Sur la tolérance intolérante de Voltaire, avec comme lui la morale mais...avec moins d'ironie

Publié le par Claire (C.A.-L.)

 Sur la tolérance intolérante de  Voltaire, avec comme lui la morale mais...avec moins d'ironie
                  
                    Les exemplaires papier qui  font circuler les devises
      Quelles sont ces quelques pages  qui créent ainsi une aussi furieuse appétence ?
Qui  mettent en branle, comme un premier jour de soldes, une foule de gens aiguillonnés par le désir ardent, irrépressible d'ouvrir leur porte-monnaie,
afin de tenir enfin, de posséder, dans leurs mains fébriles, une sorte de ...je ne sais pas moi, de ...viatique... 
                Que possèdent-ils donc ? Doit-on dès lors pousser un cocorico ? 
1. Dans les kiosques, ( à l'extérieur) Le dernier numéro de Charlie Hebdo  : 7 millions d'exemplaires vendus --succès dû aux médias--
2. Dans les librairies, ( à l'intérieur) le "Traité sur la tolérance" de Voltaire considéré comme un  best - seller au même titre que tous les livres qui concernent la tragique actualité  !  
Il est en cours de réimpression.
                                            
--succès dû à l'Ecole : Tous ceux qui ont passé le bac de français un jour ont eu à présenter sur leur liste de textes,  Candide  en extrait ou en oeuvre complète, (Je connais des profs qui le traitent tous les ans depuis 30 ans)   et la "Prière à Dieu " qui y a toujours une place de choix, (que ce soit dans les établissements publics ou confessionnels--). 
Voltaire l'a écrit après le procès qui a conduit le huguenot Jean Calas,à sa condamnation à mort et à  son exécution, le 10 mars 1762. Le fils aîné de ce dernier s'est suicidé alors qu'il venait de se convertir  au catholicisme : la famille Calas, protestante, se retrouve alors accusée d'homicide volontaire ! Jean Calas plaidera son innocence jusqu'à sa mort. Suite à un nouveau procès, 3 ans plus tard, la famille Calas sera enfin réhabilitée.  
                                                      Méthode 
Contre la folie meurtrière qui rend les hommes malheureux, les armes de la morale voltairienne : l’humour et l’ironie; la  satire, le rire pour susciter l'indignation avec des personnages servant de contre-exemples et une mise en scène sobre et efficace.
                               A combattre : la propagande et l' intolérance religieuse
     Voltaire y confronte deux grandes religions monothéistes (catholiques et protestants)qui font du prosélytisme. Il construit un apologue destiné à faire comprendre aux lecteurs que la prise de  conscience de notre misère humaine et devrait nous encourager à la tolérance et à la fraternité humaine universelle.
                   Oui, les chrétiens sont intolérants : la preuve
De même la même façon qu'une grammaire officielle n'éradique pas le patois qui fait partie intégrante de la richesse et de la diversité de la langue "officielle", celle qui se trouve légitimée dans les grammaires et les dictionnaires, de la même manière il est absurde de condamner les hérésies.
Or c'est bien cet absurde que réalisent les chrétiens quand ils se réfèrent à un seul dogme. Ce qui les conduit à user et abuser du seul argument, forcément caricatural qui ,vaille alors, à savoir celui d'autorité que Voltaine invalide, entre autres, grâce au procédé de l'antiphrase, le support de l'ironie. 
Voltaire représente l'évidence du  bon sens face à des contre exemples que sont les personnages butés, fous, ridicules qui semblent dialoguer.     
                                  Point n'est besoin d'une argumentation raisonnée
   Le texte de Voltaire "De la tolérance universelle" (extrait)
      Il ne faut pas un grand art, une éloquence bien recherchée, pour prouver que des chrétiens doivent se tolérer les uns les autres.
Je vais plus loin : je vous dis qu'il faut regarder tous les hommes comme nos frères. Quoi! mon frère le Turc ? mon frère le Chinois ? le Juif ? le Siamois ?
Oui, sans doute; ne sommes-nous pas tous enfants du même père, et créatures du même Dieu ? (...)
 "Ce petit globe, qui n'est qu'un point, roule dans l'espace, ainsi que tant d'autres globes; nous sommes perdus dans cette immensité.
L'homme, haut d'environ cinq pieds, est assurément peu de chose dans la création. Un de ces êtres imperceptibles dit à quelques-uns de ses voisins, dans l'Arabie ou dans la Cafrerie : (Les anciens géographes donnaient le nom de Cafrerie à toute la partie méridionale de l'Afrique qui s'étend d'une mer à l'autre, au Sud de la Guinée et de la Nigritie)
"Ecoutez-moi, car le Dieu de tous ces mondes m'a éclairé : il y a neuf cents millions de petites fourmis comme nous sur la terre, mais il n'y a que ma fourmilière qui soit chère à Dieu;
toutes les autres lui sont en horreur de toute éternité;
elle sera seule heureuse, et toutes les autres seront éternellement infortunées."
Ils m'arrêteraient alors, et me demanderaient quel est le fou qui a dit cette sottise. Je serais obligé de leur répondre :
"C'est vous-mêmes."
Je tâcherais ensuite de les adoucir; mais cela serait bien difficile.
      Je parlerais maintenant aux chrétiens, et j'oserais dire, par exemple, à un dominicain inquisiteur pour la foi :
"Mon frère, vous savez que chaque province d'Italie a son jargon, et qu'on ne parle point à Venise et à Bergame comme à Florence. L'Académie de la Crusca a fixé la langue; son dictionnaire est une règle dont on ne doit pas s'écarter, et la Grammaire de Buonmattei est un guide infaillible qu'il faut suivre; mais croyez-vous que le consul de l'Académie, et en son absence Buonmattei, auraient pu en conscience faire couper la langue à tous les Vénitiens et à tous les Bergamasques qui auraient persisté dans leur patois ?"
L'inquisiteur me répond :
"Il y a bien de la différence; il s'agit ici du salut de votre âme : c'est pour votre bien que le directoire de l'Inquisition ordonne qu'on vous saisisse sur la déposition d'une seule personne, fût-elle infâme et reprise de justice; que vous n'ayez point d'avocat pour vous défendre; que le nom de votre accusateur ne vous soit pas seulement connu; que l'inquisiteur vous promette grâce, et ensuite vous condamne; qu'il vous applique à cinq tortures différentes, et qu'ensuite vous soyez ou fouetté, ou mis aux galères, ou brûlé en cérémonie.
Le Père Ivonet, le docteur Cuchalon, Zanchinus, Campegius, Roias, Felynus, Gomarus, Diabarus, Gemelinus, y sont formels et cette pieuse pratique ne peut souffrir de contradiction." (...)   Voltaire - Traité sur la tolérance (1763)
                                                              Nota Bene-Additif
     La morale de Voltaire est influencée par  les écrits de Locke, le philosophe anglais qui affirme que le pacte social ne supprime pas les droits individuels. Pour lui c’est l’expérience seule qui nous instruit. L'expérience : c'est le certain, l'utile et le vérifiable. Et donc l'homme n'a qu'une tâche, celle de prendre en main sa destinée, d’améliorer sa condition, d’assurer sa vie par la science, l’industrie, les arts etc  Pour pouvoir vivre ensemble et pour que chacun y trouve son compte, il faut une convention juste et universelle avec des aménagements particuliers dans chaque pays. Tout ce qui est utile à la société est utile au bien de chacun. cela permet de rendre les gens vertueux, par intérêt et aussi parfois par sentiment.  :
Voltaire qui se refuse à l’athéisme - Il pense qu'il existe un grand horloger, un géomètre, qui préside à "l'Univers" si bien ordonné qu'est le nôtre - critique  l'idée de providence. Si Dieu est bon, grand et juste et qu'il peut "pro-videre",  "voir avant",  pourquoi laisse-t-il le mal exister ?
Pour lui les catholiques et les protestants sont des fanatiques intolérants et injustes. Il exercera contre eux un continuel persiflage. Par ailleurs, il désapprouvera aussi le discours de JJ Rousseau, - sur lequel il ironisera abondamment- "les fondements de l'inégalité"...
Un petit exemple, voici ce qu'il envoie à Rousseau le 30 août 1755 : « J’ai reçu, monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain, je vous en remercie. [...] On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes ; il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. (...)» 
Il a cherché à mobiliser l’opinion publique européenne avec des pamphlets, des tracts. 
Il a aussi misé sur le rire pour susciter l’indignation : l’humour, l’ironie deviennent des armes contre la folie meurtrière qui rend les hommes malheureux.
Il valait donc mieux filer doux et droit et éviter d'être mal vu par Voltaire si on ne souhaitait pas se faire publiquement brocarder. On appelle cette manière de faire  "l'esprit français".
         On appelle ça aussi un "cri de guerre"en tryptique  :  "raison, tolérance, humanité".
 
