Mardis-Poésie du 3 mai avec Arlette Humbert-Laroche Le ''Je'' du poète résistant

Publié le par Claire Antoine

Le "Je" poétique face aux tourments et aux tragédies* infligés (j'accorde le participe passé à l'ancienne) par les politiques. *Tragique : soumis au destin, à la fatalité. Caractère terrifiant des situations qui conduisent à une fin irrévocable, contre laquelle il va falloir lutter jusqu'au bout mais en vain.
 On tue d' Arlette Humbert-Laroche, (1915-1945), résistante et poète. Peu de temps avant son arrestation en 1943, elle  dépose une enveloppe contenant ses poèmes chez la concierge de son ami Charles Vildrac. Ils deviendront recueil ( publié en 1946) le chemin printannier, jaillissement, dans un registre lyrique et pathétique,  de celle qui mourra, en 1945, au camp de concentration de Bergen-Belsen

Enonciation tragique   Deux contextes 

- 1943 et la résistance, le soutien aux vivants qui ne voient plus que le chaos du monde en voie de disparition dans la violence et la mort 

- 1946 Arlette est morte dans un camp de concentration

Le poème se lit en tension entre le destin de la poète et celui de la menace fatale qui  pèse sur la société pour l'avenir de laquelle, dans l'ombre de la clandestinité elle se bat.

("Poèmes" - éditions Réalité, 1946)  

Le "On" tue s'oppose au "Je" l'ai vu, le soleil ...énergie au fond de toutes choses, figure de la "vis", force vitale qui tout comme la mort qui rode dans le début du poème, en anaphore et  se déplace "partout" "d'un bout de la terre ...- devenue "éponge monstrueuse" vampirisant le labeur humain pendant qu'elle se fractur[e] (...) s'affaisse et se replie" -...   à l'autre". Elle s'oppose fortement "Pourtant" à l'astre des jours dont la "latente énergie" venue du plus profond  devrait la sortir, l'extirper de sa torpeur nocturne. 

Le soleil devenu un héros, puissant, vigoureux, le même que celui dont rêve l' Antigone d'Anouilh un Hémon "Jeune, fort, exigeant"  et qui n'accepte pas "les ténèbres".

On tue,
d'un bout de la terre à l'autre,
On tue,

 
On tue sur la mer,
La nuit on peut voir
Dans l'énorme et indifférente solitude de l'eau
Les cadavres
Qui ont encore leurs dernières larmes
À leurs faces de linge
Tournées vers le ciel noir.

On tue aux courbes fleuries des fleuves,
On tue aux flancs chauds des montagnes,
On tue dans les villes où le tocsin qui sonne
Crie la douleur des dômes saignants
Et des cathédrales éclatées.
Là, depuis des siècles, des siècles on a travaillé,
Mais la terre est soudain devenue
Une éponge monstrueuse
Buvant la longue patience des hommes.

 
Partout la peur, la nuit, la mort.

Pourtant, le soleil est là.
Je l'ai vu ce matin
Jeune, fort, exigeant.
Il ruisselait sur les toits
Il mordait au coeur des arbres,
Il empoignait la ville aux épaules
Et réclamait de la terre son réveil.

Il est là.
Il est au fond de toutes choses
Et, devant ce monde qui s'entrouvre, s'affaisse et se replie
Il y a la mystérieuse et latente énergie
Qui refuse les ténèbres
Et ne veut pas qu'on tue la vie.
 
Exercice d'inversion avec la même structure
 
On chante...(anaphore)
 
Pourtant...il est là 
...
Et il ne veut pas que l'on chante
 
 
Autre lecture "Hier" 
aux images lumineuses de "jonquilles" ...aux "tiges inégales" qui font "comme une cascade de soleil"
qui comporte une joyeuse scène d'amour ( là aussi pleine de vigueur) où le "je" devient la terre elle-même  
"Que j'ai envie là sur ma gorge d'une baiser d'homme inassouvi"
rêverie érotique qui prend place entre le moisi de la soupe et celui des pois cassés 
 
"Bientôt midi. Ça sent la soupe monotone et moisie"
(...) 
"Midi ! Ça sonne! Qu'est-ce qu'on mange aujourd'hui ? 
Ah ! Oui ! Des pois
Des pois cassés et moisis."
 
 

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