Texte et lien poète/lect·eu·r·ice

Publié le par Claire Antoine

Texte et lien poète/lect·eu·r·ice

                           

 Certes, le poète orphique, aède inspiré, placé sous l’égide d’une instance lyrique, peut être considéré aujourd'hui comme mort.  

C'est le texte qui a gagné qui a gagné son autonomie. Il est l'"autre" du poète. 

Et pourtant les pouvoirs de la lyre existent, puisque des poèmes peuvent encore chanter. 

              Le "chantant" du texte, qui prolonge la voix du poète, ce "je" qui se plaint, qui se bat, qui témoigne...   

                                                          ...Est-il dépendant du lecteur ? 

                                            Oui ! Mais sans doute, peut-être  pas que ...

 Parler de "chant" poétique, c'est considérer qu'il existe un point d'intériorité fusionnel entre auteur·e, texte et lect·eu·r·ice,  Oui ! 

ce qui serait incompatible avec la quête d'une altérité, d'une autonomie, cette dernière étant liée à l’ éloignement de soi et aussi à une certaine forme de matérialisme. Mais oui ! 

Donc, si le poète "chanteur" disparaît, disparaît avec lui le chant, puisqu'il celui-ci renvoie au sensible, à l'empathique, à "la tendresse" que Paul Valéry désigne comme ce qui subsiste du bien, lorsque tout a disparu, une sorte de noyau vital d’une extrême fragilité et cependant d’une permanence indéniable bien qu’incompréhensible; sans doute de l’ordre du dérisoire, de la « niaiserie » qui « persécute » le poète sensible, bien sûr, aux jugements de ses contemporains et de ce qu'il imagine que pensaient ses prédécesseurs.

Cette tendresse finit par s’offrir comme l’image ou le reflet de la vie de/dans l’écriture elle-même, et dont elle figure, peut-être, l’essence profonde.

Elle est, ainsi que la vie et ce qui est écrit d'elle, à la fois « tout et rien »,  mais au bout du compte la seule vérité ou la conviction qui me reste, et, "pour finir, l’inexprimable ou l’ineffable en l’être, dans ce qu’il se dit de lui".

Voici une citation du Mon Faust (1941), de Paul Valéry qui va dans le sens de ce petit rien absolument fondamental qui transforme le regard pour toujours  : « Tendresse, moment où le moi se dépouille de tout ce qui le revêtait, le déguisait, le distinguait du tout petit enfant qui est en chacun de nous, essentiel et caché, le germe ou le sentiment tout pur de vivre. Tendresse est une faiblesse de nature divine, une perte de connaissance dans la douceur.

Quoi de plus fort que cette faiblesse qui nous dérobe toutes forces, aux événements, aux prévisions, aux idées… Et voici ce que je te dis, ce qu’il y a de plus précieux dans la vie et qui seul peut la faire aimer, garder, regretter, c’est précisément ce qui la refuse, la domine, l’apaise et la consomme et qui se trouve ou se retrouve dans la présence et la correspondance, ou dans l’échange inouï, muet, de ce que je ne sais pas en moi, ni de moi, contre ce que je ne sais pas en toi, ni de toi… »

Le poète est dépendant du lecteur d'aujourd'hui et de demain, toujours récalcitrant, qui fait qu'il accepte que le poème existe en dehors de son adhésion, pourvu qu'il existe.   

      

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