Préparation - "Muses" - Atelier Poésie CCQ du 5 mai 2015 avec André Chénier (textes)

Publié le par Claire Antoine

                                                            Les Muses de Chénier 

                                               Résonances -                       

Contact métaphorique avec un avant-ailleurs -ses Muses, sa Muse/une-des femme-s   

 Après, et dans la lignée en pointillés d'Ovide et de Dante, l'art d'aimer, la Vita Nuova, art d'écrire par et pour Béatrice, ‘’Art d'aimer’’ d'André Chénier une imitation originale à l' allure philosophique, une réflexion personnelle à portée générale sur l'amour avec des divinités antiques à tu et à toi avec un  XVIIIe où règne l'anthropocentrisme

 

           Il dialogue avec ses Muses    

     « Par vous la rêverie errante, vagabonde, 
     Livre à vos favoris la nature et le monde. 
      Par vous, mon âme au gré de ses illusions 

  Franchit les temps, les mers, les nations ; 

           Va vivre en d'autres corps, s'égare, se promène, 
          Est tout ce qu'il lui plaît, car tout est son domaine. »

 

     Dans "Imitations et préludes"

Chastes Muses, veillez, veillez toujours sur moi.
Mais, non, le dieu d'amour n'est point l'effroi des Muses ;
Elles cherchent ses pas, elles aiment ses ruses.
Le coeur qui n'aime rien a beau les implorer,Leur troupe qui s'enfuit ne veut pas l'inspirer.
Qu'un amant les invoque, et sa voix les attire ;
C'est ainsi que toujours elles montent ma lyre.
Si je chante les dieux ou les héros, soudain
Ma langue balbutie et se travaille en vain ;
Si je chante l'Amour, ma chanson d'elle-même
S'écoule de ma bouche et vole à ce que j'aime.
 
Art poétique : Un mot sur sa méthode

«Tantôt chez un auteur j'adopte une pensée, 
        Mais qui revêt chez moi, souvent, entrelacée, 
        Mes images, mes tours, jeune et frais ornement ; 
        Tantôt je ne retiens que les mots seulement    : 
        J'en détourne le sens, et l'art sait les contraindre 
        Vers des objets nouveaux qu'ils s'étonnent de peindre.» 

Un poète qui vient après, qui les connaît tous et sait les sentir tous, peut... se
composer une manière d’après toutes celles-là, une manière à lui... Ils l’ont aidé à se
faire sa manière qui n’est celle d’aucun d’eux, qui est aussi, tout comme la leur, celle
de la nature, originale comme la leur, puisqu’elle est vraie, pittoresque, facile,
imprévue, et difficile à imiter. (OC, 691)

Il est si doux, si beau, de s’être fait soi-même ;
De devoir tout à soi, tout aux beaux-arts qu’on aime.
Vraie abeille, en ses dons, en ses soins, en ses mœurs,
D’avoir su se bâtir des dépouilles des fleurs
Sa cellule de cire, industrieux asile,
Où l’on coule une vie innocente et facile. (BG, 292)

‘’Élégies’’

En Grèce antique, l’élégie était une forme pour traiter de thèmes très divers : la philosophie, la morale, la guerre, la politique.  Le point commun est l’impersonnalité, la subjectivité de l’auteur restant toujours en retrait, laissant la place au message. 

Puis elle a été  considérée comme une catégorie au sein de la poésie lyrique, caractérisée par un ton plaintif particulièrement adapté à l’évocation d’un mort ou à l’expression d’une souffrance amoureuse due à un abandon ou à une absence.              ***

 Fragment illustratif : le langage des fleurs : un objet pour un autre.

(...) Sans se pouvoir parler même des yeux,
On se parle, on se voit. Leur coeur ingénieux
Donne à tout une voix entendue et muette.
Tout de leurs doux pensers est le doux interprète.
Désirs, crainte, serments, caresse, injure, pleurs,
Leurs dons savent tout dire ; ils s’écrivent des fleurs.
Par la tulipe ardente une flamme est jurée ;
L’amarante immortelle atteste sa durée ;
L’oeillet gronde une belle ; un lis vient l’apaiser.
L’iris est un soupir ; la rose est un baiser.
C’est ainsi chaque jour qu’une sultane heureuse
Lit en bouquet la lettre odorante, amoureuse.
Elle pare son sein de soupirs et de voeux ;
Et des billets d’amour embaument ses cheveux.

 

La Muse Camille, petite soeur d'Eucharis, chantée par son ami Parny 

Eucharis, signifie "vraie grâce", nom donné à une fleur, des femmes ou à d'
émouvantes héroïnes littéraires.

 

Ah ! portons dans les bois ma triste inquiétude. 
Ô Camille ! l'amour aime la solitude. 
Ce qui n'est point Camille est un ennui pour moi. 
Là, seul, celui qui t'aime est encore avec toi. 
Que dis-je ? Ah ! seul et loin d'une ingrate chérie, 
Mon coeur sait se tromper. L'espoir, la rêverie, 
La belle illusion la rendent à mes feux, 
Mais sensible, mais tendre, et comme je la veux 
De ses refus d'apprêt oubliant l'artifice, 
Indulgente à l'amour, sans fierté, sans caprice, 
De son sexe cruel n'ayant que les appas. 
Je la feins quelquefois attachée à mes pas ; 
Je l'égare et l'entraîne en des routes secrètes ; 
Absente, je la tiens en des grottes muettes... 
Mais présente, à ses pieds m'attendent les rigueurs,
Et, pour des songes vains, de réelles douleurs. 
Camille est un besoin dont rien ne me soulage ; 
Rien à mes yeux n'est beau que de sa seule image. 
Près d'elle, tout, comme elle, est touchant, gracieux ; 
Tout est aimable et doux, et moins doux que ses yeux ; 
Sur l'herbe, sur la soie, au village, à la ville, 
Partout, reine ou bergère, elle est toujours 
Camille, Et moi toujours l'amant trop prompt à s'enflammer, 
Qu'elle outrage, qui l'aime, et veut toujours l'aimer.

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