Mardi-poésie d'avril : Comment/pourquoi le poète parle-t-il de lui dans ses poèmes ? (lyrisme et autobiographie). En Lien article de J-M Maulpoix poésie et autobiographie

Publié le par Claire Antoine

1) Réflexion à partir d'un texte en lien de J-M Maulpoix dont j'ai tiré en infra quelques notes

 Le " je " lyrique et le " je " biographique correspondent-ils ? "Les gestes du travail tiennent lieu d'histoire" 

Jean-Michel Maulpoix définit le " je " lyrique comme un "je" en puissance, complexe aux traits aléatoires : le porte-voix d'une pluralité
et non pas d'une coïncidence du " je " et du " moi " qui s'étend du côté de l'impersonnel.
Pluralité expérimentée dans l'abîme du " je " et " moi " disjoints, 
A la recherche du " moi " et  processus figuratoire de ce "moi" que je montre et je cache, derrière lequel je cours donnant à lire cette course.  
Le "je" lyrique regarde en arrière et prend la mesure - en émiettant les figures de l'origine - de tout ce qu'il a perdu irrémédiablement. Il ne cherche pas à prendre le contrôle des éléments qui auraient fondé originellement  ce qu'il veut être devenu et dont il a l'intention de (se) persuader, imposant une continuité : portrait d'"un même".
Dans chaque poème il laisse des traces d'un "je" qui confondent sa marche en avant et son ignorance. Il rend en qq sorte compte des pertes des manques dans le trajet de sa propre mémoire qui le mène aux origines de soi.

Le " lyrisme critique ", poussée d'une écriture tendue par et vers l'altérité (dedans et au dehors de soi) 

ni célébration, ni l'effusion sentimentale, 

ni " diction d'un émoi central " ou  " béance baveuse du moi " 

 Parler de soi = dire  pourquoi le poème existe, d'où il provient, quelle est sa raison d'être.
L'itinéraire de JMM conduit du neutre et de l'impersonnel au je, en transitant par le tu
                                                le" quiconque" avant le "propre"
                                        Parvenir à dire " je " parmi ses semblables.
Le coeur s'ouvre sur un " Cela " indéterminé, sans nom dont le domaine est la langue.
Ecrire s'enchaîne à des motifs issus de l'enfance, pris comme une matière anonyme ou indistincte, à la 3ème personne sans figure... L'écriture une façon de se souvenir, de dire la disparition.
De l'histoire d'un individu vers une histoire de l'écrivain, accouchant lentement de lui-même dans la chambre de la langue. (Cf. Temps de "l'oeuvre au noir" où se dévoile le chaos intérieur pour que s'opère dans la rencontre de l'ombre une lente libération de la conscience de soi)
Pour dire et redire le manque d'histoire et de sujet
" solitude d'encre" : manque de corps, défaut de contact, seul celui de la plume sur le papier.
impuissance à prendre corps
                           l'autobiographie dans le poème est celle d'une absence. 
cf Martine Broda.  Le travail poétique pour se soustraire " à l'enveloppement biographique " , en  
procèdant à un effacement génétique. 
Geste d'atterrement pour substituer de l'horizontalité à la plénitude verticale. 
A distance, entretenir la surface, le sol, pour traverser " le corps de la mère " et apprendre à " écrire sous son nom ", dans le neutre. S'efforcer de se libérer violemment de tout l'enveloppement du corps de la mère, nasse de signes convenus ou imposés.
Pratiquer un systématique " épierrage du jardin familial ", désencrasser et de " nettoyer la langue ", 
pour " parvenir à se réveiller "( Michaux)
         Faire face à " ce qui est devant nous " et 
 signer de son propre nom cette " approche difficile ".
                      Se tenir droit face à l'horizontal  ou se courber pour écrire  corps penché. 
                  Dans le tumulte discontinu du temps présent, préoccupé de la tenue de la langue
Par le vers, retracer, scander son espace de parole, cadastrer son territoire : couper et capturer
                     S'imposer des angles, des cassures pour y voir entendre qqch 
             Le poète interroge son héritage, réévalue dans la solidarité des voix du poème un tenir-ensemble.
 
                          2) Lecture d' un poème de Victor Hugo  extrait des Contemplations
"O souvenirs ! printemps ! aurore !", 13 quatrains d'octosyllabes écrit à Villequier , le 4 septembre 1846 
 

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