Lien article de Philippe Coulangeon ''Goûts, pratiques culturelles et inégalités sociales : branchés et exclus ''

Publié le par Claire Antoine

La lecture de l'article permet d'ouvrir quelques pistes de réflexion sur la désaffection du public, dans le cadre de pratiques associatives culturelles bénévoles, dans une ville moyenne, dans des "quartiers plutôt bourgeois", avec un minimum de "communication", autour d'événements gratuits, concernant l'art ou la poésie. 

                                             Pb de la légitimité culturelle             

                                          Prise de notes ( copié/collé) dans le texte en lien

Les caractéristiques de la consommation culturelle ne vérifient pas totalement le modèle de la légitimité culturelle :
la frontière entre culture savante et culture de masse tend à se brouiller
Le comportement culturel des élites se caractérise par une grande tolérance esthétique et une diversité des pratiques.
L’hypothèse omnivore éclectique (je veux goûter à tout, genre honnête homme du XVIIe nourri de Rabelais/modèle sorti d'une grande école/" créatif" prêt à toutes les expériences - forcément excitantes - (tolérance ?) ), contre univore exclusif (je n'aime que ça, je ne veux connaître que ça, / modèle fac de province "trop borné" trop enclavé pour appréhender le tout/fidélité à...(intolérance ?)
envisage la distinction des classes supérieures et des classes populaires sous le rapport de la variété des pratiques et des goûts.
Aptitude à la transgression des frontières sociales et culturelles entre les genres musicaux, cinématographiques, littéraires, etc., mais aussi entre les catégories de pratique (loisirs culturels au sens strict, médias, sport, bricolage, jardinage, tourisme),
                                   L’hypothèse omnivore/univore : trois catégories d’interprétation.
La première est fondée sur un modèle utilitariste.
Eclectisme des goûts et variété des pratiques = logique de cumul des pratiques et non pas refus des pratiques populaires puis substitution. Moins de tps libre => diversification et à l’intensification - loisirs économes en temps, à rendement élevé et potentiellement cumulables entre elles ou compatibles avec des finalités professionnelles. Arbitrage temps/revenu qui porte à privilégier le nombre sur la durée des pratiques de loisirs et qui favorise les activités plus coûteuses, pour un choix réduit. Elle est en revanche favorable au développement des loisirs de sortie, à l’écart des exigences de la vie mondaine qui exige du temps, comme la lecture par exple, activité emblématique du rapport cultivé à la culture.  
La deuxième correspond à un modèle structural : l’éclectisme comme un effet de la composition du réseau relationnel. Cumul d’activités de l’étendue/composition du réseau de relations de l’individu. L’éclectisme des goûts et des pratiques/diversité des relations de l’individu : plus ses contacts sont nombreux et divers, ses interactions mobilisent de répertoires culturels. Sociabilité/cumulativité : plus d’interactions en dessous qu’au-dessus. L’étendue et la diversité du réseau tendent à s’accroître avec l’élévation du statut
La troisième = modèle dispositionnaliste : la position sociale engendre des dispositions culturelles  déterminées et prolonge le constat de la corrélation entre niveau d’études et tolérance politique et morale. Le capital culturel se manifeste par une capacité d’interprétation et d’assimilation de la nouveauté et de la différence qui distingue les membres des classes supérieures « omnivores » des membres des classes populaires « univores ».
L’intolérance musicale est d’autant plus forte que le niveau d’études est faible. Modèle prpche de celui de l’habitus « l’omnivorité » des classes supérieures étant une disposition à la tolérance esthétique socialement construite et transmise.
La montée de l’éclectisme culturel des classes supérieures est souvent assimilée à un déclin des frontières symboliques entre les classes sociales.
Cette assimilation constitue sans aucun doute le point le plus discuté de l’hypothèse omnivore/univore. Pour autant, ce modèle par l’accent mis sur le critère de la diversité des pratiques et des préférences, suggère une interprétation de la dimension symbolique des frontières entre les groupes sociaux, définie sur la base d’attitudes plutôt que de contenus. Cf Bourdieu, la différenciation de l’objet consommé et de la manière de le consommer est en effet au coeur de la dynamique des réappropriations savantes des oeuvres de la culture populaire qui recomposent en permanence les frontières de la culture savante, Ainsi, l’« omnivorité » des classes supérieures n’est pas synonyme d’atténuation des frontières symboliques entre les groupes sociaux dès lors que celles-ci sont définies par l’unité des attitudes observées à l’égard d’objets hétérogènes et non par l’homogénéité des objets sur lesquels se portent les pratiques et les préférences.
L’éclectisme éclairé,  procède le plus souvent d’une incursion mesurée dans le domaine des arts en voie en légitimation, ( modalité particulière du raffinement esthétique) versus l’éclectisme indistinct constitue à l’inverse la disqualification la plus radicale de la compétence et du « bon goût »
L’argument de la dissolution des frontières symboliques entre les groupes, est affaibli par le fait que l’« omnivorité » des classes supérieures s’appuie sur une relation dissymétrique avec les classes populaires, car les dominants, disposent seuls  d’un privilège de symétrie   puisant dans l’indignité culturelle des pratiques dominées le sentiment de leur propre dignité, redoublant par l’exercice de ce pouvoir de réhabilitation, la certitude de leur légitimité : Droit de cuissage symbolique.