Bref ! Voltaire, franchement je l'aime bien. Il m'a fait sourire et à titre très personnel, il m'a permis de dépasser le 14/20, d'abord au bac puis aux concours de l'enseignement, mais  on ne peut pas, au risque de se prendre les pieds dans le tapis, c'est-à-dire de faire plus de mal que de bien, parce que Voltaire n'est pas quelqu'un  d'apaisé,  se prévaloir vraiment uniquement  de lui pour dénoncer le fanatisme et l’intolérance " ces maladies sombres et cruelles qui gagnent comme la petite vérole" , comme le dit si bien le Dictionnaire philosophique, 1764, article Fanatisme
 

 

L'œuvre voltairienne fait suite au procès, à la condamnation à mort et à l'exécution de Jean Calas, père de famille huguenot, le 10 mars 1762.

Jean Calas appartient à une famille protestante à l'exception de sa servante, catholique, et d'un de ses fils, converti au catholicisme.

À la suite du suicide de son fils aîné, la famille Calas se retrouve faussement accusée d'homicide volontaire.

La famille est mise aux fers et le père, à la demande populaire, et sur ordre de 13 juges, est condamné à mort malgré l'absence de preuve. Le contexte historique est alors encore fortement marqué par les guerres de religions françaises des siècles précédents.

À la suite de l'exécution de Jean Calas, qui plaide son innocence jusqu'à sa mort, le procès est rejugé à Paris et, le 9 mars 1765, la famille Calas est réhabilitée.

Publié dans Notes du quotidien

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