citations. Notes.

Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 08:50

http://www.citeaux.net/collectanea/noullez.pdf

* ** Conférence donnée en 1995. L’auteur, né à Bruxelles en 1957, est enseignant, poète et critique littéraire. 

      C’est la force des livres: ils sont les miroirs immobiles dans lesquels les temps qui passent viennent tour

à tour se mirer.

                                      Ascèse de la lecture qui recentre et dilate celui qui s'y livre.

 

« Qu’espérons-nous, nous qui lisons? », demande  Maurice Blanchot.

Il  atteste le lien entre la pratique de la lecture et l’émergence d’une espérance mystérieuse.

 

 

 Si je suis poète – ou, plus exactement, si j’espère le devenir – c’est, avouons-le, par pure contagion, puisque la seule lecture de la poésie m’a révélé le désir d’en écrire…

 

Quant au critique littéraire, il n’a d’autre ambition à son tour que de témoigner du bonheur d’avoir lu[...]

[...]  éloge du bégaiement puis[...] définition de la poésie... d’emblée ... indéfinissable...

 

               Paul CELAN, La rose de personne, Le Nouveau Commerce, 1979

 Éloge du bégaiement

S’il venait,

venait un homme,

venait un homme aujourd’hui, avec

la barbe de clarté

des patriarches∞∞: il devrait,

s’il parlait de ce

temps, il

devrait

bégayer seulement, bégayer,

toutouttoujours

bégayer

 

 [...]La Bible bégaye et, dans un premier temps, elle rend muet. Un livre bègue, une immense lallation, voilà comment nous apparaît l’Écriture aujourd’hui.

[...]À une culture éclatée, la nôtre, où le télescopage des signes a rendu vacillantes les notions mêmes de temps et d’espace, répond un ensemble de textes réputés saints dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’évite pas le morcellement, l’incohérence, la contradiction même.

 l’histoire (le temps) est convoquée par la géographie (l’espace) au sein de récits qui cherchent moins à être plausibles qu’à laisser retentir des significations liées aux lieux et à la mémoire historique. 

L’interprétation des récits se révèle dès lors toujours hasardeuse, toujours soumise à révision.

C’est la force des livres: ils sont les miroirs immobiles dans lesquels les temps qui passent viennent tour

à tour se mirer.

Lorsque des récurrences sémantiques nous assaillent en cours de lecture, rien ne dit

qu’il nous soit possible d’en venir à bout. Rapprocher les temps et les lieux ouvre donc de multiples voies.

Le désir de comprendre  bute sur l'infini des échos,  sur le bégaiement produit par ces textes, donnés comme incohérents, répétitifs, contradictoires.=>étonnement,  désordre, inquiétude et  jubilation.

 

La Bible bégaye donc, si l’on veut, et, de Moïse à Isaïe, de Jérémie à Jonas, qui tous d’une manière ou d’une autre s’avouent blessés dans leur parole, elle n’est pas affaire de beaux parleurs.

Mais elle bégaye aussi dans son propre déroulement.  anamnèse, souvent explicite, comme si la nouveauté ne pouvait s’y faire jour qu’au prix d’un ressassement infini. Quelle nouveauté ? C’est ce que je me propose

d’éclaircir un peu à présent.

La violence vient toujours d’une mutilation de la complexité, d’une réduction des données.

contre la violence de l'univocité des textes : l'entrechoquement des récits entre eux. fractures, césures. Espace entre le livre et les lecteurs. Silence. L'essentiel est toujours à dire dans le tâtonnement.

Le concept de sainteté accolé à un écrit postule une vitalité de cet écrit dans l'avenir de ses lectures

Un texte lu revient à son auteur chargé d'un sens nouveau, plus beau...

                                                        Différence entre mystère et énigme.

Une énigme se propose à nous comme l’objet d’une élucidation, l’occasion d’un travail sur la découverte d’un sens caché, mais clair... irrite ceux qui n’en ont pas la clé ou tisse entre initiés un sentiment de connivence.

Une parole mystérieuse, elle, ouvre le sens à l’infini.

Le mystère se présente à nous comme une convocation à entamer un travail sur le sens, dont on devine qu’il ne sera jamais achevé.

Parce qu’il est recherche de la beauté, fruit d’une imagination qui va au-delà du quotidien, l’art est par nature une sorte d’appel au Mystère. 

"Même lorsqu’il scrute les plus obscures profondeurs de l’âme ou les plus bouleversants aspects du mal, l’artiste se fait en quelque sorte la voix de l’attente universelle d’une rédemption. " Jean-Paul II

 

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Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 08:27

 

Le danseur de corde
            Portrait du poète en funambule 


 

                                par Jean-Michel Maulpoix.

