"En quittant la plage " ... sur l'air de " En sortant de l'école" de Jacques Prévert

Publié le par Claire Antoine

"En quittant la plage " ... sur l'air de " En sortant de l'école" de Jacques Prévert

 

En quittant la plage

j'ai fait la connaissance

d'une longue route

qui m'a accompagnée

loin très loin de la côte,

sur ma moto toute rouge

 

Loin très loin de la côte

j'ai fait la connaissance

d'une ville qui se prélassait

au soleil avec tout autour d'elle

ses maisons aux murs ocres,

et puis ses belles sirènes,

ses places et ses jardins

 

Au-dessus de la ville,

j'ai fait la connaissance

des toits en tuiles

des toits d'ardoise,

des grues droites et pimpantes,

des satellites qui brillent, 

immobiles, dans la nuit,

rêvant d'un grand départ

pour la lune ou pour mars

et la fée des lilas

de sa folle baguette

aimantant mon regard

de bois de chêne

au-dessous des trottoirs

vers des trésors cachés.

 

Revenue sur la côte,

j'ai fait la connaissance

sur la route en bitume

d'un cargo qui voguait

loin très loin de la côte,

voguait loin très loin

de la ville, voguait devant

l'ouragan déprimé

qui voulait le noyer.

 

Alors moi, sur ma moto,

j'ai commencé à pétarader

à pétarader à vrombir,

derrière l'ouragan

et je l'ai englouti,

d'un coup et le cargo

s'est arrêté et le ciel bleu

et le soleil m'ont souri.

 

C'étaient eux les gendarmes

et ils m'ont dit merci

et les coquillages scintillants

et le sable poudré et les galets

ronds et luisants et les oyats

ont accouru vite vite

arrêtant ma moto

sur la longue route

qui n'en finissait pas

de rêver de redevenir

champ de blé, avec des coquelicots

partout et des bleuets

 

Alors, je suis repartie

à reculons, à reculons,

tout près tout près de la côte,

tout près tout près de la ville,

des toits, des grues

et des satellites immobiles.

A reculons, à cloche-pied marin,

pied de grue, au mur, dans le tapis, de nez...

Publié dans poème