citations. Notes.

Mardi 23 août 2011 2 23 /08 /Août /2011 07:57

                      "Lire de grands écrivains met dans un état de rivalité intenable.

Leur génie nous brûle."

Par Claire (C.A.-L.) - Publié dans : citations. Notes. - Communauté : lectures "critiques"d'ouvrages
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Dimanche 14 août 2011 7 14 /08 /Août /2011 07:00
Opposer [d]es « mots-lucioles » aux « mots-projecteurs » des propagandes

... La méthode, qui est celle du collage et du télescopage, méthode empruntée à Aby Warburg autant qu’à Walter Benjamin (c’est aussi celle de Giorgio Agamben), confère au livre un côté indéniablement primesautier, très en accord avec son objet et son titre. 
... livre qui concerne fortement la poésie et interroge son aujourd’hui : si elle peut peu (selon la formule de Christian Prigent), que peut-elle encore cependant ? 

 Didi-Huberman part d’une opposition empruntée à Dante pour, avec Pasolini, l’inverser.

À la grande lumière (luce) du Paradis, Dante opposait les petites lumières (lucciole) des âmes mauvaises qui s’agitent ici-bas. Dans notre monde sans Dieu, c’est désormais la grande lumière du pouvoir, la lumière « totalitaire » du biopouvoir, du « néo-capitalisme télévisuel », comme l’appelle Pasolini, qui nous aveugle et nous tient prisonniers.

Sous cette cruelle lumière, c’est à peine si peuvent encore danser, par intermittences, les « corps lyriques » des jeunes gens, ces lucioles en lesquelles s’incarnent pour Pasolini l’esprit du peuple et sa résistance à ce « fascisme nouveau » dont il analyse l’émergence...

De même que les lucioles réelles commencent à disparaître au début des années soixante sous l’effet de l’urbanisation et de la pollution,

les lucioles de « l’esprit populaire », les contre-pouvoirs qu’elles pouvaient constituer finissent aussi, sous la « féroce lumière du pouvoir » (on pense à la société de contrôle selon Foucault ou Deleuze), par s’évanouir. 

C’est un tel diagnostic, « apocalyptique », que Didi-Huberman cherche à invalider,

en discutant les thèses de ceux qui ont pu en fournir les assises philosophiques, à savoir Walter Benjamin et, dans son prolongement, Giorgio Agamben.

Au-delà, au lieu de « se contenter de décrire le non de la lumière qui nous aveugle », il s’agit pour Didi-Huberman de redonner crédit à ce qu’Ernst Bloch appelait le « principe espérance » – il s’agit d’« organiser le pessimisme », en fourbissant des raisons de « dire oui » et être ainsi en mesure de « libérer des constellations riches d’avenir ». 
 À Agamben, Didi-Huberman reproche une vision « apocalyptique » qui le conduit à ne plus voir dans l’image qu’une « pure fonction du pouvoir » sans contre-pouvoirs et, .. à faire du peuple une entité passive (comme au théâtre le public se définit négativement par le fait qu’il ne joue pas). 
Or...l’image... est « dialectique » : elle suscite des contre-images « capables de franchir l’horizon des constructions totalitaires. » Et c’est l’affaire de l’art que de s’y employer

L’auteur en déduit que « l’expérience est indestructible » – du moins importe-t-il d’affirmer (en un geste en quelque sorte performatif) qu’elle l’est.

Didi-Huberman ...renvoie cependant à la nature du désir (« l’indestructible par excellence »). Thèse que je crois pour ma part profondément léopardienne : le désastre et l’« éternullité », le néant de toutes choses (au plan métaphysique), ne sauraient éteindre la lumière du désir...

...Negri a théorisé sous le concept d’« exode » les conduites de résistance qui apparaissent quand l’attente du Grand Soir n’a plus de sens. C’est bien quelque chose de semblable qu’évoque Didi-Huberman quand il parle, à propos de l’insistance des lucioles,

de « fuir, se cacher, enterrer un témoignage, aller ailleurs, trouver la tangente… ». Et de citer, après Hannah Arendt, l’exemple de Lessing, qui sut « se retirer sans se replier » ...

et déployer la « force diagonale » (Arendt) qui lui est propre...dans la postmodernité, être-contre pourrait être le plus efficace dans une position oblique et diagonale.

