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Publié le par Claire Antoine

    Texte à revoir mais bon,  je le publie quand même 

Sur l'agora, Socrate (470 - 399), nous dit Platon, "accouchait" l'esprit de ses interlocuteurs...

La métaphore de l'accouchement est utilisée en référence à la mère de Socrate, Phénarète qui était sage-femme : à elle les corps et à lui, les esprits, les  "âmes".

Aucun des deux, ni Phénarète ni Socrate ne sont à l'origine de "la conception". 

On dit aussi que Socrate pratique "la maieutique", un  terme qui désigne, aujourd'hui,  le nom des études permettant d'accéder à la profession de sage-femme. Dans la mythologie grecque, Maïa (dérivé du mot μήτηρ,"mère") était l'une des Pléiades et la mère d'Hermès. 

Socrate a donc à voir avec les débuts et aussi avec la mise à distance d'un ancien lien fusionnel pour "atterrir" dans un nouveau... 

                                                      Parole contre parole

                                                    Le maître et le disciple

                                               ( l'un sait, l'autre croit savoir...)

 En interrogeant ceux qui se hasardaient à dialoguer avec lui - c'est-à-dire ceux qui étaient "sur la voie de la connaissance", ce qui veut dire "dans l'impasse avec leur pensée pleine d'a priori indépassables sur des sujets comme l'amour, le devoir, la mort, le bonheur... "- il les amenait par "l'ironie", et non par le conflit, à l'aide de questions "fermées", à prendre conscience que ce qu'ils cherchaient. Conscience qu'ils "connaissaient" déjà ce qu'ils cherchaient, mais que jusque-là ils n' avaient réussi ni à l' appréhender ni à le formuler. 

Socrate n'était certes pas dogmatique, il n'assénait pas, lui, contrairement à d'autres, appelés, dans les manuels, les pré-socratiques (Héraclite, Parménide, Empédocle ...) de vérités toutes faites, des "croyances", mais il s'appuyait, cependant sur une théorie, celle de la réminiscence qui affirme qu'avant de naître, et donc d'entrer dans un corps, (puisque c'est dans cet "ordre-là" que ça se passe) l'âme de  celui qui va devenir un humain a tout connu, dans le ciel des Idées. Et ...Pfffftttt lors de son incarnation, il va oublier toutes les valeurs absolues à savoir justice, géométrie, vrai, beau, sens de la vie...

L'humain est corps (concret/sensible) et âme (abstrait/intelligible). Le corps est l'interface sensible entre le monde "d'en - bas", visible, concret, tangible et le monde "d'en - haut", invisible, abstrait.  

Mais, le fait est que pour "bien" vivre, incarné, il faut se souvenir. Socrate professait son intime conviction que le monde d'en-haut devait investir le monde "d'en - bas", pour que, dans ce dernier, la vie humaine soit supportable. D'ailleurs le plus  "vivant" des humains ( le moins "bestial"/soumis à ses désirs) est celui qui se rapproche le plus de la compréhension/contemplation du monde des Idées.   

Entre parenthèses, l'idéal de perfection se trouve dans la formule "Kalos kagathos" (kalos : « beau »,« bon », et agathos,« bien », "vertueux", "respectueux de ses devoirs de citoyen")

Alors, la solution est de le mettre, l'humain, en condition d'"accoucher" de tout ce qu'il a oublié, pour être le  meilleur homme possible.

1. Le dur de la méthode de Socrate, selon Platon, c'est "l'ironie" (mot qui vient du verbe "eromai" qui veut dire interroger, demander, et par extension, "feindre" l'ignorance, sans, en ce qui le concerne, ajouter de nuance dépréciative au mot feindre). L'ironie permet d'identifier au minimum deux idées (dont l'une est chargée négativement), de les mettre sur le même plan et de s'en distancier. 

Socrate va questionner pour enseigner et non pour déprécier "gratuitement". Il va faire émerger une réflexion active, en mettant en concurrence deux façons de penser opposées. Dans les textes, son interlocuteur le quitte, certes, souvent confus et furieux, mais en ayant toutefois conscience d'avoir découvert quelque chose de lui-même  (l'horizon étant le "Connais-toi toi-même") et ne devrait donc ainsi se sentir ni "dupé" ni infériorisé...

Si le philosophe adopte la position de l'ignorant, du naïf, qui réfute chaque argument avancé par celui avec lequel il dialogue,  c'est qu'au fond, il est réellement "ignorant", à un certain niveau : sceptique, désengagé et logique, cherchant à utiliser, en tout, sa raison, il a du mal à être dogmatique et à aller dans le sens, pour faire simple, des règles "sociales", imposées au nom de "principes" (contestables).

Toutefois, en se montrant ainsi, "ignorant" et comme poussé par une "impérative et radicale voix intérieure ( le Je dont on parlera brièvement tout à l'heure) ", il révèle la vanité ou l’illogisme des propos de celui qui s'adresse à lui et dont les certitudes sont ébranlées, puisqu'il se rend compte, par les questions qui lui sont posées, que ses mots et ses certitudes perdent de leur consistance, de leur sens et qu'il entre assez vite dans des "sables mouvants". Socrate portera l'estocade, mettant de cette façon, les spectateurs/lecteurs du dialogue en condition d'accepter "la vérité" dévoilée... 