 

Texte paru dans le numéro 46 du "Nouveau recueil", mars 1998. Dossier "Figures du poète". Repris dans "Adieux au poème", éd. José Corti, 2004.

Le poète marche sur la terre

Sur cette terre est sa vie, son paysage, son séjour et son horizon. Là est son transitoire, là se rencontrent ses semblables. Passant, passeur et passager, il s'y trouve en transit, coincé entre une naissance et une disparition dont il ne décide pas, n'ayant guère la maîtrise que de ses allées et venues. Plus ou moins hasardeuses, plus ou moins lointaines. Promeneur ou rôdeur, piéton ou paysan de Paris , le poète est un homme qui marche. En chemin dans la vie comme dans la langue, il interroge une provenance et une destination. Il répète « aller me suffit ». Il sait qu'il va mourir et prépare ses valises. La poésie est affaire de pieds, de pas comptés, de lacets élastiques et de souliers blessés.

                                         Le poète marche sur la tête

Ce mortel en transit sur la terre lorgne du côté du ciel. Il est l'homme d'un souci qui s'aggrave, d'un imaginaire qui persiste, d'une rêverie qui s'attarde, d'un questionnement qui dure. Il pense à autre chose. Marchant sur la tête, il semble délirer. On pourrait croire parfois qu'il a perdu tout « bon sens ». Écoutez-le parler tout seul! Il engage un dialogue avec les animaux, les plantes, les objets inanimés ou les êtres disparus. Il procède « avec son moi oublieux de lui-même, vers ces régions de l'insolite et de l'étrange » (Paul Celan). Il va vers l'inconnu, l'indicible ou l'incompréhensible. L'énigme le fait avancer.

« Qui marche sur la tête a en vérité le ciel pour abîme au-dessous de soi ». Autant dire que le sol se dérobe sous ses pas, ou que sur le vide même il prend appui. Poète, celui qui fait du ciel un sol, celui qui retourne et fait basculer l'horizon, celui à qui l'infini donne son impulsion. Ses questions viennent y cogner comme à une porte close.

Allant sur la terre et sur la tête, il claudique. Ses « ailes de géant » l'empêchent de marcher. Il s'y prend les pieds. Il ne sera jamais un Dieu, il n'est pas encore tout à fait un homme. « Flâneur des deux rives », il va et vient entre deux côtés, de plus en plus boiteux à mesure que le divin s'éloigne. Le pied de Baudelaire n'est pas celui de Victor Hugo. Le pied de Verlaine, comme son vers, n'est plus celui de Ronsard. Encore moins le pied léger d'Achille, ou le pied ailé de Mercure voletant entre ciel et terre.[...]

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Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 06:45

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"La novlangue" dans 1984 de Georges ORWELL. C'est la langue officielle d’Oceania, créée pour satisfaire les besoins idéologiques de l’Angsoc (pour English Socialism). Elle  doit favoriser la parole officielle et empêcher l'expression de pensées hétérodoxes ou critiques. Elle est destinée à remplacer totalement l'anglais standard un objectif fixé pour les années 2050. Son usage se répand constamment. Selon l'auteur de l'annexe fictive au roman, 1984, la novlangue utilisée en 1984 repose sur  « des éditions provisoires Newspeak Dictionary  qui contiennent encore beaucoup trop de mots inutiles et de constructions archaïques destinées à être supprimées ultérieurement. ». Ce que réalisera la 11e édition.

CARACTERISTIQUES : LEXIQUE duit pour  restreindre l'étendue de la pensée. VOCABULAIRE réorganisé en trois classes AB et C. Très peu de mots sont communs aux trois classes.Le vocabulaire A ne contient que les termes nécessaires au travail et à la vie quotidienne : manger, boire, travailler, etc. Il est formé sur des mots anciens. L'univocité des termes empêche désormais tout usage littéraire, politique ou philosophique. Le  B contient les mots composés construits à des fins politiques. Il est formé par des nom-verbes et contient une foule de  néologismes. Le  C est spécialisé. Il est entièrement composés par des termes scientifiques et techniques. GRAMMAIRE : Principes grammaticaux communs à toutes les classes lexicales. 2 particularités : l'interchangeabilité des parties du discours et la régularité (la règle grammaticale ne connaît plus d'exception).

