Prise de notes dans "Un théâtre de situations"de J.P. Sartre

Publié le par Claire

                                                   dans folio essais (début)
...L'émotion au théâtre  comporte toujours du recul, car tous les personnages sont, par rapport à moi, dehors. Celui que je vois n'est pas exactement, pour moi, "l'autre"; car, dans la vie, l'autre...c'est celui que je regarde et aussi ...qui me regarde.
Au théâtre "l'autre" ne me regarde jamais, ou si par hasard, il me regarde, c'est que l'acteur imaginaire disparaît et c'est l'acteur qui me regarde, l'homme réel.


Quand les 3 coups sont frappés, après cette espèce de cérémonie initiale qu'est la prise de places dans la salle, le spectateur perd son moi...s'il s'en souvient, au cours du spectacle, c'est qu'il y a des longueurs...

Application du désir de l'homme, qui est de sortir de soi, pour se voir mieux, pour se voir comme il est.

Le théâtre est  un champ clos dans lequel les hommes viennent contester leurs droits.

Un mot est un acte et ne renvoie à aucun cas extérieur. Un mot ne sert pas  à peindre un état intérieur mais à engager.
Les MOTS sont serment, engagement, refus, jugement moral, défense des droits, contestation des droits des autres... 

Ils sont donc éloquence ou moyen de réaliser l'entreprise, c'est-à-dire menace, mensonge...


L'erreur du naturalisme est de peindre avec des mots des choses de tous les jours, de faire des mots sur des mots.

Le théâtre est le règne de l'elliptique, car il doit manquer du texte pour faire place aux gestes. 

Le caractère irréversible du langage est nécessaire car il est engagement. L'acteur qui porte ce langage est dur et intouchable. Ce qui fait dire à  Cocteau :" La poésie est faite pour être entendue de loin."


                                      JL BARRAULT : " projection plastique des mots ".
     " Il faut toujours qu'un mot soit respiré pour permettre le passage avec le geste"


Pour les "jeunes" dramaturges des années 60 ce qui est universel ce n'est pas une nature, mais les situations dans lesquelles  se trouve l'homme. Non pas la somme de ses traits psychologiques mais les limites auxquelles il se limite de toutes parts.

L'homme, être libre, indéterminé, qui doit choisir son propre être face à certaines nécessités, telles que le fait d'être déjà engagé dans un monde qui comporte à la fois des facteurs menaçants et favorables, parmi d'autres hommes qui ont fait leur choix avant lui et ont décidé par avance du sens de ces facteurs...éclaire les principaux aspects de la condition humaine et fait participer le spectateur au choix libre que l'homme fait des situations.
L'homme libre dans les limites de sa propre situation, l'homme qui choisit, qu'il le veuille ou non quand il choisit par/pour lui-même.

Pour Grecs ( cf Hegel), la passion n'est pas un simple orage affectif, mais l'affirmation d'un droit.
Les personnages d' Antigone, Créon, Caligula, sont en même temps des transports de sentiments qui disent la profondeur de l'être et l' affirmation de systèmes de valeur et de droits - des citoyens,  de la famille, de la morale collective et individuelle; ils révélent à des êtres humains leur condition pitoyable etc
Psychologie  intégrée à la vie.

Le théâtre  bourgeois est subjectif parce que la bourgeoisie veut une représentation d'elle-même qui soit subjective. Elle veut qu'on produise les hommes  chez elle, l'image de l'homme sur le théâtre, d'après sa propre idéologie et non pas en cherchant à travers toute cette espèce de monde d'individus qui se voient ou de groupes qui  forment des jugements les uns sur les autres, parce qu'alors elle serait contestée.

Le réalisme produit des pièces fabriquées avec des histoires de défaite de laisser-faire et d'abandon.

Le théâtre n'est le support d'aucune thèse. Il tente d'explorer la condition humaine dans sa totalité et présenter à l'homme contemporain un portrait de lui-même, de ses espoirs, de ses luttes.


        La bourgeoisie pense selon les règles d'un naturalisme pessimiste. 

Il faut qu'il y ait une nature humaine et qu'elle soit mauvaise

             Quand quelqu'un vient de faire une lâcheté, on dit "c'est humain"... 

et immuable. 

           Ce qui est pessimiste c'est le dégoût, le refus du besoin.


Agir, ce qui est l'objet du théâtre,  c'est changer le monde et en le changeant, c'est se changer.
             ...la bourgeoisie n'a plus envie du tout qu'on la change encore...

                   Alors, si elle change encore, c'est pour ne pas changer.

          Elle demande donc au théâtre ne ne pas l'inquiéter par l'idée d'acte.


L'acte est impossible. Il ne peut pas y avoir d'action dans un théâtre qui plaît à des bourgeois.

Seulement un trouble rapide, une agitation entre deux moments de calme.

Le théâtre bourgeois a remplacé l'action par la passion.

           Les bourgeois pensent que leur psychologie, c'est la vérité.

     Leur théâtre a pour but d'ôter aux actes leur fin, leur signification.

De remplacer les forces de l'action par ce qu'elles ont de plus imperméable et de plus faux : la passion

(dans le sens de quelque chose qui ne comprend rien, ni aux autres, ni à soi-même et qui va toujours se perdre en voulant se sauver.) 
              En revenir toujours à l'enfance c'est nier toute action humaine.
      Pour André Gide : " C'est en étant le plus individuel, qu'on est le plus universel."
     Partir à l'universel tout de suite, c'est aller au pessimisme...l'homme en face du monde.

Publié dans citations. Notes.

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