Les batailles contre l’Empire pourraient être gagnées par soustraction,

dérobade

ou défection.

Cette désertion n’a pas de lieu : c’est l’évacuation des lieux de pouvoir. » 

Abdication (i. e. évacuation des lieux de pouvoir, quels qu’ils soient), mais non abjuration


... Le fantôme des campagnes (de la Nature) en effet continue de ... hanter, quand bien même elles ne sont plus que les « ci-devant campagnes »,

de même que nous continuons, dans la « grande monade techno-scientifique » de la mégapole, nous dit Jean-François Lyotard, d’« alléguer la domus perdue ». 
Mais il est d’autres vecteurs de « lucioles » que les survivances,

d’autres agencements producteurs d’aura que ceux qui résultent de la percussion du Maintenant par un Autrefois.

Il y a aussi, dans l’immanence du Maintenant ce que j’appellerais volontiers des « survenances », parce qu’elles procèdent d’une poétique de la surprise, du « tout arrive » 
Agamben et « l’athéologie poétique » 

Le cœur de l’affaire,...est pour Georges Didi-Huberman la question de l’expérience et de sa « chute ». 
...en écho à Walter Benjamin distinguer entre Erfahrung et Erlebnis

 – entre expérience « auratique », celle d’un monde autrefois enchanté par la parole mythique, « ensensé » par la tradition,

et expérience moderne, celle, déstabilisante, d’un monde chaotique où chacun fait l’épreuve, insulaire autant que massive, multitudinaire, d’un « vécu » sans légende, « insensé ».

Par conséquent, ce qui vient à manquer, pour le poète moderne, c’est seulement la possibilité d’une Erfahrung.
Or, comprise comme Erfahrung,

l’expérience, nous dit Agamben, est d’abord,

par le tissu d’habitudes dont elle nous enveloppe, ce qui nous préserve de la surprise, de l’inattendu.

Si bien que lorsqu’elle vient à manquer, nous sommes pleinement exposés à ce que d’autres ont appelé l’épreuve de l’« impossible ».

Car l’existence moderne, celle qui a pour cadre la grande ville, est d’abord épreuve du choc (Chokerlebnis), expérience traumatique de l’étrangeté radicale du monde, expérience qui « ouvre, écrit Agamben, une brèche dans l’expérience » : la « destruction de l’expérience est la nouvelle demeure de l’homme ». C’est en ce sens – et seulement en ce sens – qu’il peut parler de « manque d’expérience ».

Non sans ajouter qu’à cette « expropriation de l’expérience », la poésie moderne répond en faisant d’elle une « raison de survivre, transformant en norme de vie ce qui ne peut être expérimenté ». Au trauma du choc subi, elle riposte par le choc d’une parole susceptible d’électriser le lecteur. 
... deux formes au moins de désappropriation de l’expérience (d’arrachement à son habitude qui stabilise l’existence) : celle du choc qui coupe le souffle (selon une logique esthétique qui est celle du sublime), mais aussi celle de la « merveille », qui surgit et surprend.

Car si l’expérience de la grande ville signifie celle d’un « monde saisi par la rigidité cadavérique » (Benjamin), elle signifie aussi, en son versant « naïf », celle de l’incessant surgissement du nouveau qu’apportent, avec la mode, les mœurs modernes.

Il s’agit alors pour la poésie de « faire » le « positif » de cette merveille, de retrouver avec elle le chemin d’une naïveté (mais seconde) ; de contribuer à rompre le sortilège moderne du désenchantement. Le poète baudelairien n’est ainsi pas seulement confronté à la perte de l’aura ancienne, celle qui accompagnait sa figure classique du poète. Il est aussi requis par la tâche de conquérir, pour et par le poème, une aura nouvelle, celle qui procède de cette poétique des « survenances » que j’ai précédemment évoquée. est encore une question de lumière :

quand le poète d’après la mort du divin (du « somnambulique écroulement du divin et de l’humain »), le poète post-hölderlinien, doit endurer le « jeûne de la lumière »,

comment peut-il être encore celui qui « dans la parole génère la vie », comment peut-il être encore un pourvoyeur de lucioles ?

