Poésie et société(2); le Je et le ''destin'' humain - Désir d'un 'nouvel unanimisme' - Lien avec un article de Francis Combe. L'unanimisme exploré par des poètes, à l'aube du XXe

Publié le par Claire Antoine

(Suite/Approfondissement/Ouverture) Quelques notes prises dans le texte en lien

                La poésie met en jeu les questions philosophiques les plus importantes.

  Affinités poétiques avec les  théories unanimistes de Jules Romains :  Une attention à la vie collective et au destin humain, conjuguée, chez lui , avec des convictions pacifistes 
 " … Le théâtre, la rue, en eux-mêmes sont, chacun, un tout réel, vivant, doué d'une exigence globale et de sentiments unanimes,"
     Les unanimistes sont comme les surréalistes, que l'on connaît mieux, nés du symbolisme. 
                                                   Leurs choix s'opposent .
Les surréalistes rejettent avant tout le  réalisme plat, le « naturalisme ». Ils veulent libérer l'image, donner libre cours à leur imagination et rejoignent ainsi les symbolistes en ce qu'ils entendent eux aussi exprimer les « mouvements de l’âme » mais surtout par l’exploration de l’inconscient.
Les "unanimistes" s'ils sont aussi influencés par le symbolisme ( une chose pour en dire une autre, cachée), ils refusent eux de couper les ponts avec la réalité.
Ils sont surtout  influencés par l’Américain Whitman (traduit par  Laforgue) et le Belge Verhaeren, (qui fait entrer dans la poésie française la réalité moderne de la ville « tentaculaire »).
Au départ, ils sont plutôt  contre le vers libre qu'ils réhabilitent assez vite : « C’est le vers blanc, écrivent-ils, qui doit succéder au vers régulier et ...ne pas croire ...qu’il est plus facile rimer un sonnet correct que d’écrire quelques vers libres..." ( dignement poétiques)»
 
Charles Vildrac et Georges Duhamel reprennent alors à leur compte le vers irrégulier et blanc, (déjà pratiqué par certains symbolistes, et des contemporains, comme Francis Viélé-Griffin, Francis Jammes
et  s’en prenant aux « chevilles »du vers régulier classique et à sa « cadence d’omnibus » 
défendent le vers libre à « constante rythmique » qui unit dans le même vers un rythme régulier et un rythme libre. La liberté n’est pas l’absence de règles mais élargissement des possibilités du vers.
       L’unanimisme est d’abord le fait de Jules Romains et de son ami George Chennevière, 
Romains a un jour l’intuition que la foule dans la rue n’est  pas composée seulement d’une collection d’individus mais qu'elle forme un seul corps, un être vivant, avec des émotions, des pensées communes.
Il me semble qu’au fond de mes rues
Les passant courent du même sens
Redressent les boulevards tordus ;
Pour que, de moins en moins divergentes,
Malgré les murs, malgré les charpentes,
Les innombrables forces confluent,
Et que brusquement l’élan total
Mette en marche toutes les maisons.

Sentiment d’une force qui naît d'images à rapprocher du futurisme de Maïakovski, ou de l' expressionisme allemand.

Une attention à la vie collective et au destin humain, conjuguée, chez Romains, avec des convictions pacifistes. En1914 ils s’opposent au nationalisme.  Ils publieront aux Editions du Sablier, avec le soutien de Romain Rolland, une anthologie des poètes contre la guerre dans laquelle on y retrouve Chennevière, Duhamel, Durtain, Louis de Gonzague Frick, Pierre Jean Jouve, Marcel Martinet, Georges Pioch, Maurice Pottecher, Jules Romains, Charles Vildrac, Cécile Périn et Henriette Sauret.

Les poèmes ont un peu vieilli,  car ils reposaient trop uniquement sur de bons sentiments, 

Un cas singulier : celui de PJ Jouve. En 1924, il connaît une crise mystique et se convertit au catholicisme. Du coup, il rejette ses premiers livres d’inspiration unanimiste, pour développer une œuvre hantée par sa lecture de la psychanalyse ou l’affrontement d’Eros et Thanatos nourrit la vision chrétienne du péché originel qui constituerait le drame de l’homme.  Mais il restera fidèle au pacifisme de ses anciens compagnons.

                                         La poésie adossée aux questions philosophiques

Aujourd’hui où nous éprouvons les limites de l’individualisme, nous aurions bien besoin d’un nouvel unanimisme. 

Sans laisser de côté tout ce qui fait que l’homme est divisé d’avec lui-même. Oui, l’être humain est un individu singulier, être organique et subjectif, mais il est en même temps un être social, un zoôn politikon,  dont l’essence est faite de « l’ensemble de ses rapports sociaux ». A la poésie d' aujourd’hui  le rôle de dire/exprimer l’individuel et le collectif.

 

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