citations. Notes.

Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 06:57

http://lesdouzedeblog.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/07/10/la-trahison-de-deleuze.html

 

 

 

... Le concept donne de la consistance, sur un plan d’immanence, à l’infini de ces perceptions et de ces émotions. Surtout, il est revigoré par la poésie.

 

 Il échappe au reproche de l’abstraction.

 

 L’aventure philosophique ne sera pas pétrifiée.

 

Méthode deleuzienne (et nietzschéenne) d’affirmation de la vie, comme de tentative... de la changer.

 

 Il s’agit d’aller à la rencontre de la vie, en même temps que de la laisser pénétrer par tous les interstices de langage, de l’inventer en fait, au-delà du sentier individuel tracé par la langue maternelle.

 

Et Deleuze de reprendre la formule de Proust, « parler dans sa langue une langue étrangère ».

 

 Aussi celèbre que celle-ci de formule, dans "Dialogues" : « Un style, c’est arriver à bégayer dans sa propre langue ».

 

Non pas la faire déraper pour voir ce qui en résulte,

 mais pour ne pas se laisser faire par elle,

 pour ne pas acter la série des desiderata implicites de la machine à réprimer les flux de désirs,

 que ce soit l’ordre faussement rassurant de la syntaxe ou les restrictions des genres, des formes, des codes, de la castration du signe....

 

La littérature digne (ou indigne) de son nom procède d’un mode mineur.

 Il y a le régime majoritaire de la langue et ce que la littérature invente à l’intérieur de ce régime.

 Ce que Kafka juif tchèque fait de l’allemand quand il écrit en allemand, mais un allemand sonnant yiddish, créant un agencement dans la description d’une bureaucratie moins symbolique que sobrement dénonciatrice de l’aliénation. D’autres modes opératoires s’offrent à la littérature. Elle suit la ligne de sorcière.

Elle prend la ligne de fuite de l’oiseau qui se déterritorialise pour échapper à la glu du structuralisme.

 Ligne de fuite vers le ciel du cosmos.

 Le poète crée son style, sa ritournelle, son chant, sur le territoire qu’il définit en l’arpentant, aussi bien musical que géographique, à la manière dont l’oiseau construit et son nid et sa mélodie.

 Pour autant il faut qu’il y ait composition « pour éviter que le lyrisme de la grande ritournelle ne retombe en brouillage ou ne se retourne en sonorisation catalytique ou hypnotique de la composition »( dixit Pinson !).

Éviter l’hypnose aliénante et lénifiante, car sans recouper le plat engagement de la littérature, il y a bien une politique du poème.

Gilles Deleuze circonscrit le geste artistique dans la volonté de l’écrivain « d’écrire pour un peuple absent ».

 Pourtant Kafka, qu’il admirait tant, refusait la métaphore. Prose sèche pour dire le réel, ici et maintenant.

 Jacques Rancière fait remarquer que pour aller vers le peuple à venir, il faut bien qu’il y ait transport, métaphore. L’œuvre d’art fixée, dans le marbre ou la couleur résiste au temps mais en appelle aussi à d’autres temps.

 

 Fort de la beauté de l’art immédiatement identifiable et de la promesse fraternelle de l’avenir auquel tout en même temps il souscrit, c’est-à-dire fort de la résolution d’un paradoxe (du moins selon Deleuze, car Rancière estime que l’on ne peut sauver l’art et la politique de la barbarie et de l’échec qu’à la condition de maintenir une tension entre les deux), le texte littéraire qui témoigne à tous les sens du terme de l’inouï, œuvre du côté de la métamorphose plus encore que de la métaphore.

C’est en ce sens que l’art est la politique

. Plus encore qu’il n’en fait. Dans la mesure aussi où, en tant qu’expression de la liberté créatrice, il promet que le peuple à venir n’aura plus besoin d’art, du moins en ce qu’il aurait à se distinguer de la politique.


On pourrait se demander ce que fait un poète français quand il écrit au sein du français de la Vème république, pour aller vite, d’une langue colonisée par l’argent, les médias, les images, le marketing, les ordres passés au travail par la langue dominante de la mondialisation, même si Deleuze ne l’a pas connue outrée à ce point, lui qui avait dénoncé les méfaits balbutiants de la société de surveillance généralisée. Il ne s’agit surtout pas pour ce poète de refermer le texte sur lui-même dans une optique textualiste, une « écriture autotélique », comme le dit Jean-Claude Pinson.
...

