Extrait des ''Mémoires d'Outre Tombe'' : Comment Chateaubriand explique l'oubli dans lequel est tenue Amable Tastu. Petit commentaire...

Publié le par Claire Antoine

Extrait des ''Mémoires d'Outre Tombe'' : Comment Chateaubriand explique l'oubli dans lequel est tenue Amable Tastu. Petit commentaire...Extrait des ''Mémoires d'Outre Tombe'' : Comment Chateaubriand explique l'oubli dans lequel est tenue Amable Tastu. Petit commentaire...Extrait des ''Mémoires d'Outre Tombe'' : Comment Chateaubriand explique l'oubli dans lequel est tenue Amable Tastu. Petit commentaire...
Essai susceptible d'être modifié en fonction de l'impression que  j'ai plus ou moins aiguë, selon les jours (avec et sans...), de ses imperfections.
 
 Dans les  Mémoires d'Outre Tombe, conçues comme fresque d' un monument aux  morts élevé à "la clarté de ses souvenirs", Chateaubriand, désireux de rester dans la mémoire collective comme un "vainqueur des siècles" à la façon d'Ulysse, Thésée, Énée, Hercule et Orphée, qui sont pour jamais vainqueurs des Enfers, écrit : 
 "Prêt à terminer mes recueils et faisant la revue autour de moi, j’aperçois des femmes que j’ai involontairement oubliées ; anges groupés au bas de mon tableau, elles sont appuyées sur la bordure pour regarder la fin de ma vie.
(...) Il y a des personnes qui, s’interposant entre vous et le passé, empêchent vos souvenirs d’arriver jusqu’à votre mémoire ; il en est d’autres qui se mêlent tout d’abord à ce que vous avez été. Madame Tastu produit ce dernier effet. Sa façon de dire est naturelle ; elle a laissé le jargon gaulois à ceux qui croient se rajeunir en se cachant dans les casaques de nos aïeux. (...)  La nouvelle école a jeté ses pensées dans un autre moule : madame Tastu marche au milieu du chœur moderne des femmes poètes, en prose ou en vers, les Allart, les Waldor, les Valmore, les Ségalas, les Révoil, les Mercœur, etc., etc. : Castalidum turba. (*"La foule des Castalides". Les muses de la fontaine de la nymphe Castalie, dont les eaux sacrées donnent l'inspiration poétique à ceux qui en boivent.)                                                                                          Faut-il regretter qu’à l’exemple [des Muses d'Aonie], elle n’ait point célébré cette passion qui, selon l’antiquité, déride le front du Cocyte, (affluent glacial des Enfers) et le fait sourire aux soupirs d’Orphée ?
Aux concerts de madame Tastu, l’amour ne redit que des hymnes empruntés à des voix étrangères. (...)
Chateaubriand justifie, en fait, ici, "l'ombre" dont il contribue à recouvrir l'oeuvre poétique des femmes poètes romantiques (présentées en groupe) et d' Amable Tastu, en particulier, dans cet extrait. (Le mouvement romantique dont il a été un des précurseurs a lui-même changé de forme.) Il lui consacre, en effet, quand même  quelques lignes ...c'est une amie... qui assiste qui plus est, à l'hôtel de Rambouillet, aux lectures publiques des Mémoires ...
 
Il la "repêche"  ... après l'avoir abandonnée, "involontairement oubliée", tout en bas de la fresque qu'il imagine, et contre le bord de laquelle en compagnie des ombres fantomatiques d'autres de ses "groupies", qualifiées d'"anges", de créatures intermédiaires, elle s'appuie pour le regarder passer... 
 
Elle est en voie de disparition, devient transparente, du fait de sa recherche, dans les textes d'auteurs d'ailleurs ou d'avant qu'elle retravaille, traduit, transpose, d'une correspondance de cœur à cœur, de points communs et non d'oppositions.
 
Elle se coulerait dans le moule du passé  par l'intérieur, par le centre, puis ensuite s'emploierait à raboter, à aplanir les angles, pour supprimer l'étrangeté, la bizarrerie...
C'est ce  prétendument "naturel" qui semble être, selon lui, sa signature mais... le jugement est bien à double tranchant, puisque ce naturel est synonyme d'invisibilité.
 
Un style lisse, une écriture liquide, sans aspérités, peu faite pour permettre une interrogation sur l'écriture, sur le siècle, sur elle-même, sur lui ... et donc qui s'écoulerait, sans laisser de traces, incapable de résister au temps inexorable auquel lui-même, Chateaubriand, essaie précisément d'échapper par ce tableau qui raconte les escales de sa traversée des Enfers. 
 
Quelques lignes plus loin, Amable, est de façon ambiguë mise en valeur. Certes, elle est debout, en mouvement, centrale, "au milieu du chœur moderne", mais elle est placée, comme ses consœurs, sous la protection d'une muse qui a préféré mourir plutôt que de céder aux avances d'Apollon ... qui a donc refusé une éventuelle descendance née de ce dieu qui la courtisait...   De "fausses" muses, puisqu'Apollon ne peut les féconder ? 
                                                                                                                                               Serait-ce la conséquence de cet autre moule dans lequel il place la "nouvelle école" des poètes, plutôt poétesses, à la marge, "en bordure", qu'il évoque ? 
 
En associant l'écriture "naturelle" d'Amable à l'expression ( matriarcale plutôt Gaia ?) de l'amour  universel, empathique,
créateur de liens "évidents" de reconnaissance, entre les êtres par-delà le temps et l'espace, 
Chateaubriand, sans en avoir conscience, peut-être, permet de comprendre le reproche qui est fait (par les hommes, surtout), à Amable, de ne pas parler d'amour, au sens de passion amoureuse sensuelle.
 
 Claire

 

  

Publié dans Notes de lecture

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