Le "Sonnet en X", de Stéphane Mallarmé : croisement de genre

Publié le par Claire (C.A.-L.)

  Pour se remettre dans le bain  poétique par les modèles et  "limer sa cervelle à celle d'autrui"...

Deux articles très utiles à consulter, celui d' Abastado Claude, dont voici le titre et le lien :

1) "Lecture inverse d'un sonnet nul". In: Littérature, N°6, 972. web/revues/home/prescript/article/litt_0047-4800_1972

Ainsi que celui de Léon-Dufour Brigitte. dont voici également le titre et le lien

 
2) "Mallarmé et l'alphabet". In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1975, N°27. pp. 321-343./web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1975
                                                    ----------------------------------
Par curiosité ci-dessous lisez la première version du sonnet. Les passages en indigo sont ceux qui ont été transformés. En noir tous les mots repris dans la version définitive. 

        Sonnet allégorique de lui-même

 

        La Nuit approbatrice allume les onyx
        De ses ongles au pur Crime, lampadophore,
        Du Soir aboli par le vespéral Phoenix
        De qui la cendre n'a de cinéraire amphore
        
        Sur des consoles, en le noir Salon : nul Ptyx
        Insolite vaisseau d'inanité sonore,
        Car le Maître est allé puiser de l'eau du Styx
        Avec tous ses objets dont le Rêve s'honore.
        
        Et selon la croisée au Nord vacante, un or
        Néfaste incite pour son beau cadre une rixe
        Faite d'un dieu que croit emporter une nixe
        
        En l'obscurcissement de la glace, décor
        De l'absence, sinon que sur la glace
encor
        De scintillations le septuor se fixe.

 

                                       Version définitive  du "Sonnet allégorique de lui-même" devenu "Sonnet en X" (avec un jeu de reflet, qui fait que la croix de l'X, est dessinée dans la disposition des rimes : la rime masculine des quatrains devient avec la même sonorité rime féminine dans les tercets; et c'est l'inverse pour la rime féminine des quatrains qui devient rime masculine dans les tercets. ) 

 

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor

Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor

   Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe 

De scintillations sitôt le septuor.

 

                                             Quelques mots sur la forme :

 

Le sonnet est construit sur les formes masculines et féminines de 2 rimes ix et or,  au schéma à rimes croisées : abab, abab, b'b'a', b'a'b' et inversion des genres :  La rime a est masculine dans les quatrains et féminine dans les tercets, tandis que pour la rime b  c'est l'inverse, féminine dans les quatrains elle est masculine dans les tercets  

        (Rappel du schéma "classique", sur 5 rimes - abcde- abba, abba, ccd, eed) 

 

 

 

 

Alternance des rimes qui dessine formellement la croix de la lettre "X"

Alternance des rimes qui dessine formellement la croix de la lettre "X"

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article