Par Claire - Publié dans : citations. Notes. - Communauté : lectures "critiques"d'ouvrages
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 15:03

http://www.pileface.com/sollers/article Vers la notion de « Paradis » (II)

 ... "appareil qui prend en considération le fait que la publication est de toute façon une imposture.

Sur cette imposture de la publication de ce qui s’écrit est construit tout un marché que l’on appelle tout simplement l’édition, la presse, le spectacle en général qui décide que ce qui s’écrit est, un jour, publié.

Qu’on le veuille ou non, quelqu’un qui se laisse aller à ne pas essayer de contrôler

par tous les moyens

le mode même sous lequel il émet ce qu’il dit

est quelqu’un qui accepte d’être mort par rapport au contexte social dans lequel il se place. 

... personne n’a les moyens de contrôler la publication de ses textes et tout le monde est bien obligé de subir cette sorte de filtrage, de récupération et de décision de la part d’une instance qui est une instance de pouvoir et qui, au fond, force les gens à entrer dans les problèmes tout à fait artificiels du commencement, de la fin et du volume et de l’espace qu’on appelle un livre.

Je dirai que le premier travail de l’écrivain ne serait pas du tout d’écrire,  de croire qu’il a quoi que ce soit à transmettre, mais de s’assurer tout simplement du support ... tout est désormais prêt pour évacuer sous la forme de produits finis quelque chose qui devrait se répéter et insister. L’auteur qui, soit par désir d’avoir un prix, de plaire à son éditeur, de s’affirmer lui-même dans son identité, ou encore pour des raisons « politiques », accepte de publier des livres, est là pris dans une mécanique à laquelle il ne réchappera pas et qui le châtrera peu à peu de son origine de langage. Alors là, c’est une tactique qui consiste à insister sur la répétition. 

D’une certaine façon, ça part de l’idée que personne ne lit rien, jamais.

Les gens font semblant.

Tout ce qui se donne comme littérature dite moderne, avant-garde, expérimentation, etc., n’est absolument pas lu et d’ailleurs n’est pas fait pour être lu, tout le monde en est conscient.

Ce qui reste énigmatique est de savoir pourquoi elle est publiée, quand même, ça, c’est un problème. Alors disons que je prends ce problème de front, j’insiste, je répète, je varie la répétition et j’essaie de donner l’idée de quelque chose qui serait, non pas un livre, un volume, un rectangle, cubique, comme vous voudrez, mais un cercle, une courbure, une courbe, quelque chose qui n’implique donc ni commencement, ni fin et qui, en tout cas, tourne...

... il faut, en un sens, précipiter, ...l’écriture, lui faire connaître à l’intérieur même de son fonctionnement qui est répétitif, une répétition plus fine ..., multiplier les messages pour dire sans cesse la même chose, à savoir que ça ne parle que de l’impasse sexuelle dans laquelle est l’espèce ; ça n’a pas à parler d’autre chose puisque parler, c’est automatiquement parler de ça ; si on parle, si on fait semblant de faire, je ne sais pas moi, de la philosophie, de la poésie, bien entendu, on va faire semblant de métaphoriser quelque chose mais ça, ce n’est pas parler, c’est faire semblant de parler. Si on parle, je crois que l’animal que nous sommes n’a rien d’autre à dire et dire sous la forme la plus précise qu’il le peut, il n’a à dire que l’impasse sexuelle et ses conséquences.

Par Claire - Publié dans : citations. Notes. - Communauté : lectures "critiques"d'ouvrages
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 09:29

                            ADDENDA du 13/01/2012

     Merci beaucoup à André Thibault, l'auteur, entre autres,  d'Aimer au pluriel,

Livres : Aimer au pluriel,  Montréal : Primeur, Opinions, 1984, 190 p. ; 23 cm.