L’idée fondamentale de la novlangue est de supprimer toutes les nuances d’une langue afin de ne conserver que des dichotomies qui renforcent l’influence de l’État. Un rythme élevé de syllabes est aussi visé, avec l’espoir que la vitesse des mots empêche la réflexion. De plus, si la langue possède le mot « bon », il est inutile qu’elle ait aussi le mot « mauvais ». On crée le concept « mauvais » en ajoutant un préfixe marquant la négation (cela donnera « inbon »). La grammaire est aussi très simplifiée ; ainsi le pluriel est toujours marqué par un s (on dit « des chevals » et « des genous ») ; les verbes se conjuguent tous de la même manière. Un verbe doit toujours dériver du nom correspondant quand il existe. [...]

  L’idée sous-jacente à la novlangue est que si une chose ne peut pas être dite, cette chose ne peut pas être pensée durablement faute de renforcement par l’échange. La question soulevée par cette supposition est de savoir si nous définissons toujours la langue ou sommes parfois « formatés » par elle. Par exemple, peut-on ressentir l’idée de « liberté » si nous ignorons ce mot ?                                                                                                                           Cette théorie est liée à l’hypothèse Sapir-Whorf*** ...>>>

 

Du nom de deux linguistes américains des années 50, Edward Sapir et Benjamin Lee Whorf, qui aboutirent à la formulation d'une thèse - référence pour le relativisme linguistique

*** expli sur le site  : 

http://www.scienceshumaines.com/index.php?lg=fr&id_article=10888  L'hypothèse Sapir-Whorf. Les langues donnent-elles forme à la pensée ? par NICOLAS JOURNET qui expliquent en gros que les hommes vivent selon leurs cultures dans des univers mentaux très distincts qui se trouvent exprimés (déterminés?) par les langues différentes qu'ils parlent. Ainsi l'étude des structures d'une langue peut-elle mener à l'élucidation de la conception du monde.  

                                       ...>>>et à la formule de Ludwig Wittgenstein :                                                                                      « Les limites de ma langue sont les limites de mon monde »                                                            . Elle fait également écho à l'ouvrage Le Cru et le Cuit de Claude Levi-Strauss.

                     Double penséeOutre la suppression des nuances, la novlangue est une incarnation de la double-pensée: capacité à accepter simultanément deux points de vue opposés et ainsi mettre en veilleuse tout esprit critique.La double signification des mots possède le mérite (pour ses créateurs) de dispenser de toutepensée speculative et donc de tout germe de contestation future. Puisque les mots changent de sens selon qu’on désigne un ami du parti ou un ennemi de celui-ci, il devient évidemment impossible de critiquer un ami du parti, mais aussi de louer un de ses ennemis. Prenons pour exemple le mot « noirblanc ». Quand il qualifie un ennemi, il exprime son esprit de contradiction avec les faits, de dire que le noir est blanc. Mais lorsqu’il qualifie un membre du Parti, il exprime la soumission loyale au Parti, l’aptitude à croire que le noir est blanc, et plus encore, d’être « conscient » que le noir est blanc, et d’oublier que cela n’a jamais été le cas (grâce au principe de « doublepensée »).Une autre idée de la novlangue est d’associer deux termes différents en un seul mot afin que la pensée de l’un soit irrémédiablement associée à la pensée de l’autre : "crimesex"…

« J’ai été frappé de me heurter au fait que les mêmes interlocuteurs qui, en situation de bavardage, faisaient des analyses politiques très compliquées des rapports entre la direction, les ouvriers, les syndicats et leurs sections locales, étaient complètement désarmés, n’avaient pratiquement plus rien à dire que des banalités dès que je leur posais des questions du type de celles que l’on pose dans les enquêtes d’opinion — et aussi dans les dissertations. C’est-à-dire des questions qui demandent qu’on adopte un style qui consiste à parler sur un mode tel que la question du vrai ou du faux ne se pose pas.                                                                                                             Le système scolaire enseigne non seulement un langage, mais un rapport au langage qui est solidaire d’un rapport aux choses, un rapport aux êtres, un rapport au monde complètement déréalisé. »

— Pierre BourdieuIntervention au Congrès de l’AFEF, Limoges, 30 octobre 19773


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Mercredi 23 novembre 2011 3 23 /11 /Nov /2011 08:10

Peu importe ce qui va se dire, pendant un certain temps, de Guy Debord.

 Les discours à son sujet sont déjà nombreux, intéressés, contradictoires ; ce n’est qu’un début, les gloses et les biographies se succéderont, toute une époque agitée et confuse s’étonnera de plus en plus d’avoir méconnu qu’une autre façon d’exister parlait à travers cette voix étrange.

 On bavardera beaucoup sur son caractère, son enfance, ses aventures, le spectre de mai 68, sa structure sauvage et mélancolique, son goût de la boisson, sa culture, sa mégalomanie, ses amitiés, ses mépris, ses ruptures, son suicide.

