés.

De là, suivant à travers des forêts sauvages un chemin solitaire, où nulle trace de culture humaine ne s’offrit à mes yeux, je dépasse Dumnissus, au sol aride et partout altéré, les Tabernes qu’arrose une source intarissable, et les champs mesurés naguère aux colons sarmates ; et je découvre enfin, sur les premiers confins des Belges, Nivomagus, lieu célèbre où campa le divin Constantin. L’air est plus pur en ces campagnes, et Phébus, dont l’éclat resplendit sans nuage, dévoile enfin l’Olympe éblouissant de pourpre. L’oeil n’a plus à percer une voûte de rameaux entrelacés, pour chercher le ciel que lui dérobent de verts ombrages ; l’air est libre, et la transparente clarté du jour ne cache plus aux regards ses limpides rayons étincelant dans l’espace.

Je revis alors comme une image de ma patrie, de Burdigala, de sa brillante culture, à l’aspect riant de toutes ces villas dont les faîtes s’élèvent au penchant des rivages, de ces collines où verdoie Bacchus, et de ces belles eaux de la Moselle qui roulent à leurs pieds avec un doux murmure.

Salut, fleuve béni des campagnes, béni des laboureurs ; les Belges te doivent ces remparts honorés du séjour des empereurs ; fleuve riche en coteaux que parfume Bacchus, fleuve tout verdoyant, aux rives gazonneuses : navigable comme l’océan, entraînée sur une douce pente comme une rivière, transparente comme le cristal d’un lac, ton onde en son cours imite le frémissement des ruisseaux, et donne un breuvage préférable aux fraîches eaux des fontaines : tu as seul tous les dons réunis des fontaines, des ruisseaux, des rivières, des lacs, et de la mer même, dont le double flux ouvre deux routes à l’homme.

Tu promènes tes flots paisibles sans redouter jamais le murmure des vents ou le choc des écueils cachés. Le sable ne surmonte point tes ondes pour interrompre ta marche rapide, et te forcer de la reprendre ; des terres amoncelées au milieu de ton lit n’arrêtent point ton cours, et tu ne crains pas qu’une île, en partageant tes eaux, ne t’enlève l’honneur mérité du nom de fleuve !

Tu présentes une double voie aux navires, soit qu’en se laissant aller au courant de ton onde, les rames agiles frappent ton sein agité ; soit qu’en remontant tes bords, attaché sans relâche à la remorque, le matelot tire à son cou les câbles des bateaux.

Combien de fois, étonné toi-même du retour de tes eaux refoulées, n’as-tu pas pensé que ton cours naturel s’était ralenti ?

L’herbe des marécages ne borde pas tes rives, et tes flots paresseux ne déposent point sur tes grèves un limon impur. Le pied qui t’approche ne se mouille jamais avant d’avoir effleuré tes ondes

Ici une arène solide recouvre d’humides rivages, et ne retient point l’empreinte fidèle des pas qui l’ont foulée. L’oeil plonge à travers ta surface polie dans tes profondeurs transparentes, tu n’as rien de caché, ô fleuve.

Ainsi que l’air nourricier étale à ciel ouvert, à tous les yeux, ses fluides clartés, quand les vents endormis ne troublent point les regards dans l’espace ; de même, si la vue pénétrante s’enfonce au loin dans les abîmes du fleuve, nous apercevons à découvert ses retraites mystérieuses, quand ses flots roulent paisibles ; et le cours limpide des eaux nous laisse entrevoir les divers objets qu’il éclaire de ses reflets d’azur : ou le sable qui se ride, sillonné par la vague légère ; ou le gazon qui s’incline et tremble sur un fond de verdure.

Au-dessous de ces eaux qui l’ont vue naître, l’herbe s’agite battue par le flot qui passe, le caillou brille et se cache, et le gravier nuance la mousse verdoyante...

...Ainsi, sous le paisible courant de la riante Moselle, l’herbe bigarrée découvre les cailloux dont elle est mêlée.

Cependant l’oeil tendu se fatigue à voir aller et venir ces essaims de poissons, qui glissent en se jouant.

Mais il ne m’est pas permis de décrire tant d’espèces, et leurs obliques circuits, et ces bandes qui se suivent en remontant le fleuve, et les noms et toutes les familles de ces peuplades nombreuses : un dieu me le défend, le dieu qui reçut en partage le second lot de l’empire du monde et la garde du trident des mers.

O Naïade qui habites les bords de la Moselle, montre-moi les groupes du troupeau qui porte écaille, et décris-moi ces légions qui nagent dans le sein transparent du fleuve azuré.

Le Meunier... La Truite ...la Loche... et l’Ombre légère... Et toi,...ô Barbeau ... Je ne te passerai pas sous silence, ô Saumon...  Et toi, ...Lotte... tu passes aussi dans notre océan pour que le large fleuve de la Moselle ne soit point privé d’un hôte aussi célèbre. .. Toi non plus, délices de nos tables, je ne t’oublierai pas, ô Perche,  ...  le Brochet, ... la verte Tanche... et l’Ablette... et l’Alose ... toi qui n’es pas encore le Saumon et n’es déjà plus la Truite...Truite saumonée,... Il faut te chanter aussi parmi ces enfants du fleuve,... Goujon au corps très gras, arrondi, A toi mes louanges à présent...énorme Silure... douce Baleine de notre Moselle... est un honneur de plus pour ce grand fleuve...

Publié dans citations. Notes.

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