Atelier du 9 décembre autour d' "Après le déluge" d'Arthur Rimbaud

Publié le par Claire (C.A.-L.)

C'est décidé, nous finirons l'année avec les Illuminations , de Rimbaud (1854-1891), ou de Germain Nouveau...

"Après le déluge" in Illuminations  ( 1872-74)

mais avec, en apport, "Le déluge"  (1823) d'Alfred de Vigny (1797-1863)

Donc chronologiquement

*Le déluge biblique, qui montre la puissance divine, la régénération possible de l'humanité après le chaos, dans l'alliance acceptée entre l'homme pécheur et un Dieu patient, avec Noé, l'homme de foi, comme témoin de la réaction divine 

*puis la vision vignienne du déluge...(dont voici un extrait) 

(...)L’océan apparut. Bouillonnant et superbe,

Entraînant les forêts comme le sable et l’herbe,

De la plaine inondée envahissant le fond,(...)

Ce fut alors qu’on vit des hôtes inconnus

Sur des bords étrangers tout à coup survenus ;

Le cèdre jusqu’au nord vint écraser le saule ;

Les ours noyés, flottants sur les glaçons du pôle,

Heurtèrent l’éléphant près du Nil endormi,

Et le monstre, que l’eau soulevait à demi,

S’étonna d’écraser, dans sa lutte contre elle,

Une vague où nageaient le tigre et la gazelle.

En vain des larges flots repoussant les premiers,

Sa trompe tournoyante arracha les palmiers ;

Il fut roulé comme eux dans les plaines torrides,

Regrettant ses roseaux et ses sables arides,

Et de ses hauts bambous le lit flexible et vert,

Et jusqu’au vent de flamme exilé du désert.(...)

Et la fin où Dieu se détourne de ceux qu'il a élus, ici Emmanuel et Sara et les laisse seuls  :

— Recevez-la, mon père, aux voûtes éternelles ! »

Ce fut le dernier cri du dernier des humains.

Longtemps, sur l’eau croissante élevant ses deux mains,

Il soutenait Sara par les flots poursuivie ;

Mais, quand il eut perdu sa force avec la vie,

Par le ciel et la mer le monde fut rempli,

Et l’arc-en-ciel brilla, tout étant accompli.

Écrit à Oloron, dans les Pyrénées, en 1823.

 

et  "l'idée de déluge" de Rimbaud, "Après le déluge"

Aussitôt après que l’idée du Déluge se fut rassise,

Un lièvre s’arrêta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes et dit sa prière à l’arc-en-ciel à travers la toile de l’araignée.

Oh les pierres précieuses qui se cachaient, — les fleurs qui regardaient déjà.

Dans la grande rue sale les étals se dressèrent, et l’on tira les barques vers la mer étagée là-haut comme sur les gravures.

Le sang coula, chez Barbe-Bleue, — aux abattoirs, — dans les cirques, où le sceau de Dieu blêmit les fenêtres. Le sang et le lait coulèrent.

Les castors bâtirent. Les « mazagrans » fumèrent dans les estaminets.

Dans la grande maison de vitres encore ruisselante les enfants en deuil regardèrent les merveilleuses images.

Une porte claqua, et sur la place du hameau, l’enfant tourna les bras, compris des girouettes et des coqs des clochers de partout, sous l’éclatante giboulée.

Madame *** établit un piano dans les Alpes. La messe et les premières communions se célèbrèrent aux cent mille autels de la cathédrale.

Les caravanes partirent. Et le Splendide Hôtel fut bâti dans le chaos de glaces et de nuits du pôle.

Depuis lors, la Lune entendit les chacals piaulant par les déserts de thym, — et les églogues en sabots grognant dans le verger. Puis, dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c’était le printemps.

— Sourds, étang, — Ecume, roule sur le pont et par-dessus les bois ; — draps noirs et orgues, — éclairs et tonnerre, — montez et roulez ; — Eaux et tristesses, montez et relevez les Déluges.

Car depuis qu’ils se sont dissipés, oh ! les pierres précieuses s’enfouissant, et les fleurs ouvertes ! — c’est un ennui ! et la Reine, la Sorcière qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu’elle sait, et que nous ignorons.

 

 

Déroutant et passionnant avec ses 13 "versets" et ses nombreux niveaux de lecture (personnelle/historique/symbolique...) qui s'interpénètrent. Les images se chargeant de sens nouveaux à chaque verset.

Rejet du monde ancien, de la religion catholique, des sottises qu'on apprend aux enfants, de la bourgeoisie, du pouvoir politique, des grands boulevards haussmaniens, de la répression sanglante de la Commune... et des églogues pastorales.

 

L'appel à un nouveau déluge, en rythme binaire ascendant pour cause d'ennui rampant. "Ah ! Que ma quille éclate..."

 

Et la pirouette de la fin La Reine d'Alice au pays des merveilles ( écrit par L Carrol en 1865 et traduit en français en 1869/parodie des poèmes victoriens + défi lancé à la logique) et l'ambiguïté des sorcières de Macbeth et leurs propos à double sens qui refusent de livrer leur pseudo secret...accepter que les images et les idées contradictoires ne le soient qu'en apparence, qu'elles se révèlent vraies...dans un nouveau monde, avec une nouvelle poésie postdiluvienne avec un enfant poète qui sort de la maison en claquant la porte et en "tourn(ant) les bras" commence avant tout le monde à créer un monde où il entre en connivence et met en mouvement les girouettes et les coqs

etc.etc.

 

 

photo de portable juillet 2014 au Parc Monceau

photo de portable juillet 2014 au Parc Monceau

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article