Atelier poésie du 24 novembre 2015 avec Anna de NOAILLES

Publié le par Claire Antoine

                                          Poésie d'un monde imaginaire et idéal
           Symbolisme de la création poétique  seule capable de recréer "le réel" 
 
                                   (source Wikipedia intégralité en lien)   
        Anna de Noailles,  poétesse (et romancière) parisienne, d'origine roumaine,
           née à Paris le 15 novembre 1876 et morte à Paris le 30 avril 1933.
Fille du prince Grégoire Bibesco Bassaraba de Brancovan et de la princesse Zoé Bassaraba de Brancovan. Anna parle l'anglais et l'allemand en plus du français, son  éducation est tournée vers les arts, particulièrement la musique et la poésie. 
L'hiver à Paris et le reste de l'année, près d'Évian sur la rive sud du lac Léman.
Sa poésie a pour thème privilégié la beauté tranquille et l'exubérance de la nature des bords du lac  En 1897 elle  épouse le comte Mathieu de Noailles. Ils auront un fils, le comte Anne Jules.
                                                        La muse 
Anna de Noailles fut la muse d' Henri Franck normalien et poète patriote proche de Maurice Barrès. Elle fut également rendue responsable du suicide, en 1909, du jeune Charles Demange, un neveu de Maurice Barrès qui souffrait pour elle d'une passion qu'elle ne partageait pas.
                                                     La salonnière
Au début du xxe siècle, son salon de l'avenue Hoche attire l'élite intellectuelle, littéraire et artistique de l'époque parmi lesquels Edmond Rostand, Francis Jammes, Paul Claudel, Colette, André Gide, Maurice Barrès, René Benjamin, Frédéric Mistral, Robert de Montesquiou, Paul Valéry, Jean Cocteau, Léon Daudet, Pierre Loti, Paul Hervieu, l'abbé Mugnier ou encore Max Jacob, Robert Vallery-Radot et François Mauriac. C'est également une amie de Georges Clemenceau.
En 1904, avec d'autres femmes, parmi lesquelles Julia Daudet et Judith Gautier, fille de Théophile Gautier, elle crée le prix « Vie Heureuse », issu de la revue La Vie heureuse, qui deviendra en 1922 le prix Fémina, récompensant la meilleure œuvre française écrite en prose ou en poésie.
Elle meurt en 1933 dans son appartement de la rue Scheffer et est inhumée au cimetière du Père-Lachaise à Paris, mais son cœur repose dans l'urne placée au centre du temple du parc de son ancien domaine d'Amphion-les-Bains.

Elle fut la première femme commandeur de la Légion d'honneur ; la première femme reçue à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (au fauteuil 33 ; lui ont succédé Colette et Cocteau).
Elle était aussi membre de l'Académie roumaine.
En 1920 son premier recueil de poèmes Le cœur innombrable est couronné par l'Académie française ; en 1921 elle en reçoit le Grand prix de littérature.
Plus tard l'Académie française créera un prix en son honneur.
Elle a été décorée de l'ordre du Sauveur de Grèce et de Pologne.
 
Anna de Noailles a écrit trois romans, une autobiographie et un grand nombre de poèmes.
Son lyrisme passionné s'exalte dans une œuvre qui développe, d'une manière très personnelle, les grands thèmes de l'amour, de la nature et de la mort, de la finitude humaine et aussi la poésie pour atteindre à l'immortalité. A
thée habitée d’une conscience tragique, elle évoque le paradoxe de la nature qui élimine les témoins qui peuvent dire son éternité. 
 
La poésie permet en effet l'expression de ses sentiments et la quête existentielle d'un Idéal inaccessible .


POEMES       
 
    Anna de NOAILLES   (1876-1933)
 
   L'honneur de souffrir

Je crois voir, entendre, - mais rien
De terrestre, d'aérien,
Ne me touche, ne m'intéresse,
N'éveille ma morne paresse,
Qu'en montrant à mon triste esprit,
-Et fût-ce une cloche qui sonne,
Un passant, une odeur, un cri, - 
L'arabesque de ta personne...
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Sans t'aimer encor, j'aime encor ta voix.
sans me déchirer, ton regard me touche.
Mon coeur est plus vif dès que je te voix,
Je rêve aux défauts de ta belle bouche.

Tout de toi me plaît, mais séparément.
Tu n'es plus pour moi le plaisir suprême,
Car seul mon désir plein d'entêtement
Faisait de ton être un divin toi-même !
--------------
Tout de toi me trompe : tu danses
Si tu marches ! Ton corps de miel
N'a nulle humaine ressemblance.
Tu sembles immatériel
A mon regard. Et ta présence 
S'enveloppe de ce silence
Qui rêve, altier et sensuel,
Dans la solennité du ciel... 

...
 Le jardin et la maison

Voici l'heure où le pré, les arbres et les fleurs 
Dans l'air dolent et doux soupirent leurs odeurs.

