"Mardis - Poésie" - intermède Cécile Périn, poète symboliste et unanimiste

Publié le par Claire Antoine

"Mardis - Poésie" - intermède Cécile Périn, poète symboliste et unanimiste
       Cécile Périn (1877-1959). Epouse de Georges Périn, poète né à Metz.
Pour Info : Il existe un fonds Périn à la Bibliothèque universitaire de METZ. 2500 ouvrages amassés par plusieurs générations, en partant de Cécile (1877-1959) et Georges Perin (1873-1922), tous deux poètes symbolistes. De nombreux documents connexes y sont insérés et en renforcent l'intérêt : des articles de presse de l'époque, documents autographes, y compris de poètes comme Verlaine ou Apollinaire. ) 
 
Ils ont une fille, Yvonne. Le couple fréquente l'Abbaye de Créteil, une association communautaire d'artistes qui dura de 1906 à 1908 . En 1922 elle perd son mari et sa poésie se fait l'écho de ce deuil.  

Créer un lien entre les hommes par la poésie. Osmose des consciences individuelles et collectives ( saisies par l'art).  Le "je" s'étend aux dimensions du monde. Croyance dans la possibilité d'une âme"unanime", dans  l'importance du groupe et de la solidarité.


                                    Lyrisme et unanimisme                               

Encart re-mé-mots-ratif 
Tout d'abord, le poème plus connu peut-être, (grâce à l'Ecole). Je me revois le "réciter" les mains derrière le dos avec une petite voix haut perchée, que je réentends pendant que je le relis et le recopie ce matin        
 
Aube

Un invisible oiseau dans l'air pur a chanté.
Le ciel d'aube est d'un bleu suave et velouté.

C'est le premier oiseau qui s'éveille et qui chante.
Ecoute ! les jardins sont frémissants d'attente.

Ecoute ! Un autre nid s'éveille, un autre nid,
Et c'est un pépiement éperdu qui jaillit.

Qui chante le premier ? Nul ne le sait. C'est l'aurore.
Comme un abricot mur, le ciel pâli se dore.

Qui chante le premier ? Qu'importe ? On a chanté.
Et c'est un beau matin de l'immortel été.
 

Dans le labyrinthe


 Je ne veux désormais que l'ombre et la douleur.
Pour que vers mon ami je marche plus légère,
De tout ce qui fut doux j'ai dépouillé mon cœur
Tout palpitant encor de bonheurs éphémères.

 

Mon compagnon n'a plus de mains. J'ai les mains vides.
Mon compagnon n'a plus de voix. Et je me tais.
J'erre seule, attendant que son amour me guide
Dans l'étroit labyrinthe ainsi qu'un fil secret.

Mais je n'ai que mes doigts de chair pour m'agripper
Dans la nuit ténébreuse à sa forme immortelle,
Et je n'ai que mon front pesant pour m'appuyer
Comme un enfant perdu sur l'épaule irréelle.
 
Beaucoup ne verront plus...

Beaucoup ne verront plus palpiter la lumière,
Ni l'éclat délicat des matins de printemps.
Un doux soleil entr'ouvre en vain les primevères;
Je pense aux jeunes morts qui n'avaient que vingt ans.

Le destin les coucha dans l'ombre, à peine en vie.
Et les vieillards et les femmes regarderont,
La flamme vacillant dans ces mains engourdies,
S'éteindre les divins flambeaux; - et survivront.
 
Mais ils ne pourront plus connaître cette ivresse
Qui les envahissait, jadis, au temps joyeux.
Pour un rayon posé sur les pousses qui naissent,
Pour un jeune arbre en fleur, pour un pan de ciel bleu.
 
Ils n'auront plus jamais l'exaltation douce
De ceux que la beauté seule autrefois rythmait.
Leur coeur se souviendra de l'horrible secousse
Quand l'oubli s'étendra sur les jardins de Mai
 

 Les femmes de tous les pays 

Les femmes de tous les pays,
A quoi songent-elles, muettes?
Celles à qui la guerre a pris
Le bonheur? Les femmes qui guettent...
 
Les femmes de tous les pays,
O complices inconscientes,
Vous étouffez encor vos cris,
Vous êtes là, comme en attente.
 
Les femmes de tous les pays,
La voix meurt donc dans votre gorge,
Quand ce sont vos hommes, vos fils,
Que l'on mutile ou qui s'égorgent?
 

La source

La source emprisonnée aux griffes de l'hiver,
Muette, sur l'abîme en glaçons suspendue,
Semble morte. Qui donc l'a jamais entendue
Bruire, ivre d'espace, aux jardins frais de l'air?
 
Elle était cependant un
sistre* d'argent clair
Et palpitait,laissant sur sa corde tendue
Glisser les doigts légers d'un sylphe, âme ténue,
Ou, ruisselante, elle vibrait comme un éclair.
 
Nul ne se souvient plus des grâces de sa course...
Mais je me pencherai sur l'invisible source.
Avec un stylet d'or, au plus profond des bois,
 
Je briserai la glace et, sur le lit de mousse,
Je ferai rejaillir, fluide, cette voix
Qui naguère enchanta le silence, si douce!
Dicté par une ombre, 1934.
 

Essaim
Dans les cerisiers,
Neigeuse merveille
Prête à s'effeuiller,
Vibrent les abeilles.
 
Tu cherches en vain
A capter, furtive,
Jeunesse, l'essaim
Divin qui s'esquive.
 
Tout va s'évadant  
Des nids et des branches,
Abeille, aile, chant
Et molles fleurs blanches.
Mélodies, 1943
 
  

Couchant

Contre le ciel d'un bleu de lin
Les blonds transparents et les cuivres,
Le roux, le chrome, le carmin
D'orgiaques rayons s'enivrent.
 
Entrelacs de soleil, d'azur,
Vibre, flamboie, Esprit que guette
La mort et son cortège impur.
Dans cette fantastique fête
 
Où l'or spiritualisé
Aux veines de l'or circule,
Sois l'arbre jailli du brasier
Où s'effondre le crépuscule.
D'une chambre ouverte sur le ciel, 1953.
 
Exercice : 
Les femmes de tous les pays,
A quoi songent-elles, muettes ? (...)

Quand ce sont leurs [mères, leurs soeurs, leurs filles,

Que l'on violente) ?
Lien Wikipédia Néfertari, au  temple d'Abou Simbel représentée avec un sistre dans sa main droite

Lien Wikipédia Néfertari, au temple d'Abou Simbel représentée avec un sistre dans sa main droite

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