Mercredi 13 mai 2009
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"...L'espace urbain détruirait la ville en la dissolvant dans un tissu vague, hétérogène, une sorte de patchwork d'intérêts composés, insoucieux de l'existence même de
l'homme. Détruire la ville... C'est déjà fait.
La ville (ou la cité) est un lieu clos, fermé aux étendues vagues de la mer ou des terres, une concentration détachée des lignages et des appartenances
rurales.
Un tête à tête d'un genre jusque là inconnu où tout un chacun vit sous le regards des autres:
une forme sociale qui, sans doute, a été une révolution dans l'histoire ou plutôt les différentes histoires de l'humanité, à des
périodes différentes et sans rapport entre elles villes grecques, chinoises, romaines, "Urbs", la ville par excellence, hellénistiques comme Alexandrie, arabes en
Irak, en Syrie, en Egypte, au Maghreb; une matrice par laquelle ont transité les cultures particulières pour devenir des civilisations.
En France, les premières communes, dit Petit¬Dutaillis, ont été peuplées d'hommes et de femmes " sans feu ni lieu", détachés des liens féodaux, aventuriers, pirates souvent, navigateurs
commerçants, artisans. ...
Des lieux d'intense vitalité, d'échanges, de projets lointains.
N'a-t-on pas dit, justement, que dans la ville, la ville seule, à l'abri de ses remparts, émergeaient le théâtre, la spéculation philosophique ou religieuse, la première conscience d'une
histoire qui ne soit pas celle des souverains héréditaires.
...Nos villes traversent une période de mutation et, comme toute mutation, elle suscite des manifestations troublantes, inquiétantes pour les polices: des effervescences qui n'ont pas encore trouvé
leur forme. Ces transitions parviennent toujours à l'expression de leur propre sens: c'est le génie de l'avenir, du présent qui se fait. La créativité humaine est infinie...
Est-ce qu'on peut considérer le théâtre comme une réplique de la ville, un microcosme, ...
J. D.: Le théâtre est dans la ville, est-ce que la ville est dans le théâtre?
Parlera-t-on de la "naissance de la tragédie"? On en sait peu de chose. Restons en Europe, et particulièrement en Méditerranée, avec les innombrables restes de
théâtres qu'on trouve de la Roumanie au Portugal, de la Turquie au Maroc, presque tous urbains.
Cela ne va pas de soi: comment une communauté, à côté de la célébration de ses rites, en vient elle à donner l'image d'un personnage toujours individuel,
toujours par quelque côté de son être excessif, coupable, voire criminel, même s'il ne le sait pas, comme Oedipe?
En grec, théâtre veut dire "donné à voir".
Justement: la représentation d'un être qui souffre d'être ce qu'il est le "pathos", la passion et qui parle, à Athènes du moins, dans la plus belle langue poétique que l'on ait jamais
parlée(...)
Mais la ville est un filtre: les mythes sont tous archaïques quand émerge le théâtre, et de ces mythes conçus dans la chaleur d'une existence patriarcale ou féodale, on arrache une
figure que l'on jette sur la scène. Dionysos n'y est pour rien, et les manifestations de transe ou de possession qu'il est censé accompagner ressortissent à une expérience toute différente, fût ce
dans la cité où quelques sectes initiatiques en prolongent l'exercice.
Le public de la cité s'attache, lui, au visible déroulement d'une action un drame dont un personnage très humain est le héros.
Ces personnages ne sont pas des contemporains, ils appartiennent à l'archéologie des légendes, de croyances plus ou moins confuses, parfois fixées par l'écriture.
Le passage du mythe au livre a, semble t il, été déterminant: Mc Luhan pensait que la translation scripturaire a rendu possible le théâtre.
Pisistrate n'avait il pas fait rédiger ce que l'oralité transmettait des poèmes homériques? Où donc cela aurait il été possible, sinon en
ville?..."
Par Claire
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Publié dans : citations. Notes.
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