(suite : quid ? de l'idéal de l'auteure au XIXe) Quelques mots d'admiration sincère, joliment désuète, sur Madame Alphonse Daudet par Jules Claretie, (1840-1913) in "la vie à paris" (full texte, reformaté)

Publié le par Claire Antoine

Un texte comme celui qui suit me donne envie de sourire, c'est vrai. Il est adossé, bien sûr, à une idéologie aujourd'hui dépassée. Il est plein de bienveillance, de sincère admiration, même, pour Madame Daudet
Ce monsieur véhicule une image de la femme qui écrit,  à laquelle je n'aurais jamais pu correspondre, à laquelle je n'aurais même jamais pu prétendre, n'étant pas issue de la bourgeoisie libérale. Il appréhende qu'on dise d'elle qu'elle est un "bas bleu"...Non ! Elle est sur tous les fronts, vaillante. Elle a comme on dit : "tout pour elle". 
J'aurais peut-être même été jalouse d'elle, à l'époque, elle m'aurait paru inatteignable, inimitable, intronisée lointaine et protégée par une cohorte d'hommes à la présence légitimante. (cf l'article sur l'Académie de Metz et la parité. Ce noble réseau dont bien évidemment je ne ferai jamais partie, n'ayant aucune porte d'entrée, ni grande ni petite; mais dont a fait partie Amable Tastu...)         
 
                        Un petit mot sur l'auteur (source Wikipedia)

né à Limoges le 3 décembre 1840 et mort à Paris le 23 décembre 1913, Jules Claretie est un romancier,dramaturge français, également critique dramatique, historien et chroniqueur de la vie parisienne.(...)Il est président de la Société des gens de lettres. puis vice-président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. De 1885 à 1913,administrateur général de la Comédie-Française, il ouvre les portes à des auteurs contemporains tels que Henry Bataille et Octave Mirbeau (...)Il est élu membre de l'Académie française le 26 janvier 1888.

                                                          EXTRAIT

     

"J’aperçois dans une pénombre plus discrète madame Alphonse Daudet, dont les Fragments, d'un livre inédit, les Impressions d'une Parisienne, sont d'une femme vraiment femme — c'est-à-dire supérieure

Ce n’est plus la descendante d'un maréchal jugeant le monde, c'est la fille digne de respect de notre bourgeoisie parisienne, lettrée et libérale, exprimant des sensations, notant les devoirs de la mère de famille.

Peut-être, à mon sens, l'écrivain est-il là un artiste, et un artiste subtil et raffiné, avant d'être — ce qui convient au penséiste, et ce barbarisme est peut-être le mot que je cherchais tout à l’heure — un moraliste, un observateur de la nature humaine.

Madame Alphonse Daudet, peintre des sentiments humains, si je puis dire, et aussi et avant tout un peintre très sensitif de paysages,

et les choses empiètent peut-être un peu trop sur les hommes.

Mais enfin, voilà une Française encore,

une femme hors de pair et une mère vaillante qui a le goût de l'art, la passion des lettres, le talent le plus rare et le plus délicat, 

et qui n'en fait  pas moins bien marcher le logis comme un commandant de navire qui,

le bateau inspecté jusqu'aux plus lins cordages, jusqu'aux derniers boutons de cuivre, ouvrirait un livre de poésie ou noterait ses impressions et ses souvenirs,

tandis que le navire vogue et suit, dans la nuit, sa route étoilée.

C'est à madame Daudet elle-même que j'emprunte cette comparaison.

Et pour nous résumer : nous faisons trop de bruit, nous autres-, bruyamment autour des barques tapageuses qui, sur la Seine, déplient leurs pavillons de canotage et débouchent le Champagne en chantant, et nous oublions trop ces grands chalands silencieux et laborieux qui, de janvier à décembre,par le vent, le froid, le chaud, — en toute saison, toujours, — remorquent le charbon où se chauffe l'usine,le bois dont se construisent les logis, tout ce qui est la vie solide et vraie d'un peuple.

Et vous voyez bien que l'on n'a pas à chercher longtemps dans Paris pour retrouver, à côté des Spartiates et des Romaines, des Parisiennes et des Françaises !"

                                                                                              Jules Claretie 1885

 

  En rouge gras ce qu'elle n'est pas ou les images qui ne lui conviennent pas 

                        En noir gras, ce qui lui correspond

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