ISBN : 2892860350 (br.). Essai  épuisé. Notes : "Collection dirigée par Andrée Yanacopoulo"]

 pour ces quelques mots récents  qui apportent un éclairage permettant de nuancer la citation qui suit, hors  contexte et écrite il y a déjà quelques années, en  1984:

  1.  "La peur de perdre sa place dans la vie de quelqu’un est insensée: on perd rarement sa place, on perd plutôt son rang. Mais cela est vrai seulement si chaque relation s’exprime pleinement dans son originalité. Sinon, elle crée de toutes façons une inquiétude permanente. L’arrivée d’une tierce personne ne fait que confirmer cette inquiétude." André Thibault, Aimer au pluriel, p.104.


André Thibault écrit donc aujourd'hui : 
"Vous avez cité[ ... ]le livre de Bernard Forthomme un extrait sur la jalousie,

le seul qui ait survécu de mon livre «Aimer au pluriel».

Il s'agissait en fait de libertinage et non d'amour.

Je pense aujourd'hui qu'il est tout à fait normal et sain de souhaiter être un être unique aux yeux de la personne avec qui on a engagé sa vie.

Comme l'écrivait un jour mon compatriote François Hertel, «chaque âge a ses plaisirs»."

 

                                                                      ***

 

La Jalousie — Puissance élective, Logique divine, force naturelle et passion humaine aux éditions LESSIUS, à Bruxelles, en 2005, diffusion en France par le CERF, 815 pages.

                                   Jalousie: 
n.m. Sentiment égoïste de possession d’un sujet objectivé.

Une théorie de la jalousie prétend qu’elle aurait comme origine le souci du mâle pour s’assurer que la femelle a bel et bien été fécondée par lui[...].

La jalousie chez la femme serait un fait culturel issu du dérèglement social provoqué par la guerre génétique des mâles.

La proportion qu’elle prend lors de séparations de couples exclusifs,

c’est-à-dire le meurtre,

fréquent à la suite d’infidélités et d’adultères,

est très pathologique.

Que la jalousie soit naturelle ou non,

il faut au moins avouer que ce que la civilisation en a fait est un délire qui tient de la folie.

La jalousie est une angoisse de séparation ; on a peur qu’autrui parte, par extension qu’il s’attache à un tiers.

Le prix de la liberté, c’est l’acceptation de cette angoisse : en effet, il n’est possible d’entretenir des relations parallèles que si autrui n’est pas jaloux ; le meilleur moyen qu’il ne le soit pas est de n’être pas jaloux soi-même.

"La peur de perdre sa place dans la vie de quelqu’un est insensée: on perd rarement sa place, on perd plutôt son rang. Mais cela est vrai seulement si chaque relation s’exprime pleinement dans son originalité. Sinon, elle crée de toutes façons une inquiétude permanente. L’arrivée d’une tierce personne ne fait que confirmer cette inquiétude."
André Thibault, Aimer au pluriel, p.104.

La jalousie est une tension entre la soif de liberté et l’angoisse de séparation.

 Ce qui est pathologique, c’est l’angoisse de séparation qui étouffe et éteint la soif de liberté ;

c’est l’exclusivité sexuelle du couple compulsif.

Les libertins éthiques ont une grande soif de liberté, et leur angoisse de séparation se concrétise par une envie de continuité qui ne dégénère pas en exclusivité.

Bernard Forthomme : Oui, non seulement la jalousie n’est pas d’abord un sentiment élaboré

ni une simple émotion, mais elle se passe pratiquement sans psychologie....On ne naît pas

jaloux, on le devient, et d’abord par l’entourage. Si je ne suis pas jaloux, d’autres le sont pour

moi et risquent de me contaminer.

La jalousie est un héritage,

viendrait-il, comme chez Proust,

d’un effet de mémoire ou par le biais de cette anticipation que Nietzsche nomme la mémoire du futur.

La jalousie est toujours contractée.

C’est pourquoi le Livre de la sagesse n’en attribue pas

l’origine à l’homme et à la sagesse serpentine qui l’habite (comme dans le récit fameux de la

Genèse), mais nommément au diviseur de l’humanité, au diabole !

Le mot français désignant

la jalousie est d’ailleurs une simple transcription d’un mot étranger, du terme grec zèlos —

dont l’ambiguïté est plus forte encore que la notion de zèle (qu’il faut qualifier d’opportun ou

d’intempestif pour le caractériser négativement).

  La langue française n’a pas forgé un vocable

plus connaturel à une langue romane que  le mot envie, venant d’in-vidia, ce qui fait

songer au mauvais oeil (cf. video).

