Internet permet des relations nouvelles à la lecture et à l'écriture. Quelques réflexions en lien avec un article d'Eléni Mitropoulou '' Sémiotique et Communication en nouvelles technologies''

Publié le par Claire Antoine

J'ai copié/collé le logo pour avoir une image. Le lien correspondant à l'article n'en ayant pas généré.

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( cf aussi l'article prise de notes du 2 novembre 2018 ( un peu plus long) sur l'hypertexte, dans le livre de Pierre Lévy, "La virtualisation du texte". 
Prise de notes dans le texte en lien qui en a appelé/"convoqué", comme on disait à l'époque de mes études, d'autres, dans le cadre d'une lecture "interactive", sorte d'écrilecture, donc 
 
                                         
                          Mais auparavant quelques mots d'introduction, en avant-propos
 
     Une nouvelle relation entre la lecture et l'écriture pour le "lectonaute" qui vagabonde
                                Des lectures qui désorientent
Le "problème" étant de se réapproprier, en fonction d'un objectif (plus ou moins) clarifié les propos contenus dans des textes trouvés au hasard des déambulations wébiennes, de les articuler, en les faisant entrer dans sa propre progression  textuelle, sans les priver de leur contenu inédit inattendu mais qui a aimanté l'attention au point de les avoir jugés suffisamment intéressants/indispensables pour être transférés ( après modifications de forme ou de sens )  dans le texte en train de s'écrire.
C'est un peu confus, mais la difficulté  ( ce qui prend un temps fou) c'est de replacer, d'ajuster, - alors qu'on ne  lit que des extraits de textes, ou des articles,- dans/à son système de pensée à soi et celui de son époque, des informations qui appartiennent à la pensée de quelqu'un d'autre (d'un autre siècle, d'une autre culture, autre philosophie, idéologie, Weltanschauung ...) autre  dont on ne connaît souvent rien.
D'où le temps passé à en savoir plus, à s'enfoncer dans le brouillard à la recherche d'éléments susceptibles d'éclairer un mot ou un autre, de comprendre l'enjeu véritable du texte etc.
Or, comme un texte répond en fait souvent/toujours à une question précise et qu'il a des fils conducteurs plus ou moins visibles à plusieurs niveaux... La route est longue longue...Il en faut des intuitions, des extrapolations, des erreurs ! 
 
                                              Démocratisation de la lecture " savante" 
 
  De nouvelles modalités de lecture/écriture se font jour grâce au multimédia,  qui change les conditions matérielles de coconstruction des savoirs.  La lecture qu'on appelait "savante" augmentée par des commentaires ou des précisions sur des points de détail, des interrogations..a toujours existé. Mais le Web a  exacerbé ce processus et le met à la portée de chacun, en faisant circuler  les textes et en réalisant leur "augmentation" à divers niveaux. Internet, en effet, a une structure hypertextuelle, qui renvoie au dépassement des contraintes de la linéarité du texte écrit et qui ne s'attache ni au message, ni à l'émetteur ni même au récepteur mais "aux liens qui les unissent, en constante reconstruction".  

Attention toutefois à ne pas succomber à la tentation de ce que l'auteure du texte en lien appelle un état d'" eucharistie syncrétique" avec comme points de départ et d'horizon le " pouvoir de se substituer mutuellement l'un à l'autre".

                                Cela mérite qu'on s'y attarde un peu, beaucoup, passionnément...
 
                                                              Prise de notes 
                                       
                                      Un nouveau vocabulaire qui raffine le "lire" et l'"écrire"
                  

-- Lettrure : Capacité de lire et d’écrire. ​[…] dans l’univers quotidien des hommes où les activités les plus diverses sont de plus en plus médiatisées par des machines, l’activité de “ lettrure ” devient une activité vitale sans laquelle il n’est plus d’action possible. — (Emmanuël Souchier)

-- Littératie : Notion qui  recouvre les fondamentaux auxquels l’école prépare pour adapter l’élève à une société de culture écrite. La lecture sur Internet relève de pratiques multimédia et multimodales qui interfèrent sur les processus de compréhension et d’interprétation.  

-- Ecriture/lecture en multimédia donne naissance à la notion de « écrilecture » un mode de lecture nouveau par l’intermédiaire de l’écriture. Ce que lit le lecteur n’est pas figé, il écrit en lisant lorsqu’il part dans l’hypertexte. 

