Courte pièce en 4 tableaux pour 2 personnages LE TOIT ET MOI Ou l'avant toit, autant chercher à retenir le vent…

Publié le par Claire

Courte pièce en 4 tableaux pour 2 personnages LE TOIT ET MOI Ou l'avant toit, autant chercher à retenir le vent…

Le Toit et Moi ou l'avant toit, autant chercher à retenir le vent (Très courte pièce en 4 Tableaux. Pour 2 personnages = 3 monologues et 1 dialogue) 

                        Monologue du père à cheval sur une chaise. En tenue de travail. 

                                      Il est déjà sur scène quand le rideau s’ouvre.

PREMIER TABLEAU : DOUTES ET AIGREUR

(Le titre est prononcé par quelqu’un qui entre sur scène en portant  à la main une pancarte sur laquelle il est inscrit. Il en sera de même pour  les autres titres.)

Le PèreIl viendra, aujourd’hui ? Sans doute. Il m’aidera. Donner un coup de main, ça ne le tuera pas. Sa mère refuse que je le traite de fainéant. Pourtant c’est ce que je pense, moi. Et je pense ce que je veux. La faignasse. Incroyable. La vérité est aveuglante ou alors parlons d’amour maternel, de faiblesse maternelle. De dégoulinante faiblesse. A vomir. Pas un homme  en vrai. S’est pas fait tout seul, comme moi. Pas de couilles. Couvé. Pas gros, mais ça viendra. Petit ventre, un jour. Bientôt. Les mères, ce n’est pas bon pour élever trop longtemps des garçons. Elles les ramollissent. Je l’ai laissé faire, la mienne. Pas de confusion, - je vous entends ricaner- on n’est pas chez Sigmund, ici. Je parle de mon épouse,   pas de ma mère  Je l’ai donc laissé faire. Elle se croyait maligne.  La réussite à l’école, au lycée, à la fac…Du pipeau, tout ça. Y faut voir. Pas de travail. Pas de femme non plus.  Infoutu de me donner un coup de main. Mollasson. Chapon. Castré. Pas castrat : chante pas. Je suis fâché, si vous saviez. Peiné, plutôt. Et dire q'y paraît qu'ils sont tous pareils...


                                              DEUXIÈME TABLEAU :  CRISE

Le Fils arrive, le Père n’a pas bougé.

 

Le Fils – Salut p’pa.

Le Père – ‘lut, mon gars. T’es pas en t’nue ? Si je puis me permettre, Monseigneur, (il lui fait une  révérence) tu fais quoi, là, avec tes écouteurs dans les oreilles ? (Il se met à crier) Tu m’entends, au moins ? (Le fils ne le regarde plus)

Le Fils Hein ? … (Il sourit et danse en claquant des doigts)

Le Père –(en se levant) Je te jure, quelle allure ! (Au public) Ah ! Je peux être fier ! 20 ans pour en arriver là.

Le Fils – Tu as ta tête des jours de pluie… (En slamant ses mots) J’ai fait quelque chose qui te chagrine, mon papa ?

Le Père – (La colère monte, il lui arrache ses écouteurs) Tu vas arrêter ça, à la fin. Tu me crispes. Tu as promis de m’aider.

Le Fils – (en remettant ses  écouteurs Promis ?... tu rêves. Jamais. Nous n’avons pas établi ce genre de relations, cher Monsieur. Attends… j’ai dit que je pourrais peut-être te donner un coup de main, si tu en avais VRAIMENT besoin.

Le Père Attends, attends, là. Si j’en avais vraiment besoin !!! Le « vraiment », tu le repères comment ?

Le Fils Si, heu, tu croules sous le travail. Si le temps est mauvais, très mauvais…Si tu tombes malade…

Le Père C’est ça ! Si je meurs, aussi, pendant que tu y es !

Le Fils Mais non, mais non, papounet, tu exagères toujours. Aujourd’hui, sans rire et en toute honnêteté, croix de bois croix de fer… je n’ai pas le temps, du tout.