 Comme d’habitude, l’Histoire réelle sera plus ou moins évacuée de ces considérations.

 Mais patience : Debord est de mieux en mieux publié (certains ont raison de s’en inquiéter ou de s’en plaindre), ce qui ne veut pas dire encore lu.

 Pour le lire, à vrai dire, il faudrait d’abord savoir vivre d’une certaine façon. Comme lui ? Mais non, justement.

 Les expériences de liberté absolue sont rares, et pourtant multiples.

Pour les apprécier, mieux vaut être aventurier, ou poète, que journaliste ou universitaire.

 Un homme est défini à ce qu’il entend, pratiquement, par poésie ; donc ce dont il se contente sous ce nom.

    (ici le mot de Hegel : "A ce dont un esprit se satisfait, on mesure la grandeur de sa perte .")


La  Correspondance , qui commence à paraître, apporte un certain nombre d’éléments nouveaux.

 

 Le paradoxe, c’est que personne n’aura autant travaillé que l’auteur de l’inscription célèbre «  Ne travaillez jamais !  ».

 

 Drôle de travail : l’organisation de la subversion est un plein temps de courrier, de voyages, de ruses, d’interventions, d’échanges. On est d’emblée dans l’avant-gardisme le plus extrême ayant tiré les leçons du passé (notamment du surréalisme).

Ce qui frappe le plus dans ces lettres aux nouveaux complices ? Le mot vite.

Il faut faire vite, démasquer le monde fabriqué de l’art,

pousser les peintres à s’engager davantage,

nouer des contacts internationaux,

attirer les architectes, les urbanistes, les sociologues,

les mettre en situation d’exception.

Une insurrection des années 20 a été oubliée, réprimée, aussi bien par le capitalisme moderne que par le totalitarisme stalinien.

Mais le feu couve encore sous la cendre, il suffit de reprendre l’initiative contre « les niaiseries du commerce artistique pseudo-expérimental », ou les « anciennes mondanités artistiques » (qui continuent de plus belle de nos jours, n’est-ce pas ?).

Le trafic d’art, voilà l’ennemi, il faut l’attaquer dans son angle qui dévoile la société tout entière. Sombre période de la fin des années 50, avec, en France, la guerre d’Algérie: Les espoirs de démocratie sont maintenant minces.

Et le temps ne travaille pas pour nous.Fascisme menaçant, gauche décomposée, surveillance policière, et cette note d’humour : N’étant pas déclarée, l’Internationale Situationniste ne peut être officiellement dissoute.

  La gauche ou l’extrême gauche de l’époque ?  Ces gens sont mécanistes à un point effarant. Aussi peu marxistes qu’il est possible : ouvriéristes. Cela tourne même à la pensée religieuse : le prolétariat est leur Dieu caché. Ses voies sont impénétrables, et les intellectuels doivent s’humilier, et attendre. Alors, comment admettraient-ils que le feu est à la maison ? 


Il y a une lucidité politique de Debord qui est la même chose que sa passion poétique (Lautréamont, Cravan).

 Rigueur et jeu :  Le problème est bien l’action commune d’individus libres, liés seulement par et pour cette liberté créatrice réelle.  Un groupe décidé, radical, pratiquant à la fois la dérive et l’organisation ouverte, peut transformer la vie.

 Plus tard, dans  In girum... , Debord dira :  La formule pour renverser le monde, nous ne l’avons pas cherchée dans les livres, mais en errant. C’était une dérive à grandes journées, où rien ne ressemblait à la veille ; et qui ne s’arrêtait jamais. 

On peut mesurer combien ce genre de pratique pouvait choquer aussi bien les pouvoirs établis que la langue de bois pseudo-révolutionnaire.

 Poésie : oui, mais dans la vie.  Et voilà, inquiets de la même façon, les fabricants de poèmes ou d’art décoratif. Bref, le système tout entier est atteint, son mensonge de haut en bas et de bas en haut. C’est le même trucage qui va du travail aliéné à la représentation « culturelle ». Le plus grave : aucun populisme, aucun misérabilisme, une joie et une ironie permanentes, s’exprimant, avec beaucoup d’intelligence et d’art, dans le « détournement ».

Non seulement la liberté, mais le luxe :   Je ne sais pas si nous sommes d’accord sur la notion de luxe que, pour ma part, je ne rejette pas simplement. Je crois qu’il faut contribuer à créer une conception révolutionnaire du luxe, ennemie à la fois du faux luxe ancien et de l’absence de luxe (le confortable vide fonctionnaliste des maisons et de la vie). 


