Notes sur l'évolution de l'humanité vue par Teilhard de Chardin, prises dans un texte, en lien, de Gérard Donnadieu

Publié le par Claire (C.A.-L.)

                                                        Préalable
   Savoir avant d'aller plus loin que la pensée de TdC repose sur un choix existentiel,
                celui de sa foi au Christ ressuscité de la tradition chrétienne :
                                       Il articule savoir scientifique et foi  
 
                                    Pas à pas, de seuil en seuil                                   

                                               1. la cosmogenèse

En amont de l'apparition du vivant, Teilhard  de Chardin postule que dans la matière elle-même,
sous sa forme originelle des particules élémentaires constituant l'Univers,
existerait comme une sorte de "dedans psychique"
poussant ces particules à s'agréger entre elles pour atteindre un niveau plus élevé de complexité, et donc de conscience.
Il écrit, dans L'Avenir de l'Homme : "Il semble … que la substance cosmique soit portée par une sorte d'attraction particulière qui lui fait à chaque instant saisir de préférence, dans le jeu des grands nombres où elle se trouve engagée, toutes les occasions de devenir plus complexe, et ainsi de se libérer davantage".
 la "pré-vie", l'ébauche d'une conscience.
D'où son concept d'esprit-matière, qui s'oppose au déterminisme positiviste.
Au plus intime de la matière, qui n'est pas que "matérielle",  des quantons, des particules élémentaires qui se présentent sous trois formes :   
*de corpuscules matériels localisables (matière)
MAIS aussi * de champs électromagnétiques à présence constante ( énergie)
                   * et d'une fonction mathématique de base qui  "informe" de la probabilité d'une présence  
E = mc² la relation transmutable entre  Matière et Energie ne permet pas seule de comprendre le fonctionnement du système des particules élémentaires.
         Elles gardent le "souvenir" de leurs interactions passées -états intriqués-
                   et se comportent ensemble comme constituant un "Tout".
                         La base ultime est un logos, une structure mathématique
Le mathématicien et informaticien américain John Archibald Wheeler :
IT FROM BIT (TOUT DECOULE DE L’INFORMATION)
          que le philosophe Jean-Pierre Dupuy traduit également par
                                              "Au commencement était l'information".
Ce rôle de l'information s'observe des premiers niveaux d’organisation du vivant, jusqu'aux  organismes supérieurs.
Ainsi, au sein de tous les systèmes complexes, qu'ils soient matériels, vivants ou artificiels, les échanges de matière et d’énergie supposent toujours l’intervention d’un troisième terme : l’information. 
La phénoménologie de TdC s'inscrit dans un cadre de plausibilité scientifique faisant appel à la seule raison humaine. 
Mais c'est à partir de là qu'un changement s'opère et que TdC, le paléontologue, laisse aussi  parler sa foi chrétienne. 
 
2.La formation de la noogenèse ou l'étape de l'interconnexion des consciences
 
                    Sensible à la durée de l'histoire humaine, TdC extrapole.
 
L’humanité réalise son développement au début par simple expansion territoriale,
jusqu’à occuper la totalité des terres émergées,
La mutation néolithique  voit l’invention :
*de l’agriculture et de l’élevage,
* puis invention de  la cité-Etat
* et pour finir des empires et des nations.

A partir de la période contemporaine, la Terre se resserre sur elle-même, car il y a des hommes partout. "Ils ne peuvent plus, comme autrefois, se répandre dans les espaces vides de la Terre. Si bien que, pour survivre, ils n'ont plus qu'une solution : s'organiser". 

Créer encore plus d'organes communs, se collectiviser, s'unifier, se fondre les uns dans les autres.
                     Ce grand mouvement de socialisation, c'est l'évolution qui continue. 
                                            L'évolution de tous les hommes ensemble.
              Ce que TdC appelle la planétisation,
avec comme avatar la globalisation/mondialisation sous ses différentes faces (économique, financière mais aussi écologique et politique).
Devenue collective et mondiale grâce aux technologies modernes de la communication l'interconnexion des consciences a vocation à se poursuivre au sein d'une même couche pensante,
englobant désormais la totalité de l'humanité.
 A partir du franchissement du pas de la pensée réfléchie avec l'homo sapiens, l'évolution a changé de régime :
de biologique, elle devient "socioculturelle" avec l'émergence de trois grands types de systèmes : 

* les systèmes sociaux débordent toutes les réalisations des sociétés animales : Tant par le nombre des éléments englobés (les individus humains) que par la diversité et la richesse des relations entre ces éléments (avec le rôle clef joué par le langage verbal et écrit)

* les systèmes artificiels dont l'invention de l'outil est la première manifestation. Chez l'homme, mammifère faiblement spécialisé au plan somatique, l'évolution a travaillé essentiellement sur le système nerveux central et non sur la recherche d'adaptation des autres organes. La puissance de pensée de son cerveau lui a alors permis d'inventer l'outil et il est devenu le "spécialiste de la non spécialisation", c'est-à-dire capable, grâce à des prothèses artificielles, d'explorer toutes les spécialisations animales sans s'emprisonner dans aucune.