          "Les rieurs" seront, sans hésitation (?), de son côté. Il en fera les frais... 

                      Pour en arriver à l'ironie romantique

Bien après Socrate, (le silène, la figure grotesque), sans la mise en scène platonicienne du dialogue et de la confusion de « l’élève » surpris en état de naïve autosuffisance, quelle est la trace de la différence entre le ciel et la terre, le haut et le bas, l’esprit/l’âme et le corps ?

             Comment l’ironie, l’interrogation productrice de sens, se manifeste-t-elle ?

L'ironie romantique est définie comme un instrument visant à ouvrir des perspectives nouvelles, à l'imagination, en cassant  les structures figées du langage. 

Pour Friedrich Schlegel (le premier romantisme est né en Allemagne)  l'ironie est " la forme du paradoxe" ( de ce qui est contraire à une idée communément admise). Pour lui, tout ce qui est à la fois bon et grand ("gut und gross") ne peut se trouver que là.

               Toujours deux plans qui l’un en face de l’autre questionnent  

Au dix-neuvième siècle, les monstres, ( cf Victor Hugo et aussi les écrivains du Fantastique) le bizarre, l’insolite reflètent le décalage entre les poètes/artistes romantiques (du côté du divin, du haut, du beau) et la société (du côté du réel, du bas).

Pour Baudelaire, « Le beau (...) contient toujours un peu de bizarrerie…».

Pour Lautréamont, en 1869, le Beau sera « comme la rencontre fortuite d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection". Le parapluie - qui désigne le ciel, qui le taquine, le provoque et "en même temps" protège, dès qu'il est ouvert, de ses larmoyantes conséquences, le terrien qui le tient en main - se trouve sur le même plan horizontal de convergence, - une table sur laquelle on découpe des corps sans âme, à des fins de connaissance ( pourquoi et comment "le vivant" a-t-il disparu ? ) - en compagnie d'une machine qui recoud à petits points réguliers et ronronnants les morceaux du puzzle qu'est devenu l'humain sans âme.   "Rencontre fortuite" (Pas tout-à-fait donc), entre deux objets ( parapluie et machine à coudre, mais aussi entre deux plans ("parapluie", vertical et "table", horizontal) et entre deux actions contradictoires (découper en morceaux et coudre). Au point de rencontre, l'essentielle machine à coudre.  Tout semble question d'assemblage et de jointure.

L'ironie va continuer à être une façon de mettre sur un même plan le réel et la pensée/le souffle divin du poète lucide.

 

              Et ce sera BEAU, BIZARRE, POETIQUE sous l'égide du sentiment. 

Du frottement entre deux concepts contradictoires l'individu et la société jaillit l'étincelle...: voilà l'ironie fondamentale, principielle.

Laissant un peu de côté la Raison ( universelle, collective ?) comme seul moyen de percevoir le réel et d'accéder aux autres et même au divin, les Romantiques privilégient le sentiment ( individuel, personnel, original ?) pour se dépasser soi-même et manifester sa liberté, contre l'ordre moral de la société.

Novalis mort de phtisie à 29 ans est considéré par le philosophe Schlegel comme ayant somatisé le principe de l’ironie puisqu’il a vécu dans un état psychique qui le poussait à l'inaction (sociale) du fait d'un idéalisme extrême. Il était ainsi mis en contradiction avec le monde qui contraint l'Homme à l'action.

Pour les allemands, là où l'ironie se manifeste le mieux, c'est dans le Witz : mot d'esprit ou jeu de mots, esprit de saillie, « la faculté d'inventer une combinaison de choses hétérogènes » : un refus du cliché qui contient le principe de l’ironie romantique, pour, dans le même temps, inventer une autre manière de relier des « choses », devenues fragments de langage, en ayant décomposé, explosé, séparé, rompu, leur unité en ses éléments constitutifs (toujours la fortuite et centrale machine à coudre...qui va remettre, pour un temps, court de préférence, de l'ordre dans le chaos)

Pour s'élever vers le Beau, vers l'infini, les romantiques préconisent et systématisent de fait le mélange des genres, ("comique"/"tragique"...), qui se trouve souvent défini par le terme de "grotesque" ( renvoyant à l'idée d'hybridité et de métamorphose).

Pour  Victor Hugo, cette forme esthétique du grotesque permet d'atteindre à l'infini. L'idéal étant "la synthèse absolue des antithèses absolues"... smiley

 Là où le dialogue ( déconstructif, accoucheur d'une "vérité" autre, qui destabilise ) réapparaît...

Il semblerait que nous soyons quand même assez loin de l'ironie "socratique" qui à l'intérieur même du texte, questionne et met mal à l'aise celui qui écoute, en sapant ses certitudes... Il y a chez Victor Hugo et bien d'autres, beaucoup de nouveaux dogmes auxquels il est possible "d'adhérer", avec lesquels il est facile de "fusionner", en perdant son esprit critique et sa liberté...

Toutefois, les romantiques retrouvent-ils Socrate lorsqu'ils ont recours à des "jeux énonciatifs" entre protagoniste et témoin ( intervention de l'auteur, commentaires décalés d'un narrateur...), souvent humoristiques, destinés à briser l'illusion.

D'ailleurs, Socrate n'a rien écrit et pourrait être considéré comme un double critique décalé de Platon.  

                                                                                                                                (à suivre)

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