Comment rendre compte de la place des femmes dans l'histoire littéraire : entre réparation d'une injustice et explication des conditions d'une minorisation de leur rôle. Lien Fabula, avec un texte de Michèle Touret

Publié le par Claire Antoine

                                                        Quelques notes
                            « Les femmes du xxe siècle ont-elles une histoire littéraire ? » 
Le traitement des hommes et  des femmes de lettres ne relève pas, dans l'histoire littéraire de la même attitude ni des mêmes critères. La minorisation quantitative  des femmes  est attestée.
La présence +/- importante des femmes dans l'histoire littéraire des périodes passées est liée  :
1) A une conception de la littérature comme corpus d'oeuvres qui minimise le rôle de la sociabilité littéraire des femmes qui en occupent les entours 
2) A une représentation orientée de l’histoire littéraire sous l’angle de ce qu'on considère retrospectivement comme des moments de rupture et qui donnent aux périodes littéraires leur identité. 
Le récent développement de l’histoire des femmes revient sur ce que l’on connaît du passé
à la lumière d'une littérature "féminine", objet d'étude issu du mouvement féministe
L'historien/ne scrute scientifiquement les changements, transformations, ruptures et reclasse comportements et positions, ce qui conduit à l'écrire comme on voudrait qu'elle ait lieu
à faire exister le temps long à grands traits, comme en résumé, donnant à voir une humanité/société vivant dans un processus perpétuel de transformation, sans rendre compte de la lenteur des transformations réelles. Il en est de même pour l'histoire littéraire.
L'historien/ne spécifique du littéraire fait de même quand par réaction contre la permanence du modèle classique,elle évoque la littérature contemporaine en considérant exclusivement les avant-gardes, en valorisant  le nouveau et l’original, au risque de transformer en norme le mode dès lors devenu dominant. 
Le présent imprègne le passé que l’on est à même de comprendre. Dans le cas des femmes ce sont également nos problématiques d' aujourd’hui  que nous recherchons dans les périodes anciennes.
Il faut toutefois se méfier d'une vision trop militante désireuse de pointer une volonté ( plus ou moins consciente) d'ignorer l'existence de la femme auteur, qui conduirait à recomposer une histoire de la littérature. 
" Il importe de mesurer et d’expliciter les raisons de l’intérêt porté à la présence/absence des femmes dans la littérature : 
*elles tiennent à la période considérée, 
*elles tiennent au regard rétrospectif et informé par le présent que nous portons sur les périodes passées, 
*elles tiennent à une conception de la littérature comme fondée à la fois sur un processus de transformation incessante et un processus de conservation indéniable.
Il n’en demeure pas moins que la présence des femmes dans la vie littéraire reste subordonnée à celle des hommes.  elles ne conduisent que très rarement les  mouvements littéraires importants du siècle cf Surréalisme, littérature engagée des années trente, mouvement prolétarien,  réalisme socialiste... 
Dans les marges littéraires de la « grande » littérature, ( avec laquelle aujourd'hui l'écart se relativise et diminue)
elles ont été souvent cantonnée dans les romans sentimentaux (où le pseudonyme féminin fait fortune), les  récits à visée pédagogique. 
Elles  se trouvent dans les domaines les moins contrôlés de l’institution littéraire.
Admises dans le milieu journalistique ( une écriture subalterne moins contrôlée dans laquelle elles peuvent exister comme "écrivain(e)s" pour les rubriques littéraires, mondaines, théâtrales, moins pour le reportage même si leur nombre croît. 
Peu parmi les auteurs de théâtre, sauf pour le vaudeville.
La poésie, plus confidentielle  semble être leur domaine : le rêve, le déploiement des sentiments, l’analyse psychologique, l’élégie…
Les récits personnels, portraits, souvenirs, genres anciens, souvent mondains à l’origine. Ils  sont moins contrôlés ; porteurs de moindres contraintes et les jugements sont moins sévères. 
pas une place de choix, tant que les critères de la reconnaissance ne changent pas. Or ils changent.
Le  journal, l'écrit intime sont  aujourd'hui devenus des formes littéraires à part entière, pratiquées en toute légitimité comme parole autobiographique, fictive ou authentique. 
S’intéresser à l’écriture des femmes, non en tant qu’écriture substantiellement féminine  mais en tant qu’écriture d’individus dominés, porte ainsi à examiner les évolutions littéraires, qui se développent bien souvent dans les zones frontalières que l’institution littéraire surveille moins assidûment.



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