... L’expérience du poète... celle d’une désubjectivation autant que d’une désobjectivation... sa tâche, non pas à rebours du désastre mais tout contre lui,

elle consiste à nous « introduire au nouvel èthos, c’est-à-dire à la nouvelle demeure des “déshabitants“ de la terre » que nous sommes...

Par Claire - Publié dans : citations. Notes. - Communauté : lectures "critiques"d'ouvrages
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Samedi 13 août 2011 6 13 /08 /Août /2011 06:13

 

                                     A adapter évidemment, ...mutatis mutandis

 

Audies plerosque dicentes:

"A quinquagesimo anno in otium secedam, sexagesimus me annus ab officiis dimittet."

Et quem tandem longioris uitae praedem accipis?

Quis ista sicut disponis ire patietur?

Non pudet te reliquias uitae tibi reseruare et id solum tempus bonae menti destinare quod in nullam rem conferri possit?

Quam serum est tunc uiuere incipere cum desinendum est?

Quae tam stulta mortalitatis obliuio ...

Tu entendras beaucoup de gens dire :

" Dès que j'aurai 50 ans, je me retirerai pour vivre dans l'otium;

     et à 60, je renoncerai à travailler pour de l'argent. "

                                    Au bout du compte, quel est celui qui pourrait te garantir que ta vie sera aussi longue ?

Et qui est-ce qui permettra que les choses se déroulent de la manière dont tu l'as prévue ?

N'es-tu pas coupable  de ne te réserver à toi que la fin de ta vie et que le seul temps que tu comptes accorder à l'enrichissement de ton esprit soit celui où il ne pourra plus être utilisé à rien d'autre ? 

Est-ce qu'à ce moment-là il ne sera pas trop tard : commencer à vivre alors qu'on est dans l'obligation de quitter la vie ?

L'oubli de notre condition de mortels est de l'ordre de la folie...

 

Par Claire (C.A.-L.) - Publié dans : citations. Notes.
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Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 08:54

Ce roman faisait partie du programme en 1972, à la Faculté des Lettres de Metz. Mon professeur était Monsieur André  Brichet. Un homme sensible,  humain doublé d'un pédagogue. Il était le seul à sortir de l'ordinaire. Je me souviens avec plaisir des nombreux auteurs qu'il m'a fait (re)découvrir et qui marquent à jamais mon imaginaire:

entre autres   Georges Schehadé, poète  libanais  de langue française;

                    Saint-John Perse; Albert Camus;  Mallarmé; 

                 ainsi qu' André Malraux avec les  Antimémoires     et

                                 ...  La Condition Humaine  

 

                 

Roman publié d'abord en extraits ( in la Nouvelle Revue française et Marianne) puis, en volume chez Gallimard

Roman composé comme un film : plans discontinus. Rythme syncopé, cahotique. Personnages singuliers et symboliques à la fois. Prose classique,  alliant netteté, précision sèche et harmonie de la période lyrique.

Notable aussi l'incipit in medias res. Le fameux

" Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire..." : procédé qui aujourd'hui ne surprend plus personne

L'action (multiple) se passe en Chine. Les personnages cherchent dans l'obscurité,  le sens de leur  vie. Ils veulent briser leur solitude.

Un groupe de révolutionnaires communistes prépare un soulèvement, à Shanghaï.

Le récit démarre le  21 mars 1927. 

L'engagement dans l'Histoire doit permettre aux personnages de marier  la conscience de l'absurde avec la certitude de pouvoir triompher de son destin. Méditation et tragédie. 

Contexte politique : En Europe,  Hitler a le pouvoir (30 janvier 33). Nazisme et fascisme menacent l’homme.

En Asie, c'est le triomphe  apparent de Chang Kaï-Shek. Mao Tsé-Toung va entamer la Longue Marche (1934).

