Liens, citations, définitions et réflexion sur le mot ''haine''

Publié le par Claire Antoine

Quelques citations et propos sur la haine, mot, dont je croyais connaître le sens, mais qui devient un terme, une arme,  dont nous abreuvent les politiques de tout poil et qu'ils se catapultent (réciproquement) à la face. Qu'est ce que c'est donc que cette "haine" qui appartient toujours forcément au camp d'en face ? Un élément que chacun aimerait transformer en ligne de partage entre les gentils et les méchants ?  Une trace indélébile  du réel de l'humaine condition ? Un concept  universel ? Pour y réfléchir (un peu) les deux sources,  en lien, dont j'ai retiré et aménagé "mon petit profit du jour" ... Pour être moins bête et plus sage, aujourd'hui qu'hier...

  Le contraire de la haine c'est la compassion et le contraire de l'amour c'est l'indifférence.

José Ortega y Gasset« Haïr, c'est tuer virtuellement, détruire en intention, supprimer le droit de vivre. Haïr quelqu'un, c'est ressentir de l'irritation du seul fait de son existence, c'est vouloir sa disparition radicale (...) La haine sécrète un suc virulent et corrosif. [...] La haine est annulation et assassinat virtuel - non pas un assassinat qui se fait d'un coup ; haïr, c'est assassiner sans relâche, effacer l'être haï de l'existence ».

Marie-Claude Defores :« Il est important de distinguer l'agressivité, qui est une pulsion de vie, de la haine, qui est une force de dépersonnalisation... La haine peut prendre les formes les plus socialisées ; elle refuse le nouveau, tourne vers le passé, produit la répétition et dépersonnalise ».

Heitor de Macedo : « La haine n'attrape pas la vérité, elle l'enserre à l'intérieur d'une pensée immobile où plus rien n'est transformable, où tout est pour toujours immuable : le haineux navigue dans un univers de certitudes ».

Pierre Delaunay : « Celui qui hait dénie toute existence à l'objet de sa haine ; au point de la supprimer si elle se manifeste moindrement. [...] Il pétrifie l'autre en sorte qu'il n'existe que très peu et, si ce n'est pas suffisant, il le tue. L'existence de l'autre, il n'en veut rien savoir. ».

Saverio Tomasella : La haine appartient au fantasme social de « normalité »...puissant moteur de « réussite sociale » et de prise de pouvoir...

« L'un des principaux leviers de la haine concerne la condamnation sans appel, comme une assignation d’identité. L'accusation qui annule l’autre sous-entend : je sais qui tu es ; je dis que tu ne vaux rien, tu ne vaux rien. » 

« Elle ne peut être perçue qu’à partir de l’impact de son intention sur l’âme résonnant dans l’intériorité sous forme de sensations et d’images comme le froid, le figé, l’immobilisation, la pétrification, ce qu’illustre le rêve. La haine, monde de la négation de l’âme, exclut ce qui en est son expression, le sentiment, et empêche la manifestation de ses qualités : mobilité, chaleur et liberté. » 

« L’arme de la perversion haineuse est le mensonge, ce n'est pas la rage, la fureur, la colère, réactions vitales à une situation éprouvante, découlant des injonctions de l'entourage ou des obligations dictées par l'environnement. »

Ce que provoque la haine : L'intolérance, l'exclusion, le fanatisme, le blasphème, le viol, la torture et le meurtre. 

Dans la littérature on parle plus d'amour que de haine, une passion « innommable », on y parle du monde tel qu'il devrait être et non du monde tel qu'il est.

La haine n’est ni l’agressivité, ni la colère. L’agressivité, est nécessaire à la survie. Et la colère, est certes, un effet de la haine, mais passager : « ira furor brevis est », courte folie.

La haine est insatiable,omniprésente. Elle vise la totalité du réel qui est mauvais et se nourrit d'elle-même.

Elle peut résulter d'une frustration, liée à une enfance sans affection ( cycle de la haine paranoïaque). La violence appartient déjà au monde du nourrisson ( et de fait au patrimoine génétique de notre espèce ? ) qui a conscience de son impuissance et de sa vulnérabilité.

Vladimir Jankélévitch affirme que c'est le regard que jette sur le monde l'homme haineux qui a priori rend tout ce qu'il voit haïssable. 

Indirectement, toutes les grandes philosophies de l’histoire (Hegel au premier rang) se présentent sous des traits rationalistes : Généralisation, conceptualisation et conséquences innombrables

L’histoire serait rationnellement dialectique, guidée par des conflits, des oppositions, des affrontements, entre les groupes, les classes, les ethnies, les peuples, les religions.

Les conflits et leurs incalculables destructions seraient donc, tout comme la haine, ce puissant moteur de rassemblement, dans l'ordre des choses « c'est comme ça... » ...

Mais si l'on considère la haine comme une passion humaine dont la cause est d’abord intérieure et qui n'a, comme toutes les représentations, que l'importance et la force qu’on lui prête.

Une solution existe pour empêcher la haine de se développer : la méditation, le travail sur soi

En partant de Spinoza, pour qui « la Haine est (...) une Tristesse qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure ».

Le moteur de la haine serait à chercher dans le « vouloir-vivre », (qui devient chez Nietzsche la « volonté de puissance ») de l'homme, marqué, dès sa naissance par un sentiment de tristesse, de fragilité qui fait que tout au long de sa vie, il cherche, en dehors de lui, afin de les éradiquer, des responsables... Il extériorise la responsabilité du mal.

C'est cette cause extérieure visée par la haine venue de la conscience de son dénuement qu'il faudrait maîtriser, afin que cette passion ne puisse se développer.

La solution - un devoir moral - est de dépasser et contenir le sentiment de fragilité par une toujours meilleure connaissance de soi afin de substituer à la haine un autre moteur de leur développement.

Se contenter, face à la haine, d'un argument généralisant du type, « c'est humain » c'est présupposer que la réalité ne correspond pas à nos rêves.

Il serait donc sans aucun doute préférable d’apprendre à aimer le monde, le réel tel qu'il est et de s'y accomplir.

 

Commenter cet article