Atelier poésie CCQ - Muses et poétesses- en lien article fabula : Laurent Angard à propos de "Louise Labé. Une créature de papier" de Mireille HUCHON

Publié le par Claire Antoine

Louise Labé, portrait gravé par Pierre Woeiriot (1555), BNF. Entre un portrait gravé et une oeuvre poétique

Louise Labé, portrait gravé par Pierre Woeiriot (1555), BNF. Entre un portrait gravé et une oeuvre poétique

           DÉBUT DÉCEMBRE  SÉQUENCE "SAPPHO" À PARTIR DES FRAGMENTS 1 ET 51  

 

                                         EN AMONT   LECTURES  AIMANTÉES

                              DEUX EXEMPLES DE "SUPERCHERIES LITTÉRAIRES"  : 

                             LES CAS LOUISE LABÉ  ET CLOTILDE DE SURVILLE 

 

​                                                               1. Louise Labé

Aucun des arguments avancés ne peut remporter une totale adhésion, mais ...ce n'est pas une raison pour ne pas les évoquer

  LOUISE LABÉ A VÉCU À LYON À L'ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE. EST-ELLE LE TYPE MÊME DE LA FEMME CULTIVÉE, QUI TIENT SALON, QUI CONNAÎT LE LATIN, L'ITALIEN, LA MUSIQUE, L'ÉQUITATION... OU EST-ELLE UNE CÉLÈBRE COURTISANE ????

Elle a enfiévré les imaginations des critiques qui voient en elle, une  Louise Labé "chevalier", prostituée ou même "une fiction" élaborée par un groupe de poètes autour de Maurice SCEVE. Elle devrait son nom au surnom d'une prostituée lyonnaise « La Belle Louise ». 

 

                               Des extraits du texte en lien 

"Au XVIe siècle, Lyon sollicite l’imagination et « aime les fêtes ». A cette occasion  des figures antiques et symboliques sont mises en scène, sous forme d’allégorie ou de personnification. 


Entre les textes de Maurice Scève et de Louise Labé on peut découvrir un même imaginaire

             Les œuvres de Louise Labé ont traversé les siècles irrégulièrement. 

Le XIXe siècle redécouvre Louise Labé, cette « illustration féminine de Lyon », ville en concurrente avec  Paris. Les poétesses, telles que Marceline Desbordes Valmore ou Renée Vivien, s’emparent de son image, de sa « parole […] libérée » pour célébrer une certaine émancipation des mœurs et des femmes.

Au XXe et au XXIe on  parle " de l’authenticité de ses accents, de sa sincérité sublime"


Cependant, une image perdure depuis le XVIe siècle : Louise Labé en « double de Sappho »
Ce parallélisme est exprimé dès la première ode des Escriz : « Εις ωδάς Λοΐσης Λαβάιας » // «Σαπφως ». 
Mais cette référence exprimée en grec était bien plutôt destinée aux érudits, qui « devaient être à même d’en savourer la subtilité et la nouveauté », qu’à la poétesse lyonnaise. Louise Labé, quant à elle, pouvait se rappeler de « L’Épître à Sappho » d’Ovide, qui est une longue plainte d’une amante délaissée. 


Mireille Huchon dénonce la surinterprétation des critiques qui y ont vu une autobiographique alors que l’ode ne relève que « des conventions du genre […]

Sappho devient alors « un élément de comparaison dans l’excellence et une référence d’autorité dans le discours sur les femmes» 

Ce qui amène Mireille Huchon à interroger la légende de la « Belle Cordière », une belle courtisane, apparue pour la première fois sous la plume de Philibert de Vienne, en 1547, et associée en 1584 au nom de Louise Labé. 
Cette « Belle Cordière » suscita de nombreux écrits, de Jean Calvin à Olivier de Magny. « Du vivant de Louise Labé, écrit le critique, la ‘Belle Cordière’ est donc, sans l’ombre d’un doute, une paillarde » (p. 129). En 1585, Antoine Du Verdier fait la synthèse entre « les témoignages les moins défavorables sur la ‘Belle Cordière’ et l’activité littéraire de Louise Labé » . De ce travail, naît la biographie de la poétesse qui y est décrite comme « une courtisane aux dons multiples ». 
Pour Enzo Giudici et Olivier Millet, le mystificateur ne serait donc que Maurice Scève (accompagné d’une pléiade d’amis lyonnais) qui égare les lecteurs à la faveur de cette fameuse anagramme qui rapproche le nom de LOYSE LABE du mot labyrinthe : « La Loy se laberynte ». 
Et il faut chercher Louise Labé « Non si non la », autre jeu sur les mots qui perdent le lecteur. 
Tous les regards se tournent donc vers cet auteur qui fut célébré par ces contemporains : Claude de Rubys qui affirmait que Louise Labé était une courtisane, Claude de Taillemont qui s’inspire de ses pratiques poétiques et qui le reconnaît comme « initiateur », Estienne Pasquier qui loue en lui son obscurité. 

Alors pourquoi cette mystification ? 

Le critique répond qu’il y avait un « projet de ‘Louer Louise’» sous forme de dialogue poétique entre Antoine Du Moulin et Clément Marot — un dialogue poétique « qui serait à considérer comme un jeu de mots marotique, sans aucun lien avec une Louise réelle, mais correspondant au ‘Laudare Laure’ de Pétrarque » . Et le sujet même aurait été choisi par «gaye fantaisie »
 Dans ce projet, on rencontre aussi Olivier de Magny dont les Odes seraient la participation à ce projet. 

Le dernier personnage important de cette mystification littéraire est Guillaume Aubert. Il ajoute dans les Escriz de divers pöetes de nombreux vers qui ressemblent à ce qu’il écrit pour Louise Labé (p. 203). « les éléments prétendument biographiques ne sont donc que des éléments romancés ». « La Louise guerrière qui a enflammé l’imagination des biographes […] ne relève que de l’exagération épique et d’une habile invention ». 

On peut se demander alors, avec Mireille Huchon, « comment attendre le respect de la vérité historique de celui qui, dans la préface de sa traduction de l’Amadis, prône les vertus de la fiction, en soulignant la supériorité, pour l’instruction, de la narration inventée » 

« Maurice Scève est, écrit-elle, dans le Lyon des années 1530-1560, un des personnages clefs

du monde littéraire, très entouré ». 

Les signataires de l'oeuvre de Louise Labé seraient divers pöetes, "en fait une pléiade d’hommes masqués", qui ont signé des " pièces poétiques plurielles qui se trouvent elles même dans l’édition des Euvres de Louïze Labé Lionnoize sortie tout droit des ateliers de Jean de Tournes. "

Les Euvres de Louïze Labé Lionnoize sont une belle mystification littéraire orchestrée par l’auteur de Délie, rejoint par les écrivains en vogue dans ce XVIe siècle lyonnais qui n’ont pas hésité à « faire de la récupération de textes destinés à d’autres femmes » afin de « gayement dire et ouyr maintes sornettes » "
 
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