Benoît GOETZ extrait de "Dites-moi si je suis belle..."ou L’impératif esthétique

Publié le par Claire

...L’œuvre est représentation de fantasme.
Le fantasme est lui-même représentation de désir, c’est-à-dire représentation de représentations refoulées.
La forme sert à anesthésier les censures préconscientes.
L’artiste sait embellir ses rêves éveillés « de façon à dissimuler leur origine suspecte. » 

 La forme artistique n’a guère qu’une fonction hypnotique.
En effet, comme le sommeil, sa fonction est de permettre l’abaissement des défenses.
Sur l’élaboration de cette forme, sur la création proprement dite, Freud n’a rien à nous dire.
Le plaisir proprement esthétique n’est qu’une « prime de séduction », ou un « plaisir préliminaire ».
La véritable jouissance consiste dans la 
catharsis, la libération de tensions profondes.

Or, de même que chez Aristote l’
opsis (c’est-à-dire le spectaculaire, le visuel de la mise en scène) n’est pas l’essentiel de la tragédie puisque la catharsis ne dépend pas d’elle, de même chez Freud, bien que le plaisir formel soit la condition de la jouissance esthétique, il n’en est cependant pas la cause profonde.
Comme l’a montré Anton Ehrenzweig, s’il est possible de considérer l’esthétique de Freud comme un échec, c’est parce qu’elle est incapable de prendre en considération le travail proprement artistique, l’essentiel se déroulant du côté du matériel inconscient traité par l’artiste.
Or, l’esthétique, depuis Kant, considère bien plutôt que l’essentiel du travail artistique se situe du côté de la forme, si toutefois l’opposition forme/contenu – que Freud ne remet jamais en cause – doit être maintenue.
Il n’y a que dans le 
Mot d’esprit que Freud s’est intéressé à l’élaboration de la forme, au processus formel à l’origine de la plaisanterie : « on est assez surpris, devant la réussite brillante de Freud dans son analyse du mot d’esprit, qu’il n’ait pas cherché à la transposer dans d’autres domaines de l’esthétique. La scène était pourtant toute prête pour que Freud fasse une entrée triomphale jusqu’au cœur même de l’esthétique, c’est-à-dire l’origine et la structure du beau dans l’art. » 

Publié dans citations. Notes.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article