Le roman au fond se présente comme une (en)quête où, des êtres d'exception, dans des circonstances exceptionnelles, vont chercher fébrilement à briser leur solitude et à donner un sens à leur existence.


Les autres possibilités qui vont être "testées" par les différents protagonistes sont  l’amour ou l’érotisme;  l’alcool ou l’opium; la volonté de puissance ou l’Art;  la Révolution ou le don de soi.

Pour Malraux, comme plus tard pour Sartre, l’homme est la somme de ses actes. Seul compte le faire. Il n'est pas question pour eux de se tourner vers les fausses solutions, les illusions que sont  le passé, (surtout l'enfance), ou  le rêve.

Le premier rôle est en définitive tenu par la mort, car elle rend vaine toute prétention humaine à fonder quoi que ce soit.




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Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 08:52

http://www.livres-online.com/La-Condition-Humaine.html 


 

"Il en va pour les livres comme pour le reste, ils se démodent.

C'est particulièrement frappant avec ce roman qui retrace un moment de la révolution chinoise.

Difficile, à moins d'être versé dans l'histoire moderne,  de saisir tous les tenants et aboutissants de cette période troublée.

Difficile aussi de s'enflammer avec les protagonistes pour ou contre l'Indochine française, bref, difficile de se replonger dans le contexte.

Reste que si les évènements sont dépassés, l'humain reste humain, les sentiments, les émotions qui l'animent changent peu. "La condition humaine. Autrement dit, un certain paradoxe : une vanité et une grandeur, une dignité et une humiliation" [1].

Et Malraux n'a pas son pareil pour décrire non seulement un moment de l'Histoire, mais aussi l'histoire des petites gens, les Kyo, Tchen, Katow, May, combattants communistes, animés d'une foi inébranlable en leur croyance en un monde meilleur. Mario Heimburger a vu juste : "les personnages de Malraux ne discutent pas de leurs croyances, [...]. Leur décision est personnelle"[1] ; quant aux personnages plus louches du roman, les Ferral et Clappique aux motivations moins nobles, ils n'en sont pas moins humains dans leur âpreté au gain, dans leurs leurs bassesses et leurs jalousies.

 

Reste aussi et surtout l'écriture de Malraux, belle, élégante, précise, imagée, parfaite, ce que Mario nomme :"le style, le niveau littéraire".

Si je dois avouer avoir survolé des passages obscurs relatifs à l'organisation du soulèvement et à la stratégie des révolutionnaires,

j'en ai goûté d'autres sans retenue :  le début, où Tchen doit tuer un trafiquant d'armes, ou vers la fin, lorsque Katow cède son cyanure à ses frères d'armes, quelle poésie dans la description, quelle force dans les mots, quelle puissance d'évocation.

Ecoutez plutôt :  " ... un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même- de la chair d'homme." (p.9) ; et encore, p.10 "Ce pied vivait comme un animal endormi. Terminait-il un corps ? (...) Il fallait voir ce corps. Le voir, voir cette tête, pour cela, entrer dans la lumière, laisser passer sur le lit son ombre trapue. Quelle était la résistance de la chair ? " ;

et finalement, ces lignes inoubliables sur l'exécution de Katow, p.310 :

Toute l'obscurité de la salle était vivante, et le suivait du regard pas à pas. Le silence était devenu tel que le sol résonnait chaque fois qu'il le touchait lourdement du pied ; toutes les têtes, battant de haut en bas, suivaient le rythme de sa marche, avec amour, avec effroi, avec résignation, comme si, malgré les mouvements semblables, chacun se fût dévoilé en suivant ce départ cahotant. Tous restèrent la tête levée : la porte se refermait. Un bruit de respirations profondes, le même que celui du sommeil, commença à monter du sol : respirant par le nez, les mâchoires collées par l'angoisse, immobiles maintenant, tous ceux qui n'étaient pas encore morts attendaient le sifflet." Frissons...

 

... Et la satisfaction de pouvoir affirmer "Il m’a fallu des années pour [..] me plonger dans ce livre, mais je n’ai pas à le regretter aujourd’hui." [1]"

 

 

Source :

 

[1] http://www.livres-online.com/La-Condition-Humaine.html

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