Jules MOUGIN, le facteur poète. "Lettre à vous tous" par Claude BILLON

Publié le par Claire

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Le WE du 12/13 juin 2010, à Chemellier, dans l'ancienne maison de Jules MOUGIN,

 exposition  organisée par Claude BILLON, un facteur de la Julésie,  sur le point de publier la correspondance de Jules avec Gaston CHAISSAC.

Comme le dit Richard GRAILLE ( musicien-chanteur-compositeur)

" La vie de Jules, ce ne sont que des ponts, des  rencontres et moi aussi grâce à lui, je tisse plein de liens, c'est joli, ça fleurit, ça bourgeonne."

  

Voici une lettre écrite  par Claude BILLON


Lettre à vous tous. 

L’œuvre entière de Jules Mougin est toute dédiée à ses parents ouvriers.
Jules naît à Marchiennes, en 1912, un dix mars. Il obtiendra le certificat d’étude

pour entrer aux PTT, mais avant de pratiquer son métier de facteur, il faudra gagner

contre la tuberculose qui, déjà, lui a enlevé son père en 22. Très tôt il écrit ce qu’il

y a de plus vivant, de plus rebelle, le cœur gouverne. Au tout début de sa parole, il y a

les usines, le monde ouvrier. Puis l’écriture va devenir, au fil des jours, cette

fontaine éternelle, curieuse de lumière, présence à l'autre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Est-il le moins du monde possible de s’aimer, répondez-moi ! En utilisant la Poste comme, en quelque sorte, le premier éditeur de France, Jules Mougin peut dire avec la Lettre son chant d’amour, et parfois sa haine, oui les jours mal lunés comme les jours fastes, donner ce goût de vivre aux hommes, mais aussi, son dégoût de la guerre ! Ses compagnons épistolaires, Chaissac, Dubuffet, L’Anselme, Clavel, Calaferte, Bazin, Ernestine Chassebœuf … et tous ceux qui voudront bien l’accepter comme il est, comme il aime, à visage découvert. Se marie avec Jeanne en 36. Leur maison est baptisée «Baumugnes» pour marquer leur rencontre avec Giono.

 

   
 

Publié par de beaux éditeurs comme Robert Morel, Seghers, Vodaine et aujourd’hui

Philippe Marchal, il sera surtout connu pour avoir été facteur rural à

Revest-des-Brousses durant près de 20 ans. Sa carrière s’achèvera

à Ecouflant, près d’Angers. Sa tournée connaît des haltes, mais aussi des hâtes :

il faut dire et redire son amitié avec un nuage rond, tout autant que l’urgence de crier contre ce monde fabriqué par la peur et l’injustice. Jules Mougin ou la révolte du cœur !

Ainsi son œuvre aura déroulé durant près de soixante dix années,

sa longue fugue pour encre de Chine et plume Sergent-major, en résulte

un incroyable vivier de missives, de dessins,

d’objets réalisés par la seule passion de faire des choses,

comme ça, pour le plaisir !

Tout dire, surtout ce que l’on veut taire,

sa poésie rompt les rangs de la monotonie,

de la prétention intellectuelle,

il n’écrira jamais que par nécessité, poussée vitale.

Ecrire, pour Jules, c’est vivre !

Chacune de ses lettres invite à dire à voix haute,

comme pour bonifier l’air,

avec l’inscription d’un « Merci, facteur » sur l’enveloppe,

c’est le salut fraternel.

Souvent aussi Jules oblitère la lettre d’un « Visage qui danse »,

le dessin oui, c’est son salut à la vie.    Claude Billon, facteur, ami de Jules.

In memoriam   

 sur Le Parisien.fr

 Le facteur-poète troglodyte Jules Mougin, figure de l'art brut et ancien proche de Giono et de Dubuffet, est décédé samedi 6 novembre à l'âge de 98 ans à Rognes (Bouches-du-Rhône) où il s'était retiré depuis quelques années, a-t-on appris lundi auprès de son entourage en Anjou.

"Je voudrais que mon livre donne envie de danser à toutes les rombières de la terre",

annonçait en ouverture d'un des ses ouvrages ce tenant d'un écriture haletante et directe, né dans une famille ouvrière à Marchiennes (Nord). 
Proche à la fois des écrivains prolétariens et des artistes "bruts" dont Gaston Chaissac et avec lesquels il a entretenu de riches correspondances, ami de  et Louis Calaferte, Jules Mougin a publié une trentaine d'ouvrages, dont La Grande Halourde, Le Mal de Coeur et Poèmes, lettres et cartes postales (Robert Morel), tout en rejetant l'idée même d'une carrière littéraire.
Facteur de profession, anti-militariste viscéral, obsédé par la guerre, la  et la révolte, il a sa vie durant écrit, peint et "bricolé", comme il le disait, vivant longtemps dans une maison à Chemellier (Maine-et-Loire) dotée de caves troglodytiques dont il orna les parois, et où il reçut nombre d'artistes.
"Il a fait avec les mots de la langue française ce que le Facteur Cheval a fait avec des pierres", résume Claude Billon, l'un de ses amis, qui lui a consacré une exposition rétrospective à Metz en 2005.
Jules Mougin doit être inhumé mercredi aux Verchers-sur-Layon (Maine-et-Loire).

Publié dans Activités diverses

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