En août 1960, Debord fait le point (encore huit ans à attendre avant de se lancer à l’assaut du ciel) :   Quoique nous soyons très largement dans un état de semi-clandestinité - rencontrant encore une hostilité assez incroyable, mais très honorable à notre avis -, on peut dire que nos moyens ont considérablement augmenté. (...) Nous sommes maintenant engagés dans l’organisation d’une longue lutte. » « Il faut concevoir et faire une critique qui soit une vie. »

Tant de gens que nous avons vu faire beaucoup de bruit se sont rangés totalement, de la façon la plus ridicule, parfois la plus ignoble. Ni la liberté ni l’intelligence ne sont données une fois pour toutes. Et leurs simulacres sont naturellement bien plus fragiles, ils se décomposent avec la mode." 
Presque quarante ans que ces lignes ont été écrites. Ont-elles pour autant vieilli?


Ceux qui ont assisté autrefois, dans les temps sombres, à la projection du film  In girum...  se souviennent surtout d’une voix passant à travers l’écran des images.

Là était la force, là l’audace : la grande poésie. Quelqu’un tenait le coup dans la caverne à hypnose, et n’hésitait pas à parler de lui sur le même plan que Bossuet, l’Arioste, Li Po, Dante, Musil, Pascal, Omar Khayyam, Shakespeare, la Bible, Hegel.

Il ne s’agissait pas de « citations » mais de preuves. Quelle invraisemblable prétention ! Le tour de force esthétique et moral de Debord, dans ses  Oeuvres cinématographiques complètes , un des plus beaux livres du XXe siècle, est d’avoir défié l’énorme industrie du sommeil.

Drôlerie sinistre des jugements sur le public du cinéma et les «serviteurs surmenés du vide.» Désinvolture révoltante à l’égard de tous les assis :  Je me flatte de faire un film avec n’importe quoi ; et je trouve plaisant que s’en plaignent ceux qui ont laissé faire de toute leur vie n’importe quoi. 

Panégyrique, déjà, de la «brigade légère», en guerre avec la terre entière. Méditation intense sur l’eau du temps et le feu du désir.

Autobiographie impeccable, surtout : Je suis exercé depuis longtemps à mener une existence obscure et insaisissable. 

Ceux qu’une telle oeuvre n’émeut pas ne sont pas doués pour l’émotion, voilà tout.

Qu’ils parlent ensuite d’art ou de littérature n’a guère d’importance. Ce sont, au mieux,  des ignorants mystifiés qui se croient instruits, des analphabètes modernisés  et autres fonctionnaires du Spectacle.

 Il ne s’agit pas non plus ici de « théorie », rien pour les colloques, les débats, les expositions, les thèses, les vernissages : Aucune époque vivante n’est partie d’une théorie : c’était d’abord un jeu, un conflit, un voyage. 

C’est parce qu’il était un grand poète métaphysique d’un enfer social sans poètes que Debord reste, aujourd’hui même, révolutionnaire :  Ceux qui, un jour, auront fait mieux, donneront librement leurs commentaires, qui eux- mêmes ne passeront pas inaperçus. 

Philippe Sollers

 

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Mercredi 23 novembre 2011 3 23 /11 /Nov /2011 07:20

J'adore lire les propos qui suivent, ils me réjouissent ( MERCI à B.G. et P.T.)
sans doute parce que je suis née dans une famille de profs
et que j'ai moi-même sévi dans l'enseignement pendant 30 ans,  
et que j'ai essayé de ne pas être juge et partie au cours du longlonglong parcours scolaire de mes enfants...

ET QUE c'est bête à dire
mais que
j'en suis encore traumatisée........   



[...]Le monde de l'éducation obéit de manière servile à l'injonction sociale d'adaptation. (cf aussi  article de Paul RICOEUR " La parole est mon royaume.")

Les intentions, les prétentions, les volitions de 
l'armée des éducateurs sont pratiquement illimitées.
Or leur action est à peu près nulle : ...son effet n'est jamais celui qui était prévu et affiché."
Eduquer est un geste qui n'est efficace qu'à son pourtour, ds ses marges : "Au-delà de tout effort"
Freud : "L'éducation doit trouver sa voie, entre le Scylla du laisser faire et le Charybde de l'interdiction."

 "On peut se demander pourquoi Freud (ou son traducteur) masculinise ces antiques monstresses"....

Il y a de l'inéducable. Voilà la bonne nouvelle. 
La domestication de l'humanité ne sera que partielle.

" Les exigences d'une indocile constitution pulsionnelle, jamais, au grand jamais, l'éducation n'arrivera à les supprimer" ( FREUD)

Kant : " Insociable sociabilité des hommes."

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