"l'Iliade" d'Homère : le cas Achille...de quel "héros" s'agit-il ?

Publié le par Claire (C.A.-L.)

                               "Le cas Achille : une tête brûlée"

        Concentré d'énergie : modèle   pour αριστοκράτης (aristocratès)

      Poème de la guerre ou « poème de la force », selon Simone Weil

  L'Iliade, autrement dit "l'épopée d'Ilion" -- ou "l'épopée de Troie" qui est l'autre nom d'Ilion -- a été composée entre le IXe et le VIIIe siècle avt JC, et  comporte 24 chants qui totalisent 15 337 vers pour dire 6 jours et 6 nuits, soit une semaine "de travail"...( dans l'AT "Et le 7ème jour Dieu se reposa"). 

Quand commence le poème la guerre est presque finie. Ce qui va faire l'objet du texte, ce sont des événements qui se sont produits sur une cinquantaine de jours et qui se concentrent autour de la colère que ressent Achille envers Agamemnon.

C'est le moment où Achille reprend les armes afin de venger son ami Patrocle  ("Mῆνιν ... Ἀχιλῆος").( "Mènin Achilèos"...La colère d'Achille)

 

                                   Les forces en présence

 

GRECS d'un côté : Achille, roi des Myrmidons,  sera tué par Pâris, qui l'atteindra à son seul point de vulnérabilité;  Patrocle, ami d'Achille; Agamemnon, roi de Mycènes, chef de l’expédition grecque; Ménélas, roi de Sparte et frère d'Agamemnon; Hélène, épouse de Ménélas; Ulysse, roi d’Ithaque; Nestor, roi de Pylos; AjaxCalchas, devin(...) et les rois d’Argos et de Crète (...)

 

TROYENS de l'autre : Hector, le fils aîné du vieux Priam, roi de Troie; son frère  Pâris, séducteur d'Hélène; époux d' Andromaque; Hécube, femme de Priam; frère de Cassandre; Énée, fils d’Anchise; Sarpédon, chef des Lyciens; Laocoon, prêtre de Poséidon (...)

 

L'instance narrative qu'est l'aède  passera sous silence les neuf ans qui précèdent les événements et l'issue de cette guerre dont le prétexte a été l'enlèvement d'Hélène, l'épouse d'un roi grec par un troyen.

                                                         ***

             Ménélas, Achille et les Grecs contre Pâris, Hector et les Troyens 


                                                      ***  

Mῆνιν ἄειδε θεὰ Πηληϊάδεω Ἀχιλῆος/

 Chante, déesse, la colère d'Achille, fils de Pélée,/

οὐλομένην, ἣ μυρί᾿ Ἀχαιοῖς ἄλγε᾿ ἔθηκε,/
    colère fatale qui causa mille souffrances aux Achéens,/

πολλὰς δ᾿ ἰφθίμους ψυχὰς Ἄϊδι προΐαψεν/ ἡρώων,
  qui précipita dans l'Hadès tant d' âmes vaillantes/ de héros,

αὐτοὺς δὲ ἑλώρια τεῦχε κύνεσσιν/ οἰωνοῖσί τε πᾶσι·
   dont les corps furent la proie de tant de chiens/ et d'oiseaux,

Διὸς δ᾿ ἐτελείετο βουλή,/
            accomplissant ainsi le projet de Zeus/

ἐξ οὗ δὴ τὰ πρῶτα διαστήτην ἐρίσαντε/
           lorsqu'après s'être disputés, pour la première fois, se divisèrent/

Ἀτρεΐδης τε ἄναξ ἀνδρῶν καὶ δῖος Ἀχιλλεύς./(...)                                    
            l'Atride*, protecteur des hommes, et le divin Achille./(...)

 

 *Cet Atride, c'est "le roi des rois", le grec Agamemnon, le frère du roi bafoué par un troyen, qu'est Ménélas

 

La figure d'Achille, prêt à sacrifier une longue vie à une gloire impérissable, résumerait parfaitement le modèle aristocratique des Grecs anciens. Henri-Irénée Marrou, dans son Histoire de l’éducation dans l’Antiquité (1948), explique ainsi que, " Beaucoup plus que l’Ulysse du Retour, c’est la noble et pure figure d’Achille qui incarne l’idéal moral du parfait chevalier homérique ; il se définit d’un mot : une morale héroïque de l’honneur. C’est dans Homère que chaque génération antique a trouvé ce qui est l'axe fondamental de cette éthique aristocratique : l'amour de la gloire. »


Deux types de gloires, d’honneurs (τιμή / timè) sont "personnalisées" dans l’Iliade :

l’honneur du chef, celui d’Agamemnon, le rang social ;
l’honneur du guerrier, la gloire personnelle, celle que recherche Achille.


L’Iliade voit le triomphe de la gloire vantée par Achille,

κλέος ἄφθιτον ( kléos áphthiton), la « gloire impérissable »

 qui s’acquiert par une « belle mort », jeune, sur le champ de bataille.

      C'est plus tard, que cet amour de la gloire personnelle sera transformé.

Ecoutons ces quelques mots de Tyrtée, le poète spartiate, qui chante la gloire immortelle qu'il y a à défendre sa patrie : pour le guerrier mort ainsi, « jamais sa noble gloire ne périt, ni son nom, mais bien qu’il demeure sous terre, il est immortel » (9 D, 27 sq., trad. C. Patro).

               Mais dans l’Iliade, Achille n’est pas un guerrier patriote.

          Quand il reprend les armes, ce n'est pas pour les Grecs qu’il combat.

Son départ pour Troie, ses combats, sa colère et sa décision de reprendre les armes sont profondément individuels, voire égoïstes, dépendants d'une interprétation morale, psychologisante.                  

Et quand il décide d’affronter Hector, sachant qu’il mourra ensuite s’il le fait, ce n’est pas pour les Grecs mais pour venger Patrocle. 


L'Iliade si l'on s'en réfère à ce qui sera plus tard  l'idéal chevaleresque n'est donc pas représentatif du tout,  de ce qu'on peut appeler le code héroïque

  S'il y avait un "cosmos" bien ordonné il a basculé  dans la sauvagerie et le chaos.

Ainsi, selon Jean-Pierre Vernant (Entre mythe et politique, Seuil, 1984), les héros grecs et troyens  de l'épopée, ne considèrent pas l’adversaire comme le partenaire d’un combat loyal : c'est une proie. (cf la mutilation sauvage par Achille du corps d’Hector.)  A la fin de l'épopée, Priam vient réclamer le corps de son fils, Achille, prend peut-être alors conscience, dans une sorte de possibilité qui lui serait offerte de rédemption, des limites du monde héroïque dans lequel il se meut. 

 

 



             

Achille reçoit ses armes des mains de sa mère,  Thétis. Détail d'une hydrie attique à figures noires, VI avt J-C, musée du Louvre, cf Wikipedia

Achille reçoit ses armes des mains de sa mère, Thétis. Détail d'une hydrie attique à figures noires, VI avt J-C, musée du Louvre, cf Wikipedia

Publié dans Notes de lecture

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