L’éclectisme : privilège des nantis de la culture savante qui surajoutent au répertoire des pratiques légitimes des emprunts aux pratiques illégitimes. L’inégalité culturelle est moins fondée sur la hiérarchie des goûts et des pratiques que sur l’inégale plasticité des répertoires mobilisables et la maîtrise de la pertinence de leurs contextes de mobilisation, => compétence inégalement distribuée selon le volume du capital culturel et selon l’étendue et la composition du capital social.
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(...)la massification de l’enseignement a modifié la relation entre niveau d’éducation et accès à la culture savante. D’un côté, elle favoris la progression de pratiques culturelles légitimes :cinémas, théâtres, musées, salles de concert... progression globale  imputable surtout à un effet de structure (augmentation des cadres et des diplômés de l’enseignement supérieur ) et à une intensification des pratiques des catégories sociales les plus consommatrices de biens et services culturels.
Par ailleurs, l’effet de la scolarisation est amplifié, pour les  classes supérieures et amoindri pour les classes populaires. En sorte que la massification scolaire a offert surtout aux bénéficiaires des milieux populaires l’accès à une connaissance superficielle d’univers culturels qui leur sont demeurés globalement étrangers.
L’augmentation de la proportion de diplômés s’est accompagné, au cours de cette période, d’un recul significatif, chez les bacheliers, des pratiques culturelles légitimes : théâtre, concerts de musique savante, muséesLa massification de l’enseignement semble avoir été à l’origine d’une distorsion du lien entre l’école et la culture savante qui tient à l’hétérogénéité croissante du public scolaire. Les domaines culturels  ne font pas tous l’objet (comme la littérature)  d’un enseignement explicite dans les collèges et lycées de l’enseignement secondaire. L’école joue-t-elle un rôle en matière de musique ou d’arts plastiques ? D’architecture ? De cinéma ? En fait, la socialisation scolaire jouait dans le sens de l’acculturation des enfants des classes populaires lorsque ceux-ci demeuraient très nettement minoritaires dans l’enseignement secondaire, aujourd’hui l’incitation à la bonne volonté culturelle s’affaiblit  de par la réduction numérique des "héritiers culturels", ce qui réduit le sentiment d’ indignité culturelle des "promus" des classes populaires.
   *** La démonopolisation de la production culturelle, alimente les thèses postmodernes, selon lesquelles la production industrielle des biens symboliques et l’avènement de la société des loisirs auraient progressivement fait perdre aux élites culturelles le monopole qu’elles exerçaient traditionnellement dans la production des normes et des échelles de valeur esthétique, au profit de la coexistence d’une pluralité d’échelles de jugement, d’une « invasion démocratique » du monde des arts, à rebours du modèle unificateur de la légitimité culturelle qui est au principe des phénomènes de domination symbolique décrits par Pierre Bourdieu.
- Défi pour les institutions de production et de diffusion de la culture savante, qui ne sont plus aussi assurées que par le passé de la fidélité du public captif des classes supérieures converties à la diversité et ont dans le même temps subi de plein fouet les désillusions de la démocratisation de la culture. 
Cette double infortune n’est pas sans relation avec le développement de techniques de marketing et de médiation culturelle dont l’objectif n’est pas tant d’élargir l’audience de ces institutions que d’en assurer la survie. 
- Le brouillage des frontières symboliques entre les groupes sociaux disjoint le vécu individuel et la conscience collective des inégalités.  La question des styles de vie et, plus encore, celle des goûts et des pratiques culturelles  s’inscrivent dans le même ordre de réalités que la moindre lisibilité contemporaine des clivages sociaux dans l’expression des suffrages électoraux ou l’éclatement des formes d’action revendicatives. Toutefois, les évolutions observées fragilisent le modèle de la distinction, mais ne le disqualifient pas.L'éclectisme des classes supérieures incarne en quelque sorte la forme contemporaine d’une légitimité culturelle fondée sur la tolérance esthétique et la transgression des frontières entre les générations, les groupes sociaux ou les communautés ethniques, à l’égard de laquelle la stratification sociale des attitudes demeure très accentuée.  
Ce qui est en cause, c'est la nature de ses manifestations, dans un environnement rendu plus incertain par l’éclatement du champ de la production culturelle. La persistance de fortes inégalités culturelles qui n’ont pas pour fondement exclusif la distance à la culture savante porte sur cette capacité à maîtriser l’incertitude de la diversité que procurent les ressources culturelles, sociales et économiques des acteurs. 
L'analyse de la production d’effets de légitimation dans un contexte où les élites ont perdu le monopole de la prescription des normes culturelles est à faire. Les inégalités socioéconomiques ne semblent plus aussi fortement soutenues que par le passé par des formes de domination symbolique.

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