Le Père –Sauf pour tes trémoussements. Je ne voudrais pas dire, mais tu t’abîmes les tympans, avec tes trucs. A 40 ans, t’es sourd. Tu verras. Déjà que c’est une, disons, faiblesse congénitale…Mon grand père déjà, la  tenait  du sien, et… (Il fait un geste pour montrer que ça remonte encore plus loin…)

Le Fils reprend le geste et le transforme en grandes arabesques avec les 2 bras. Il est accordé au tempo de la musique qu’il écoute les yeux fermés. Il chantonne en même temps et le public comprend qu’il s’agit de la chanson «  Si j’avais un marteau  …»  Il se dirige vers la porte.

Le Père - Cette vieillerie : Claude François ! Tu crois me damer le pion avec ce chanteur poids plume, nasillard et sautillant !!!

Le Fils qui n’écoute plus, sort.


                                      TROISIÈME TABLEAU :  COUP DE BLUES                                   

 

Le Père (au public) –Vous avez vu ? Je ne peux rien faire. Difficile à atteindre. Moi, je n’ai pas pu aider mon père qui ne faisait rien et ne me demandait jamais rien. Alors bien sûr, je ne faisais rin, rinrinrin du tout. Mais, je lui demande, moi, à lui parce que je sais, je crois, que c’est important et…il ne peut pas m’aider, pas le temps qu’il dit ! Je craque ! Le couillon, pour sûr, pour le coup, c’est qui ? C’est Bibi… tout seul. Je suis tout seul. J’en pleurerais… Maman ! J’ai entendu un jour un centenaire appeler sa mère. J’en ai été bouleversé. " Maman, j’ai soif. " 10 fois, 20 fois, plus encore. D’une voix monocorde, sans relâche ! Froid dans le dos et en même temps, pitié. "  Maman…J’arrive…" La boucle est bouclée(Il s’ébroue)  Revenons à moi. Je dois terminer ma toiture. Aujourd’hui, le soleil était absent, remplacé par des averses. Du vent dans les voiles-bâches qui recouvre le toit en gestation. Mon toit. A moi. Ben oui, personne d'autre ne s'en occupe !  

(On entend alors la chanson de Jo Dassin… «Il était un peu poète et un peu vagabond…Qu’il est long, qu’il est loin ce chemin, papa… ».)

Le Père s’est levé et a repoussé la chaise avec le pied. Il est « habité »


QUATRIÈME et DERNIER TABLEAU : RÊVES

 

 Un jour viendra où, là-haut, je pourrai déposer le rameau qui signale la fin de ce travail titanesque. Herculéen. Entrepris dans l’indifférence générale. Je me suis sacrifié pour améliorer mon lieu de vie, qui est aussi celui de mon épouse, bien entendu. Et c’est pour bientôt. Il ne reste plus, là-haut que quelques petites bâches bien arrimées. Elles ne s’envoleront pas. Elles résisteront aux bourrasques violentes, imprévisibles et précoces de cette fin d’été. Les cordages tiennent bon. Maintenant, donc que comme je l’ai dit,  là-haut, tout est presque fini, je m’en frotte les mains. …Je vais pouvoir repenser l’intérieur. Réinstaller, à mon rythme, l’électricité, le gaz, l'eau… Du chaos, la vie renaîtra. On se débarrassera de tout ce qui est superflu. Des vieux bouquins, surtout. Il y en a partout. Ils m'étouffent. Il faut lâcher du lest. Faire place nette. Pour vivre, enfin. (Il est très ému et s’essuie les yeux) Je vais m’y remettre. Je remonte. Vivement que tout cela finisse. (Il se lève et se dirige vers les coulisses, puis,  se tourne vers le public, de trois quart, et déclame ) « Ah ! Que ma quille éclate et que j’aille à la mer ».  (Il s’arrête un instant, réfléchit…reprend le chemin des coulisses et sans se retourner) C’est de Rimbaud, je crois. Oui, le bateau ivre, c’est ça !

    "La symphonie du Nouveau Monde" de Dvorák envahit l’espace, pendant qu’il disparaît…

Publié dans autour du théâtre

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