Epiphanie et lyrisme

Publié le par Claire Antoine

                          Epiphanie  et lyrisme
   Le lieu et temps de la victoire de la vie sur la mort : "cette intensité où l'âme chante" (Baudelaire), se dit en termes de jouissance, enthousiasme, illumination, explosion de joie, grâce, extase, envol...
Une  expérience à revivre par le poème lyrique qui  s'apparente à de fulgurantes retrouvailles avec un paradis perdu, dans la "Temporalité transitoire ou transitionnelle" de JM Maulpoix. Là où ce dont il est question s'appelle "des commencements ou des fins" qui ont leurs aubes, leurs éclairs, leurs rayons qui peuvent se métamorphoser en espaces de l'entre deux, en balcons, en ponts...
 Michèle Finck  fait dans ce champ,  entrer la musique et sa force émotive "Il y a une consubstantialité, encore insuffisamment explorée, entre la question du lyrisme et celle de l’épiphanie musicale."  Evoquant les interprètes elle écrit qu'ils entament (...) une  longue marche ascétique qui leur permettra de remonter aux intentions de l'auteur et d'atteindre, par là, à cette position d'exégète qui fait leur ambition.
 
                                      Vers la révélation, vers une épiphanie                    
                                                             Epiphanie/lyrisme 
Si l'épiphanie est étymologiquement ἐπιφάνεια une révélation imprévue, la compréhension   par surprise de l'essence d'une chose, une illumination, la manifestation d'une vérité/réalité cachée, elle rejoint dans sa définition l'inspiration lyrique telle qu'elle est formulée par Paul Valéry : "Le lyrisme est le développement d'une exclamation"
                                     L' Euréka ! d'Archimède est des deux ...                         
des expériences ponctuelles, soudaines et inattendues,  des "instantanés", on en trouve chez les poètes, liées au ciel, au lever du jour :
Ce sont les éclaircies, de Victor Hugo, quand il décrit le moment précis où la mer se calme, le comparant à une scène épique, "d'ouverture des portes du jour". Mise en abyme du monde d'Homère, l'initiateur qui "ouvre les portes" du monde des dieux et des morts. 
"On croit être à cette heure où la terre éveillée
Entend le bruit que fait l'ouverture du jour".
...de Philippe Jaccottet, qui s'empare de la même métaphore en y ajoutant du réalisme :
"le verrou de la porte sonore"
 "l'heure où quelque chose semble tourner comme une porte sur ses gonds".
 
Il y a aussi l'image de la lueur, du rayon que l'on trouve chez Hugo ou dans les Ponts d'Arthur Rimbaud où l'arc en ciel perd de ses couleurs devenant  "rayon blanc tombé du haut du ciel |quianéantit cette comédie" a valeur d'éblouissante révélation déniaisante. 
La littérature est truffée d'apparitions extatiques/épiphaniques/mystiques, où les paysages, les personnages se métamorphosent, comme par exemple chez Jaccottet où un paysage crépusculaire devient une maison éclairée d'une lampe.
( à suivre)

        

 

Publié dans Notes de lecture

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