Extrait d'un article général sur ''Amable Tastu, poète du romantisme, femme de lettres et de salons'', daté d'août 2016

Publié le par Claire Antoine

Extrait d'un article général sur ''Amable Tastu, poète du romantisme,         femme de lettres et de salons'', daté d'août 2016

                    Un horizon inatteignable : le revers d'une recherche de "perfection" 

Parution dans le Hors Série N° 139-140 de la Revue franco turque Olusum Génèse d'un article  de Claire Antoine intitulé "Amable Tastu, poète du romantisme, femme de lettres et de salons". 

Un extrait de l'article dont la source principale est la thèse de Mme Afifa MARZOUKI, Amable Tastu, une poétesse à l'époque romantique, Publications de la Faculté des Lettres de la Manouba, Tunis, 1997.

        "(...)Difficile de parler cette auteure pour qui la poésie fut l'art suprême...

 Amable a conscience de faire partie de « cette espèce d'écrivantes » dont la facture ne se distingue en rien de l'écriture masculine. Elle est d'ailleurs considérée comme une (excellente) imitatrice de Victor Hugo, Lamartine etc., une « traductrice » ...Et c'est vrai qu'elle fut imbattable dans la traduction de Shakespeare, de Thomas Moore...

Mais cette proximité de ton, ce mimétisme, on le lui a beaucoup reproché. On pourrait aller jusqu'à dire qu'à force de vouloir se couler dans des moules, comme « une bonne élève » elle est restée d'autant plus sur la touche. Mais c'est qu'en imitant et traduisant elle a voulu signifier une communauté de cœur et de talent.

Amable Tastu a anticipé sur les thèmes des décennies qui allaient suivre avec son obsession pour les affres de la création, avec sa distance critique, son recours au métalangage et à l'intertextualité.

Dans ses vers les plus intimes, elle parle de séparation. Elle la constate et l'exprime, jouant sur l'écart entre sa voix et ce qui la défait, entre elle et les autres poètes, entre elle et ceux pour lesquels, en fait, elle écrit et qui sont inaccessibles. Ceux qu'elle connaissait, aujourd'hui consacrés, qu'elle voyait pour certains au quotidien, ( Lamartine, Hugo, Chateaubriand, Sainte-Beuve...) sans comprendre ce qu'ils avaient de plus qu'elle...

Un constat où elle dit l'effort douloureux d'un impossible rapprochement.

Mais elle n'en part pas pour autant, nostalgiquement, à la recherche d'un paradis perdu. Son œuvre fait écho, tout simplement, à cette altérité, qu'elle mesure, ironiquement.

On peut dire, pour utiliser un terme moralisant, qu'elle n'est pas « modeste » - bien que ce soit surtout cette qualité que ses proches reconnaissent chez elle - et qu'elle aime les défis, les combats...

Mais ses exigences et son idéalisme, concernant tout ce qui touche à la création poétique sont tels, que dans l'incapacité d'accepter la place que la société de l'époque et son milieu d'appartenance, en particulier, lui désignent, elle ne peut pas en sortir vainqueur.

 Alors, elle renoncera à la poésie et vivra de sa plume en se tournant vers des domaines où les femmes sont admises, à savoir, les articles de presse, les traductions ( en plus de l'anglais elle connaissait également l'allemand et l'italien), ou la littérature pédagogique. Son Voyage en France servira longtemps de livre de géographie dans les écoles, ainsi que ses Cours d'histoire de France ou ses deux ouvrages de littérature générale l'un sur l'Italie et l'autre sur l'Allemagne. Ils feront d'elle une femme écrivain réputée.

De plus possédant l'art délicat et nuancé de la conversation, non seulement elle participera aux salons les plus cotés, mais elle en tiendra un, également. Les salons sont de véritables réseaux qui permettent aux femmes de se retrouver pour se soutenir entre elles et participer aux enjeux sociaux et politiques du moment. Elles se battent pour la liberté, l'égalité, l'éducation, la charité...

 A la mort de son mari, elle voyagera en accompagnant Eugène, leur fils, diplomate et célibataire, dans ses missions consulaires en Europe et au Proche-Orient. On la verra à Chypre, à Jassy, en Moldavie, à Bagdad où elle demeurera 5 ans, à Belgrade, en Serbie, à Alexandrie...

Elle s'installera, enfin, à Palaiseau où durant 14 années, jusqu'à son dernier souffle, elle continuera à mener une riche et généreuse vie sociale."