Il y a là un je ne sais quoi d’étranger qui tout à la fois nie et entend pénétrer un secret

(suivant le double sens du préverbe latin in).

Quant au terme hébreu

qui désigne la jalousie de Dieu même, le nom qu’il se donne en première personne — Qinah

—, il suggère d’abord l’idée d’un bouillonnement, d’une énergie, en l’occurrence, celle de la

sainteté farouche.

Par Claire - Publié dans : citations. Notes. - Communauté : lectures "critiques"d'ouvrages
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Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 06:54

019.JPG 

 C'est ainsi ! 

ça ! !

 

                              

Un événement bref, décanté,  prédomine qui trouve d'un coup sa forme juste, saisie comme substance. Rectitude de la trace, sans sillage, ni marge, ni vibration. Efflorescence inessentielle, excentrique de l'objet.

Coupure sans écho convertie en essence. Justesse musicale pure et vide de la note de musique.

Articulation avec une métaphysique d'un temps sans sujet. Le corps collectif des haïkus est un réseau de joyaux, dans lequel chaque joyau reflète tous les autres. Il n'y a jamais à saisir un centre, un noyau premier d'irradiation. Comme un miroir qui ne saisit rien, reçoit sans conserver et capte seulement d'autres miroirs. Vers le vide de la forme.

Pas d'ouverture à la communication divine. Apparition fragile.

Moment intenable, pli léger, soie du langage, balafre légère, où la chair va devenir parole. Rétrospective reconstituée. 

Ce qui est posé est mat sans marges, interstices qui excéderaient le sémantique et l'ajoureraient.

Arrêt de la radiophonie intérieure

Assèchement du bavardage incoercible de l'âme. Fragments, poussières d'événements.

Effacement du règne des codes

Refus du symbole

Rupture du cercle dont le  langage est dépositaire

Se dit deux fois en écho pour souligner  d'un trait la nullité du sens. Répétition à reconnaître sans origine. Événement sans cause. Mémoire sans personne.

Pas de pittoresque

Pas de romanesque.

Vison sans commentaires, ni définitions, ni descriptions ornementales, de leçons engagées comme indices dans le dévoilement d'une vérité ou d'un sentiment. Le sens est refusé au réel. Sans regrets, manoeuvres, corrections. Sans finalité. Libérée de l'image avantageuse de soi. Pure désignation.

      --------------------------------------------------------------------------------------------

EXERCICES

En principe, présence d'une saison et structure de base = court/ long/court. Mais possibles transgressions.

 

 

Vent brûlant d'août : 

Le chien du boulanger s'endort.

Le téléphone sonne.


 

Etoiles brillantes

Et derrière le rideau

Le livre ouvert.

 

 

Dans l'église

l'odeur des bougies

Et la fraîcheur.

 

La porte est ouverte

Et la lampe du salon allumée.

Une voiture passe.


 

J'entendis la voix de l'acteur.

Le lit grinça.

La poussière recouvre le sol.


 

Avec un petit oiseau dans une cage

Un radeau suit le courant

Sous le vent de midi.

 


Le chien lèche sa patte.

L'orage gronde.

Un arc en ciel apparaît


 

J'entendis le marteau.

Ce soir-là je fermai ma porte.

( à suivre )

Par Claire (C.A.-L.) - Publié dans : citations. Notes. - Communauté : lectures "critiques"d'ouvrages
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 14:21

 

...paru aux Editions de la différence, en août 1998, c'est l'exergue.


Un  extrait  d'un fragment de la seconde version du Livre de l'intranquillité rédigée de 1913 à 1935sous le pseudonyme de Bernardo SOARES.


"Je reste toujours ébahi quand j'achève quelque chose. Ebahi et navré. Mon instinct de perfection devrait m’interdire d’achever ; il devrait même m’interdire de commencer. Mais voilà ; je pèche par distraction et j’agis. Et ce que j’obtiens est le résultat, en moi, non pas d’un acte de volonté, mais bien d’une défaillance de ma part. Je commence parce que je n’ai pas la force de penser ; je termine parce que je n’ai pas le courage de m’interrompre. Ce livre est celui de ma lâcheté."

 

Par Claire (C.A.-L.) - Publié dans : citations. Notes. - Communauté : Communauté de poètes français et francophones
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