Atelier Poésie CCQ 24 mars 2015 : Ronsard, Cassandre, Marie et Hélène

Publié le par Claire Antoine

      Atelier Poésie CCQ 24 mars 2015 : Ronsard, Cassandre, Marie et Hélène
A la recherche du "Je" et du "Tu"  du poète et de sa muse, dans l'intimité d'un dialogue.
Quelles figures se dessinent ? Quelle relation entretiennent-ils ? Convention/âme sœur ?
                               Sous le regard complice du lecteur-tiers 
 
                                  Premier poète : Ronsard, 1524-1585
  "Prince des Poètes" - Poète de cour - clerc - Membre de la Pléiade, groupe qui fait paraître le manifeste destiné à enrichir la langue française, à lui donner ses lettres de noblesse, par rapport au latin et au grec : "Défense et illustration de la langue française".
                                       Trois de ses inspiratrices,  qui ont entre 14 et 16 ans
            Lui, il a 20 ans pour Cassandre, 30 pour Marie, 54 pour Hélène 
Premier poème : "Elle" dans les rôles de la rose et de "Mignonne" et "lui" dans ceux du poète et du Soleil 
                         "Mignonne, allons voir ...
                          Las ! Voyez...
                         Donc ...Cueillez, cueillez votre jeunesse."
***Il écrit, - une commande ? - une ode en octosyllabes, pour la jeune Cassandre, rencontrée, ou vue de loin, sans doute à un bal de la Cour, à Blois. 
Deuxième poème, un sonnet plus lyrique ( élégiaque?) en alexandrins écrit à l'occasion de la Mort de la jeune Marie. Comparée à une rose, elle aussi, - une rose qui pourtant d'une beauté éclatante, meurt, soumise aux aléas de la météorologie. Elles ont le même destin et à la fin, c'est lui qui fait une offrande, à Marie la rose, à laquelle il est réuni dans un présent paradoxal, à la fois éternel et d'énonciation de l'impératif du premier vers du dernier tercet. Eternel par le poème qui remémore et fixe le souvenir et en même temps rappelle le caractère éphémère de la rose, de Marie, de la vie.   
"Comme on voit sur la branche au mois de Mai la rose... ...belle/ Aube ...point du jour
Mais ...elle meurt
Ainsi en ta première et jeune nouveauté
...cendres tu reposes
...reçois mes larmes et mes pleurs/...afin que (...) ton corps ne soit que roses."
Troisième poème, sonnet à Hélène.  Un petit récit où la jeune fille est agressée dès le premier vers. Il commence par la fin... "Quand vous serez bien vieille...Direz, chantant mes vers...
Après la bataille...vieille forcément, le soir,  non plus sous la brûlure du dieu soleil, mais à proximité, à la lueur mouvante de la chandelle et là il ne lui reste plus qu'à tirer les fils, tisser, se souvenir et parler (car elle, contrairement à Cassandre et Marie, elle parle !)...ravie...de lui,  le merveilleux et si célèbre Ronsard en toutes lettres, qui, en fait, parle d'elle en termes élogieux...Belle mise en abyme. Et là, comme par magie les mots s'envolent de tympans en tympans et touchent jusqu'aux servantes qu'ils raniment... tout ce petit ballet/choeur de "mon nom",  par qui "ton nom"est immortalisé
Le nom de Ronsard fait du bruit. Le seul des trois poèmes où les sensations auditives aient leur place... Même si lui n'entend pas les bruits extérieurs. "La musique est un cri qui vient de l'intérieur...", celle des "Trompettes de la renommée"... bien embouchées
Et c'est parce que là...il serait mort !  Fantôme célèbre, tout mou, tranquillou. Ça se passe là-haut, sans lui, sous elle, de plus en plus vieille, accroupie, regrettant amèrement de l'avoir laissé tout frustré, parce qu'il l'aime, il le dit "mon amour".
Et les deux derniers vers les font rajeunir tous les deux ! Retour en arrière. Lui, il  sort de terre, elle, elle  est jeune ( très).  Ouf ! ce n'était qu'un cauchemar !  "Demain...demain...C'est aujourd'hui que vous devez m'aimer..."
  Où l'on retrouve le carpe diem, l'injonction impérative pressante : la vie est courte ! .    
 
 Exercice de réécriture, à tendance explicative, en prose, sur l'ode "à Cassandre"                
Le poète, un peu nerveux, pressé, avec une certaine désinvolture, conduit la jeune fille, "Mignonne" allégorie, au jardin afin qu'elle puisse vérifier en sa compagnie ce qu'ils savent tous les deux, à savoir que la vie d'une fleur est très courte...Or le vers 6 nous apprend qu'elles ont un point commun : "le teint"; "pareil", l'outil comparatif rime avec le "Soleil", en majuscule. Celui qui détruit le teint, en cas d'exposition abusive...
A la deuxième strophe, l'antistrophe, ils sont déjà arrivés.
Et il met la "Mignonne", un peu agacé, qui sait... au début du vers 8, face à l'évidence : "Voyez !" Le spectacle n'est pas beau à voir, comme on pouvait s'y attendre. Et ça s'est passé si vite ! Sur le lieu même de la manifestation de sa beauté. Hélas ! trois fois. La coupable, c'est la Nature, l'humaine nature, dont le temps destructeur est le maître. Il l'invoque au présent de vérité générale : c'est incontestable.  
La conjonction de coordination "donc", ouvre la troisième strophe, l'épode. Le poète conclut ce qui apparaît a posteriori comme un raisonnement. Froide conclusion pour promesse de plaisir .
"Si vous me croyez"...Il l'invite, sous la forme d'une hypothèse rhétorique à confirmer la leçon qui vient de lui être administrée... elle ne peut pas ne pas se ranger à son avis, la"mignonne", interpellée pour la troisième fois, à la rime, faisant écho avec "fleuronne". La fleur est devenue verbe. Son sujet "votre âge" indique combien la question du temps est cruciale. La leçon ...une injonction à faire sien  le principe épicurien du "carpe diem", qui conseille de "cueillir le jour". En ce qui la concerne, elle doit se cueillir elle-même, en belle fleur qu'elle est : "Cueillez, cueillez votre jeunesse..." et offrez-la moi de la même façon que la rose ouvre seule ses pétales et les offre au regard ardent du Soleil ( ce qui va la détruire) avant de devenir laide...Et le temps on l'a déjà dit plusieurs fois, passe si vite et il corrompt/salit/enlaidit.
               Le topos de l'amour exclusif des "premières fois".  
                   En principe...elle devrait avoir compris !   
                   Un poème cousu de fil blanc, efficacité  ! 
Viens avec moi, on va voir ensemble si la rose qui s'est ouverte ce matin, est toujours aussi belle ce soir. Au fait tu lui ressembles. "Qu'est-ce que t'es belle !"
Oh ! Mon dieu tu as vu ! la rose est fanée ! Quelle tristesse, mais c'est la vie, on le sait bien ! 
(Je ne lui dis pas, mais ce sera pareil pour elle...J'ai été assez clair, je crois. Vous l'avez bien compris, vous !) 
Bon ! Finissons-en ! Tu peux me croire, mignonne, profite...pendant que tu es jeune et belle !  Suis-moi, offre-toi à mes ardeurs, brûle, altère pour moi,  ta beauté, ta jeunesse, ta pureté... Je vais adorer...
                     cf "Je viendrais boire tes 20 ans" de Georges Moustaki
     
     

 

 

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