             Et il communique sur toute la terre  grâce à des réseaux électroniques 

Désormais, l'outil a cédé la place à des systèmes artificiels, composés d'éléments matériels inertes soigneusement agencés entre eux, et dont la complexité commence à se rapprocher de celle du vivant. Mais ces systèmes artificiels sont toujours utilisés en symbiose avec l'homme lui-même; ce sont des systèmes homme/machine.

                         "l'artificiel n'est rien d'autre que du naturel hominisé".

* les systèmes symboliques, qui sont au coeur de l'évolution de l'espèce humaine,  purement abstraits, immatériels, construits à partir du langage, s'échangent aujourd'hui sur Internet à la vitesse de la lumière.  A l'origine,un noyau religieux composé de mythes, de rites et d'interdits se diversifie puisqu'on peut y ranger la science, la philosophie, le droit, la littérature, l'art, etc. C'est ainsi que Mircea Eliade, a pu écrire :"Toute l'humanité sort du religieux".

C'est de la mise en symbiose de ces trois types de systèmes que résulte l'émergence de la noosphère, un "second seuil de la réflexion", collectif,
                         "le pas de la co-réflexion" 
                                            Pour franchir ce pas,
il aura  fallu que l'être humain soit animé d'un véritable sentiment d'amitié pour ses semblables,
qu'il agisse,  "sous l'influence d'une sorte de "gravitation" interne, qu'il soit attiré vers le haut, par le dedans".
                           Attraction, amour...une sorte d’énergie cosmique 
                                  "Retracer l'Evolution de l'amour"
L'amour, prolongement humain des énergies à l'œuvre dans le cosmos, puis dans le vivant, qui donne un sens à l'homme, en le sur-personnalisant. .
Un amour qui pousse à la création d'une humanité unifiée au sein de laquelle chaque personne conservera son identité et se trouvera même sur-exister comme centre de relations avec le Tout et ses éléments. 
 
        Pour lui, donc, en résumé, la formation de la noosphère n'est qu'une étape
qui nous achemine vers un ultrahumain, règne de l'amour oblatif et de l'union personnalisante.
 
     3. Dernier seuil critique, celui de la christogenèse :
                      "le pas de l'ultra-réflexion" 
Et cet "ultra-humain" culmine lui-même en un Point Oméga dans lequel TdC voit la figure théologique du Christ Universel.
 Faire entrer la part réconciliée de l'Humanité, celle qui a accueilli l'amour divin,
dans Oméga identifié au Christ récapitulateur et divinisateur de saint Paul et de saint Jean.
                        Un Christ qui assume ainsi une dimension cosmique. 
Le point Oméga, découle d'une hypothèse raisonnable, mais qui tire d'abord son fondement de la révélation chrétienne.
Pour TdC la finalité de l’évolution procède de ce point Oméga qui joue pour l’évolution une fonction d'attraction universelle. Le christianisme constitue pour lui la figure la plus achevée des systèmes symboliques.
Il renouvelle "la vieille et traditionnelle idée de révélation".
En identifiant le Christ au Point Oméga, Teilhard va alors tirer de nouveaux attributs pour ce Christ :  Cosmique, Attracteur, Evoluteur, Energie, Unificateur, Universel.
                     Le  Christ de TdC agit par la force de la douceur et de l'amour.
Les créatures gardent leurs marges d'autonomie et de liberté, quitte à en faire un mauvais usage.  "Dieu à proprement parler ne fait pas, mais fait que les choses se fassent".
Dans son ouvrage Lumière du monde , interrogé sur le sens à donner aujourd’hui à la résurrection du Christ, Benoît XVI répond  : "[Dieu] a pu créer, à travers la résurrection, une nouvelle dimension de l’existence. Il a pu, au-delà de la biosphère et de la noosphère, comme le dit Teilhard de Chardin, créer encore une nouvelle sphère dans laquelle l’homme et le monde ne font qu’un avec Dieu". 
 

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