Les baies du lierre obscur où l'ombre se recueille 
Sentant venir le soir se couchent dans leurs feuilles,

Le jet d'eau du jardin, qui monte et redescend, 
Fait dans le bassin clair son bruit rafraîchissant ;

La paisible maison respire au jour qui baisse 
Les petits orangers fleurissant dans leurs caisses.

Le feuillage qui boit les vapeurs de l'étang 
Lassé des feux du jour s'apaise et se détend.

- Peu à peu la maison entr'ouvre ses fenêtres 
Où tout le soir vivant et parfumé pénètre,

Et comme elle, penché sur l'horizon, mon coeur 
S'emplit d'ombre, de paix, de rêve et de fraîcheur...

Il fera longtemps clair ce soir


Il fera longtemps clair ce soir, les jours allongent, 
La rumeur du jour vif se disperse et s'enfuit, 
Et les arbres, surpris de ne pas voir la nuit, 
Demeurent éveillés dans le soir blanc, et songent...


Les marronniers, sur l'air plein d'or et de lourdeur, 
Répandent leurs parfums et semblent les étendre ; 
On n'ose pas marcher ni remuer l'air tendre 
De peur de déranger le sommeil des odeurs.


De lointains roulements arrivent de la ville... 
La poussière, qu'un peu de brise soulevait, 
Quittant l'arbre mouvant et las qu'elle revêt, 
Redescend doucement sur les chemins tranquilles.


Nous avons tous les jours l'habitude de voir 
Cette route si simple et si souvent suivie, 
Et pourtant quelque chose est changé dans la vie, 
Nous n'aurons plus jamais notre âme de ce soir...


L'automne


Voici venu le froid radieux de septembre :
Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ; 
Mais la maison a l'air sévère, ce matin, 
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin.


Comme toutes les voix de l'été se sont tues !
Pourquoi ne met-on pas de mantes aux statues ? 
Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois 
Que la bise grelotte et que l'eau même a froid.


Les feuilles dans le vent courent comme des folles ; 
Elles voudraient aller où les oiseaux s'envolent, 
Mais le vent les reprend et barre leur chemin 
Elles iront mourir sur les étangs demain.


Le silence est léger et calme ; par minute 
Le vent passe au travers comme un joueur de flûte, 
Et puis tout redevient encor silencieux, 
Et l'Amour qui jouait sous la bonté des cieux


S'en revient pour chauffer devant le feu qui flambe 
Ses mains pleines de froid et ses frileuses jambes, 
Et la vieille maison qu'il va transfigurer 
Tressaille et s'attendrit de le sentir entrer...


L'empreinte


Je m'appuierai si bien et si fort à la vie, 
D'une si rude étreinte et d'un tel serrement, 
Qu'avant que la douceur du jour me soit ravie 
Elle s'échauffera de mon enlacement.


La mer, abondamment sur le monde étalée, 
Gardera, dans la route errante de son eau, 
Le goût de ma douleur qui est âcre et salée 
Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.


Je laisserai de moi dans le pli des collines 
La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir, 
Et la cigale assise aux branches de l'épine 
Fera vibrer le cri strident de mon désir.


Dans les champs printaniers la verdure nouvelle, 
Et le gazon touffu sur le bord des fossés 
Sentiront palpiter et fuir comme des ailes 
Les ombres de mes mains qui les ont tant pressés.


La nature qui fut ma joie et mon domaine 
Respirera dans l'air ma persistante ardeur, 
Et sur l'abattement de la tristesse humaine 
Je laisserai la forme unique de mon coeur...


L'hiver


C'est l'hiver sans parfum ni chants... 
Dans le pré, les brins de verdure 
Percent de leurs jets fléchissants 
La neige étincelante et dure.


Quelques buissons gardent encor 
Des feuilles jaunes et cassantes 
Que le vent âpre et rude mord 
Comme font les chèvres grimpantes.


Et les arbres silencieux 
Que toute cette neige isole 
Ont cessé de se faire entre eux 
Leurs confidences bénévoles...


- Bois feuillus qui, pendant l'été, 
Au chaud des feuilles cotonneuses 
Avez connu les voluptés 
Et les cris des huppes chanteuses,


Vous qui, dans la douce saison, 
Respiriez la senteur des gommes, 
Vous frissonnez à l'horizon 
Avec des gestes qu'ont les hommes.


Vous êtes las, vous êtes nus, 
Plus rien dans l'air ne vous protège, 
Et vos coeurs tendres ou chenus 
Se désespèrent sur la neige.


- Et près de vous, frère orgueilleux, 
Le sapin où le soleil brille 
Balance les fruits écailleux 
Qui luisent entre ses aiguilles...
 
                                                                      ***   
                      Pouvoir d'évocation de la poésie d'Anna de Noaïlles
        Choisir le vers qui  vous permet d'écrire quelques strophes
                (des quatrains aux rimes croisées) au minimum deux.

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