Notes puisées dans l'essai d' Antonio Gramsci intitulé "Je hais les indifférents"

Publié le par Claire (C.A.-L.)

Notes puisées dans l'essai d' Antonio Gramsci  intitulé "Je hais les indifférents"

Avant-propos

J'aime à penser que ma pratique de la lecture active, me vient de ce bon vieux Sénèque qui, cahin-caha, m'accompagne depuis le lycée.

Sénèque, dans la deuxième "lettre à Lucilius", évoque les bienfaits de la lecture et conseille à son disciple de chercher dans les textes des sujets de méditation, même dans ceux d'auteurs qui a priori ne pensent pas comme lui

c'est l'idée du profit ou du butin du jour, à cuisiner, à digérer...

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Les mots de Sénèque (en italiques) et une traduction (personnelle) juxtalinéaire

"et cum multa percurreris, et de plusieurs pages parcourues, unum excerpe quod illo die concoquas, choisis une pensée que tu digéreras ce jour-là.

"Hoc ipse quoque facio Je pratique moi-même ainsi, ex pluribus quae legi, de tout ce que j'ai lu, aliquid apprehendo, j'extrais quelque chose. Hodiernum hoc est quod apud Epicurum nanctus sum, Aujourd'hui, voici ce que j'ai trouvé chez Epicure...Soleo enim et in alia castra transire...En effet, j'ai l'habitude de faire également des incursions dans le camp adverse, non tamquam transfuga, non comme un transfuge, sed tamquam explorator, mais comme un éclaireur."

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Venons-en au but

Ces jours derniers je suis tombée sur un essai au titre agressif qui m'a attirée* : Pourquoi je hais l'indifférence, d'Antonio Gramsci et j'essaye de comprendre pourquoi cet auteur ( 1891-1937), cette figure de la résistance intellectuelle, philosophe et homme politique, qui a participé à la création du parti communiste italien, en 1924, qui a passé plus de dix ans de sa vie en prison, qui est mort quelques jours après sa libération, connaît actuellement un regain d'intérêt tous partis politiciens confondus, si j'ai bien interprété les choses...

Note* Dans la vie "ordinaire" la forme de relation aux autres, qu'est précisément l'agressivité, m'anéantit, mais quand elle passe par la médiation de l'écrit à visée générale, elle me galvanise et stimule ma réflexion.

L'exemplaire que j'ai sous les yeux, paru aux Editions Rivages poche, propose un texte traduit de l'italien, préfacé et annoté par Martin Rueff.

EXTRAITS

"Je hais les indifférents aussi parce que leurs pleurnicheries d’éternels innocents me fatiguent.

Je demande à chacun d’eux de rendre compte de la façon dont il a rempli le devoir que la vie lui a donné et lui donne chaque jour, de ce qu’il a fait et spécialement de ce qu’il n’a pas fait.

Et je sens que je peux être inexorable, que je n’ai pas à gaspiller ma pitié, que je n’ai pas à partager mes larmes. Je suis partisan (...) la chaîne sociale ne pèse pas sur quelques uns, en elle chaque chose qui se produit n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens.

Il n’y a en elle personne pour rester à la fenêtre à regarder alors que quelques uns se sacrifient, disparaissent dans le sacrifice;

et celui qui reste à la fenêtre, à guetter, veut profiter du peu de bien que procure l’activité de peu de gens et passe sa déception en s’en prenant à celui qui s’est sacrifié, à celui qui a disparu parce qu’il n’a pas réussi ce qu’il s’était donné pour but.
Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti.

Je hais les indifférents.

11 février 1917

(...) Comme Friedrich Hebbel je pense que « vivre c'est résister». Il ne peut y avoir seulement des hommes, des étrangers à la cité. Un homme ne peut vivre véritablement sans être un citoyen et sans résister. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme et la lâcheté, non la vie.
C’est pourquoi je hais les indifférents.
L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est le boulet de plomb pour le novateur, la matière inerte où s'enfoncent les enthousiasmes les plus éclatants, le marécage qui entoure l'ancienne cité et la défend mieux que les murailles les plus solides, mieux encore que la poitrine de ses guerriers, parce qu’il engloutit les assaillants dans ses goulées de limon, parce qu'il les décime et les décourage jusqu'à les faire renoncer parfois à leur entreprise héroïque.(...) La fatalité qui semble dominer l'histoire n'est rien d'autre que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme(...) Quand les faits qui ont mûris finissent par se déclarer... ces derniers se fâchent, voudraient échapper aux conséquences...se mettent à pleurnicher de manière pathétique, d'autres blasphèment de manière obscène, mais ...(devraient se demander) et si j'avais tenté de faire valoir ma volonté est-ce que ce qui s'est passé se serait passé ?...(...) Ils préfèrent alors parler d'échecs idéaux, de programmes qui se sont effondrés de manière définitive(...).( à suivre)

Le moins qu'on puisse dire c'est que de telles lectures ont, à mon sens, leur intérêt à l'époque démobilisatrice du "Tous pourris" et des castes politiciennes à la pensée unique et crispée.

Chacun en tant que membre de l'humaine condition a sa partie à jouer et il se pourrait que l'on ait des comptes à rendre malgré tout, même si l'idée de ce que les chrétiens appellent le jugement dernier, dans ses diverses formes et déclinaisons, semble définitivement relégué.

Publié dans Notes du quotidien

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