Deux FABLES de Jean-Claude Renard : Ne croyez pas l'arbre de bois (...) Le fleuve est dans la pierre (...)

Publié le par Claire Antoine

Deux FABLES  de Jean-Claude Renard : Ne croyez pas l'arbre de bois (...) Le fleuve est dans la pierre (...)
 Ne croyez l'arbre de bois :
sous l'écorce, dans le feuillage
         l'ENCHANTEUR habite trois !
Que d'un arbre ôtiez le vitrage
         il a fable de poisson
fable de dieu, fable d'orange
         — déterrant soudain le Son !
Immobile, non — il s'échange
         étant fait du sang d'oiseaux,
car l'oiseau n'y pose : c'est l'arbre
         qui le forme de ses os.
Savez-vous pourquoi l'air s'y cabre,
         s'y recroquevillent l'eau
et la peau mousseuse et la palme :
         à l'interne, l'arbre est chaud.
L'arbre crée l'oreille et la flamme,
         il ne fond pas dans le feu !
Vous pensez qu'il dort : il attire
         la subtilité du jeu ;
à l'entour, la tête s'inspire,
         — l'arbre hante, il n'ombre pas !
Le coupant, coupez qui vous mue,
         mettant le soleil en bas
et la lune sous la tortue.
         Regardez : l'arbre se fend
quand il invente un corps de femme.
         Arbre doux et transparent,
il mûrit et rame dans l'âme.
         Touchez-le : ce n'est que Mots
de la sève spirituelle !
         Par d'étranges animaux
l'arbre mord — il mange la moelle
         que vous n'espériez qu'à vous.
Arbre amoureux, arbre fluide
         voyez comme il tient debout
sur cette bouche morte et vide !
***
 
Le fleuve est dans la pierre 
 
La pierre maternelle est mûre avec la 
Lune — et dans la pierre l'or qui scellera la ville.
 
 
Ô 
Force de la 
Femme au milieu de la mer rassemblant chaque corps en un unique amour !
 
 
L'arbre de 
Dieu levé dans la pierre et dans l'or recommence à mourir pour que tout ressuscite.
Et dans les champs comblés du mystère de l'arbre l'huile qui met la vigne en maturation.
 
 
Ô pain comme la cire ! Ô colonne de sang
de chaque bouche ici formant la même bouche !
 
Un peuple essentiel que sacre le silence s'accomplit dans les fruits de l'offrande du monde.
 
 
Le fleuve des vents purs s'enfonce dans la pierre comme une épaisse odeur d'orange et de raisin.
 
Et là même où la chair reçoit de prendre noce l'éternité soudain terrible et transparente.
 
O pierre de lait noir ! Ô table de l'Esprit profonde jusqu'aux os pour les charger de gloire !
 
 
Comme la haute nuit dans l'homme unifiante où la forêt solaire éclate et se fait joie.
 
Toute une ville armée des tours de la 
Parole dit que 
Dieu est vivant et que la terre croît.
 
Ô corps qui se transmue et fume avec le sel
 
comme un verger de grands animaux blancs et doux !
 
 
Un homme maintenant se construit dans le 
Dieu en consumant le 
Un, le bois et le poisson.
 
 
Et il devient la pierre, — et la pierre avec lui est pareille au taureau qui monte vers l'été.

 

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