Atelier poésie de février en 2 temps : un extrait de la fable des abeilles de Bernard Mandeville. 1) Les fondements de la civilisation, présentation.

Publié le par Claire Antoine

 

                                                     1/2Présentation compilée

Bernard Mandeville (1670-1733) médecin  hollandais vivant en Angleterre, grand amateur d'apologues fait paraître, en 1714, The Fable of the Bees. La satire paraîtra en 1740,  en français, sous le titre La Fable des abeilles ou les vices privés font le bien public. Elle est accompagnée d’une fable, en vers, La Ruche mécontente ou les coquins devenus honnêtes gens, parue en anglais, anonymement en 1705. 

                                 L'auteur et le genre ( plutôt pessimiste) de la fable              

En 1703/1704, Mandeville fait paraître en Angleterre, une première traduction en anglais de 34 fables de La Fontaine, adaptées au public anglais. Il choisit celles qui traitent de la tyrannie des rêves utopiques et de l'orgueil. Il en ajoute quelques unes qu'il a écrites lui-même, comme "La carpe", " Le rossignol et le hibou"...fables animalières, destinées à déjouer la censure, et ne pas heurter le lecteur de front.

 

                     Représentation allégorique d’une société hiérarchisée et codifiée. 

                                                "A malin malin et demi"

                                        De l'utilité sociale de l'égoïsme.

En 433 octosyllabes, l'apologue est présenté par l'auteur comme "ni héroïque, ni pastoral, ni satirique, ni burlesque, ni héroïcomique". Il y présente une Angleterre prospère, monarchique,...qui se plaint notamment de la fourberie des pauvres ... Il y dévoile le fondement et les effets de la morale sociale, celle donc qui est reconnue par tous, celle qui est à l'origine des maximes, du "bon sens" :  L'ordre social y est présenté comme une comédie, un  travestissement des vices humains qui  trouvent leur sens  dans l'amour de soi.

La moralité est un "artifice" social - l'ordre "naturel" des civilisations naît de l'immoralité 

En gros, pour lui, l'homme n'est pas bon naturellement, mais il comme il préserve jalousement ses intérêts particuliers, qu'il est d'un égoïsme assumé...il s'installe finalement dans les sociétés une sorte d'équilibre plus ou moins harmonieux né de la globalité de ces intérêts particuliers... L'harmonie étant due aux dissonances des parties


Il  développe donc la thèse selon laquelle dans un monde "de fripons", un monde à l'envers, renversé, où la vertu n'est qu'apparence et camouflage, c'est  de l’égoïsme caché, latent, qu’il faut espérer le bien public, l'efficacité collective ... 

Pas chez lui, comme chez Hobbes, de coercition. Il faut au contraire laisser les vices de chacun aller leur cours pour assurer mécaniquement  l'intérêt général.

La prospérité de l’Angleterre du XVIIIe siècle est ainsi garantie par  les vraies et bonnes vertus que sont l'orgueil, la vanité, l'envie, la jalousie, le goût du luxe ( Le souverain Bien, qui est par ailleurs une "affaire d'état" ). Elles chassent les fausses vertus, conduisant à la ruine,  qui sont la modestie,  la décence, l’honnêteté,  le respect de la hiérarchie.

Les exigences extravagances des riches, leurs appétits donnent du travail à quantité de pauvres. Et au contraire quelqu'un qui vit dans la modération, la frugalité et le juste milieu est un mauvais "citoyen" qui n'a nulle considération pour le bien public....Il ne profite à personne...

La fable des abeilles montre comment une ruche dont les abeilles égoïstes ,  pratiquent tous les vices qu'ont les hommes devient prospère et heureuse, où   « les avocats ne défendent que les causes lucratives, les médecins préfèrent la réputation au rétablissement des malades, la justice met en sûreté le puissant et le riche »..." Les abeilles ne s’intéressent qu’à elles-même, et...pour leur intérêt...s’entraident ». Quand la ruche suivant un décret jupitérien devient  vertueuse, elle périclite, envahie par ses ennemis, catastrophe ! elle  finit par vivre dans un tronc d'arbre pauvre et vertueuse honteuse  de son ancienne  arrogance... les avocats sauvent des pauvres honnêtes de la prison, les médecins soignent les malades...les gens font conscienscieusement leur travail donc on embauche moins et ...le chômage apparaît...

Si la vision du monde de Mandeville est troublante, que les propos qu'il tient sont provocateurs et cyniques, il n'en reste pas moins qu'il pose une question fondamentale à laquelle on ne répond qu'à travers les religions, celle de la formation du supra système mis en place par les hommes pour qu'ils puissent parvenir à faire société, c'est-à-dire à faire quelque chose de constructif ensemble.

Il montre en première approche que l' orgueil et  la vanité etc régulent les comportements  et installent entre les hommes une collaboration née de leur intérêt personnel bien compris.

Mais il suggère aussi, de manière implicite, que certains, les « pires », exploitent  leur prochain en abusant de façon asymétrique de la morale créée artificiellement et qu'ils participent tous les jours à sa construction/préservation/confirmation. Cet aspect sera repris par Rousseau et par Adam Smith et  sa  « main invisible».

Et aujourd'hui  où nos sociétés deviennent de plus en plus égoïstes et individualistes ?

alors que les riches sont de plus en plus riches, que la prospérité globale diminue et que les pauvres loin de vivre comme les riches "d'avant"  sont plus pauvres qu'il y a 40 ans....La prospérité s'éloigne...

A aucun moment il est question d'amour, d'amitié, d'altruisme, de générosité...

 

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