                                La lecture devient une action « interactive » produisant un "nouveau texte"

En effet, cet « acte qui va agir sur le texte » est celui que désigné par le terme d' « écriture-action », cette écriture devant être pensée pour « elle-même » et non comme fusion entre deux pratiques distinctes que sont écriture et lecture, et qui demeurent deux pratiques distinctes même "en Internet". 
Le statut de l’écriture-action  fait, de la pratique Internet une pratique sémiotique autonome, une  
articulation inédite entre écriture et lecture,  

qui émane des modifications inhérentes à l’écriture et non à la lecture mais qui entraîne forcément des modifications pour la lecture. Ce qui implique qu’écriture et lecture conservent leur autonomie de valeur sémiotique, or, 
il semble que la notion d’écrilecture ait perdu de vue la relation de contrariété qui caractérise écriture et lecture au profit d’une relation fusionnelle entre elles. 
La mise en examen de la notion d’« écrilecture » nous interpelle par rapport au type de relation communicationnelle qu’écriture et lecture initient avec Internet  :
« L’écriture et la lecture, ces deux actions qui paraissaient distinctes auparavant se révélent être des actes complémentaires, étroitement liés, jusqu’à paraître pouvoir se substituer mutuellement l’un à l’autre, jusqu’à transformer le lecteur en un autre auteur, en un « co-auteur », en un « écrilecteur » ».  
« co-auteur » collaborateur au sens d’adjuvant de cette « interpénétration » entre écriture et lecture.
l’écrilecture comme relation de complémentarité entre écriture et lecture, 
Relation qui modifie la présupposition réciproque entre écriture et lecture en implication, avant « l’interpénétration » totale entre elles, entraînant la perte d’immanence pour chacune au profit de leur syncrétisme.
 « L’écrilecture » désigne « la transformation profonde des relations entre l’écriture et la lecture », 
permettant d’ « envisager un lecteur « co-créateur »… Dans cette perspective « écrire » doit permettre d’être « lu » de manière à pouvoir « récrire », recréer, modifier sans cesse un texte… », propos qui déclenche une « course de relais » quand, à la relation entre complémentaires, succède une relation entre contraires : 
« l’écriture tend alors à se transformer en un miroir dans ce processus où un auteur paraît se dérober et s’effacer en déléguant une partie de son pouvoir de création au profit d’un lecteur actif, d’un lecteur écrivain, bref d’un « écrilecteur ».
Il existerait ainsi une "communion" directe entre lecteur et auteur, le « lecteur » devenant un « écrilecteur » en un acte de création qui se trouve partagé avec un « auteur » dans le cadre d’un dialogue plus ou moins prédéterminé à l’avance » pour pouvoir « se substituer mutuellement l’un à l’autre ».
 
                                                                         Discussion
Oui pour l'idée d' une conversion des relations entre écriture et lecture,
Mais celle d'une substitution de l’une par l’autre est hasardeuse.
Toutefois, même si ce n'est pas le cas des lecteurs, la lecture en est transformée.                                                                                        
Il est nécessaire de « défaire » le lien qui unit écriture et lecture au profit d’une approche de leur rapport en termes de jonction en tant qu’écriture-action. 
Mais il faut nuancer la relation entre les deux : la complémentarité entre écriture et lecture n’est qu’une relation possible parmi d’autres,
L'écriture projette la lecture sur le « mode de la complémentarité/contrariété ».  Or, elle est « pensée », à tort, selon la relation de substitution. 
Une « fusion » entre écriture et lecture présente les dangers de l’amalgame qui fonderait à tort une entente mutuelle entre écriture et lecture,
alors qu'il ne s'agit entre les deux que d'un contrat qui définit des règles, et donc en montre les écarts.
 
                                                                              En résumé  

Internet oblige donc à reconsidérer la notion de « textes » et leur assemblage. En effet, les relations transtextuelles complexes sont à l’œuvre au niveau des « textes » disponibles. Elles  potentialisent l’activité de réception du lecteur.

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Le lecteur de textes sur Internet est un vagabond digressif. Il bricole, trouve par hasard des éléments/arguments/info qu'il ne cherchait pas ( par sérendipité) et les relie à l'objet initial de sa lecture (du genre : "voilà l'argument ou l'information que j'attendais..."), construisant ainsi un cadre théorique "subjectif" qui englobe des informations jusqu'alors disparates.

Et bien sûr, les choix opérés dans le nouveau texte ainsi créé va assurer, comme tout texte, des fonctions déictiques, herméneutiques et idéologiques, sans que l'écrilecteur en ait forcément conscience. Il va mélanger des notions qui parfois ne s'articulent que dans des paradigmes qui s'affrontent, apportant sans le savoir une réponse à des affirmations qui semblaient contradictoires.  

                                        

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